Lorsque j’ai commencé mes études universitaires, il y a presque 20 ans, les futurs enseignants de la cohorte 2022 n’allaient pas encore à l’école. Et déjà, on entendait les mêmes complaintes à propos du test de français de jadis, le CÉFRAN : c’est trop dur !
C’est donc dire que, quasiment deux générations plus tard, nous sommes toujours incapables d’enseigner aux jeunes à écrire le français correctement.
nous intéresse.
Vous avez une opinion à partager ? Un texte entre 300 et 600 mots que vous aimeriez nous soumettre ?
C’est triste, mais ce n’est pas surprenant.
La pédagogie par projets, évaluée par compétences, centrée sur l’enfant, avait du bon. L’intégration des élèves en difficulté aussi. Ensemble, elles ont permis d’humaniser l’école.
Cependant, et permettez que je para-phrase Normand Baillargeon, il est quand même extraordinaire que les futurs enseignants, instruits tout au long de leur vie dans un moule scolaire pensé, organisé et conçu par nos universités et notre ministère, soient découragés par la difficulté du test de certification exigé par eux... afin d’aller perpétuer ce système qui les a si mal servis.
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Ironie suprême
Même en essayant très fort, je ne pense pas qu’il soit possible de montrer avec plus d’ironie les limites éducatives des courants idéologiques qui dominent dans les hautes sphères de l’éducation.
Depuis la réforme des années 1990, il s’est installé dans le réseau scolaire, mais aussi dans la manière générale d’élever les enfants, une aversion profonde de l’échec, de la rigueur. Une peur de blesser l’estime de soi d’un jeune, de le ralentir dans son développement si par malheur nous devions le confronter à son incomplétude d’enfant. Et cela, au détriment de son éducation.
La phrase : « Tu n’as pas réussi, tu devras recommencer... » n’est plus monnaie courante dans les écoles d’aujourd’hui. On pourrait bien, en cela, uniquement blâmer les programmes, les évaluations, le gouvernement...
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Responsabilité collective
Or, nous portons collectivement une part de responsabilité dans cet état des choses, car admettre l’échec d’un enfant exige souvent aussi d’admettre notre propre échec comme éducateur, comme parent, comme société. Et bien vivre avec cela nécessite une force morale qu’on semble vouloir larguer aux oubliettes.
Causer et subir un inconfort aujour-d’hui dans le but de voir quelqu’un d’autre en sortir grandi plus tard ? Pfft ! Faisons l’économie de cette difficulté.
Il y a quelque chose de confortable à prendre soin d’un enfant sans le brusquer. En pensant le protéger ainsi, on se sent benoîtement grandi. Alors qu’on se sent momentanément tout rapetissé lorsqu’on le contraint. Tout parent comprend cela, et l’enseignant n’est en rien immunisé contre ces sentiments.
Pourtant, comme le disait Alain, il y a près d’un siècle : bercer n’est pas instruire. Et éduquer par le jeu tue la volonté. Je crois que la preuve n’est plus à faire.
Jocelyn Desaulniers
Ex-enseignant, Montréal
