Tempête politique aux États-Unis après la perquisition du domicile de Trump
AFP
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Une première étape vers un procès pour les uns, «une persécution politique» pour les autres: la perquisition spectaculaire du domicile de Donald Trump par le FBI jetait mardi une nouvelle lumière sur les profondes fractures de l'Amérique, à l'heure où l'ancien président flirte ostensiblement avec l'idée de présenter sa candidature de nouveau.
Jamais un ancien locataire de la Maison-Blanche n'avait été inquiété par la Justice de cette façon.

La perquisition de la police fédérale (FBI) a-t-elle à voir avec les nombreuses boîtes de carton que Donald Trump a emportées avec lui en quittant la Maison-Blanche en janvier 2021? Est-elle liée à l'enquête sur sa responsabilité dans l'assaut du Capitole? Concerne-t-elle plutôt les soupçons de fraude financière dont la Trump Organization fait l'objet à New York?
-Écoutez la chronique de Guillaume Lavoie au micro de Patrick Déry sur QUB radio :
Contacté par l'AFP, le FBI n'a pas souhaité faire de commentaires.

Donald Trump, qui clame son innocence dans chacune de ces affaires et prétend faire l'objet d'une chasse aux sorcières, a vivement dénoncé dans un communiqué la perquisition de la police fédérale, à laquelle il n'a pas assisté.
«Notre nation vit des jours sombres», a-t-il fustigé, ajoutant «cette perquisition non annoncée de mon domicile n'était ni nécessaire ni appropriée».

«Personne n'est au-dessus des lois [...] pas même un ancien président», a rétorqué mardi sur NBC la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui, comme la plupart des autres ténors de son camp, appelle depuis des années à ce que l'ex-magnat de l'immobilier rende des comptes.
Cette escalade judiciaire semble avoir dans le même temps cimenté l'emprise de Donald Trump sur le parti républicain, qui a fait bloc autour de l'ancien homme d'affaires – au point de l'ériger en martyr.
«Guerre civile»
Dès l'annonce de la perquisition, un groupe de partisans de Donald Trump s'est rendu devant la luxueuse résidence de l'ancien homme d'affaires pour crier leur colère.
Plusieurs d'entre eux agitaient des drapeaux «Biden n'est pas mon président», énième rappel que plus d'un an et demi après la défaite de Donald Trump à l'élection, des dizaines de millions d'Américains restent fermement convaincus que l'élection présidentielle de 2020 lui a été «volée».

Sur les réseaux sociaux, certains trumpistes appelaient purement et simplement mardi au «divorce», dans ce pays aux divisions si béantes qu'elles peuvent sembler irréconciliables.
«Voilà le genre de choses qui se produisent dans des pays en guerre civile», a tancé Marjorie Taylor Greene, élue de Géorgie connue pour ses outrances, appelant même à un démantèlement du FBI. «La persécution politique DOIT CESSER!!!»

Tremplin pour 2024?
Dénonçant une «intolérable instrumentalisation à but politique» du ministère de la Justice, le chef des conservateurs à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, a promis une enquête sur son fonctionnement quand les républicains reviendraient au pouvoir.
Son camp pourrait reprendre le contrôle du Congrès lors des élections législatives de novembre, qui s'annoncent périlleuses pour le camp de Joe Biden.
Sur la chaîne préférée des conservateurs, Fox News, les bandeaux étaient eux aussi très critiques concernant la perquisition: «Les tactiques de plus en plus radicales du ministère de la Justice sont un danger pour la république», «Le FBI de Biden saccage le domicile d'un de ses adversaires potentiels pour l'élection de 2024», était-il écrit.
Donald Trump, qui dispose déjà d'un trésor de guerre de plus de 100 millions de dollars (une somme sans précédent pour un ancien président) et qui pourrait à tout moment se déclarer candidat en vue d'un nouveau mandat, a sauté sur l'occasion pour lancer un appel à la générosité de ses partisans.
«Ce n'est pas juste ma maison qui a été attaquée – c'est le domicile de chacun des Américains patriotes pour lesquels je me suis battu», a-t-il plaidé dans un courriel à ses militants, leur suggérant un don de 5 à 5000 dollars pour combattre une «chasse aux sorcières».
L’ancien vice-président Pence dénonce la perquisition du FBI chez Trump
L’ex-bras droit de Donald Trump, Mike Pence, a dénoncé mardi la perquisition par le FBI du domicile de l’ancien président américain, à qui il pourrait être opposé en 2024 pour briguer l’investiture républicaine à la présidentielle.
«Je partage la grande inquiétude de millions d’Américains après la perquisition sans précédent de la résidence privée du président Trump», a tweeté Mike Pence.
Lundi soir, Donald Trump a annoncé dans un communiqué que sa luxueuse maison de Floride avait été «perquisitionnée et occupée par de nombreux agents» de la police fédérale. Contacté par l’AFP, le FBI n’a pas souhaité faire de commentaires.
Les conservateurs ont été unanimes à dénoncer une «persécution politique». Mike Pence, dont la réaction a été plus tardive, a assuré mardi que «les actes d’hier sap[ai]ent la confiance du public dans notre système judiciaire».
«Après des années pendant lesquelles il a été constaté que des agents du FBI agissaient sur la base de motivations politiques pendant notre administration, il faut remédier à l’impression de partialité que donne le ministère de la Justice», a critiqué celui qui a durant quatre ans été le vice-président de Donald Trump.
Les deux hommes ont pris leurs distances depuis que Mike Pence a refusé de s’opposer à la certification de la victoire de Joe Biden à l’élection de 2020, malgré les supplications de Donald Trump, qui prétend que le scrutin lui a été «volé».
Tous les deux sont désormais pressentis pour se présenter à la présidentielle américaine de 2024.