«T’es certain que ça va bien, Juraj?» : ma discussion (fictive) avec Slafkovsky

Jean-Charles Lajoie
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Salut mon beau grand slovaque. Comment ça va toi Juraj ? Si tu réponds très bien à ma simple question, je me permets de t’en poser une deuxième : t’es certain que ça va très bien Juraj ?
Bon je sais que Kent Hughes et Jeff Gorton t’ont offert l’été dernier 60 800 000 excellentes raisons que tout aille bien. Mais je sais aussi que cette montagne de beaux dollars ne peut pas à elle seule garantir ton bien être, ton bonheur...
Lorsque le Canadien t’a repêché au tout premier rang ici à Montréal en 2022, on a tous été un peu surpris Juraj. Pour tout te dire, il n’y a pas un observateur au Québec qui l’avait vu venir, autant qu’aucun analyste ne te plaçait au sommet des candidats à être le premier élu de ta cuvée.
C’était le premier encan de Hughes et Gorton à titre d’architectes de la reconstruction du Canadien. La lune de miel existait bel et bien entre les deux nouveaux décideurs et le public.
Le VP et le DG bénéficiaient de la fameuse période d’impunité associée à un début de mandat. Autrement dit, on les a cru. Certains ont même crié au génie d’enrôler un gros ailier de puissance capable de marquer des buts alors que simultanément, ils concluaient une transaction afin d’acquérir Kirby Dach, un centre droitier grand format vendu immédiatement comme une pièce maitresse au centre du deuxième trio...
Tout ça était de la haute mais belle voltige. Ces mouvements et ta sélection ont été avalés avec envie et conviction par les partisans, par les observateurs aussi car ils sont au fond eux aussi des partisans, du moins la plupart d’entre eux, dont moi-même.
À l’automne suivant ta sélection, à ton premier camp on t’a vu arriver, ils t’ont gardé ici et tu as disputé une première saison sous le signe de la réédition du livre des erreurs de recrue dans la Ligue nationale.
On a eu la chienne chaque fois que tête baissée, tu te faisais ramasser. Tu as manqué des matchs sur blessures, tu apprenais à te protéger, ce que ton physique dominant ne t’avait jamais tenu à faire avant de jouer tous les soirs contre les meilleurs au monde.
Tu étais beau dans ta laideur sur glace. Moi ça n'a pas pris de temps que je t’ai aimé, et dieu sait que je te préférais Cutter Gauthier et Logan Cooley dans la cuvée 2022. Mais j’ai fait avec toi et ça n’a pas été long que le plaisir s’est mis de la partie.
J’aimais te voir progresser, apprendre de tes maladresses. Puis tranquillement de ne plus les commettre. Martin St-Louis disait de toi que tu étais une éponge, que ta soif d’apprendre n’avait d’égal que ta capacité à le faire...
Tu étais et tu demeures un superbe projet Juraj. Tu disputes déjà une troisième saison dans la meilleure ligue au monde. Tu es encore un flot mais tes bientôt 150 matchs dans la ligue te confèrent une expérience qui dans ton cas compte presque pour le double.
Pourquoi je te dis ça ? Parce-que ce que tu as entre les deux oreilles est à l’évidence très solide Juraj. Ta force mentale figure au sommet de tes qualités. Voilà pourquoi les décideurs ne t’ont pas envoyé à Laval pendant une saison complète; ils te voulaient ici à Montréal parce qu'ils te savaient capable de te développer à vitesse grand V...
Évidemment aussi parce que t’as été le premier grand pari que Gorton et Hughes ont fait et que le hockey étant ce qu’il est, ils allaient et vont continuer de tout faire pour que tu deviennes ce qu’ils ont vu en toi lors d’un long voyage en Europe au cours duquel ils t’ont épié au printemps de 2022.
Mais pour l’instant Juraj, ça va moins bien. Pas mal moins bien. Rien pour t’inquiéter mentalement au contraire. Ton regard de haut à mon collègue Anthony Martineau, qui t’as un peu poussé à bout en point de presse après l’entrainement de lundi matin, me démontre que tu n’es pas désengagé. Ta réaction me prouve que tu es très au fait de ce qui se dit et s’écrit sur toi, même si tu affirmes le contraire. Ta force de caractère est ressortie dans tes réponses un brin cinglantes. Sur le coup, ça m’a déplu mais à rebours ça me plait. Je sais que tu sais mieux que n’importe qui que tu dois en faire plus, en donner plus, produire plus Juraj...
Et je suis convaincu que tu sais comment parvenir à le faire. Mais pour une raison que seul toi connais, tu n’y arrive pas jusqu’ici. À cause de ça, le spectre du manque de régularité te guette. Es-tu un autre de ces joueurs de séquence qui produit un grand bout et devient nul et non avenue un autre grand bout?
Je te suggère que ta force mentale est la clé du cadenas de ton bonheur, celui de jouer au hockey et y être utile à ton équipe. Ton compte en banque est arrivé à maturité mon gars, pas toi. Tu dois capitaliser sur tes forces, jouer lourd mais en mouvement, être dans la face de l’ennemi, tout le temps. Si tu prends trop souvent le temps de sortir de ton corps pour te regarder aller, tu vas te voir frapper le mur...
Y’a juste toi qui peut résorber la situation Juraj. Ton coffre d’outils est plein à rebords, il est franchement temps que tu comprennes que tu as le devoir de t’en servir à tous les matchs...