Témoignage: même avec un budget de 1400$, trouver un logement à Montréal, c'est pas facile


Anne-Lovely Etienne
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BILLET – Même avec un budget de 1400$, trouver un appartement propre et convenable à Montréal, en plein mois de septembre... c’est comme gagner à la loterie! C’est le constat qu’on a fait en famille, alors que nous étions à la chasse au logis pour mon petit frère, qui d’ailleurs a bien failli baisser les bras.
Les critères de recherches étaient simples, et raisonnables:
- Grandeur: un quatre et demi PROPRE, mais pas forcément rénové.
- Secteur: dans Sud-Ouest de Montréal, soit les secteurs Ville-Émard, Verdun, LaSalle ou Lachine – qui ne sont pourtant pas réputés pour être les plus chers. (Il y a six ans, lorsque j’étais locataire à LaSalle, mon cinq et demi du haut d’un duplex me coûtait 850$ par mois.)
- Type d’immeuble: dans un duplex ou un triplex.
- Budget: 1400$ maximum par mois.
On a commencé à éplucher toutes les petites annonces sur Kijiji et Marketplace. Voici notre processus en quatre temps, quatre appartements.
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Appartement 1 – Presque parfait, mais trop cher
Le premier appartement était un condo neuf avec stationnement privé dans un immeuble à LaSalle (ni le prix, ni le type d’immeuble n’étaient indiqués dans la description de l’annonce). La propriétaire devait le louer pour quitter rapidement pour un contrat à l’étranger. Mon frère Djeff était très emballé, car elle laissait son appartement tel quel – d’ailleurs magnifiquement meublé.
Le hic? C’était dans un immeuble de huit logements, mais surtout... le prix, à 1575$. C’est sans compter le chauffage et l’électricité. Cela dépassait le budget. Elle a été honnête en nous expliquant que ce prix englobait tous les frais qu’elle déboursait comme propriétaire (frais de condo, taxes et l’hypothèque de base).
En calculant tous ses frais mensuels fixes et son revenu, mon frère célibataire de 33 ans en est venu à la conclusion qu’il ne pouvait pas se permettre de louer ce superbe condo.
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Appartement 2 – Pas cher, mais en mauvais état
Deuxième visite. C’est l’appartement le plus abordable que l’on a visité. (Dans le Sud-Ouest, un quatre et demi à 850$ par mois, c’est une denrée rare, même si ça se trouvait assez facilement il y a quelques années.) L’appartement avait besoin d’un grand coup de pinceau... mais a aussi manqué d’entretien général au cours des dernières années. Le manque d’entretien était flagrant: les comptoirs en mélamine de la cuisine étaient tachés d’huile. Les planchers en bois, qui n’étaient plus à niveau, étaient complètement grafignés...
Pour conclure notre visite, j’ai remarqué une trappe à souris dans l’une des deux chambres à coucher, et pour finir, la toilette rose et verte semblait sortir tout droit d’un film d’horreur de Hitchcock...
Alors, comme le chante si bien Ariana Grande : Thank you, next!
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Appartement 3 – Racisme systémique?
Visite numéro trois – ma préférée. (#Not!) C’était un appartement de rêve avec des grandes fenêtres, doté d’un cachet mid-century. Ce quatre et demi fraîchement rénové à LaSalle à 1275$ cochait toutes les cases. Djeff a téléphoné et tout de suite, on lui a donné rendez-vous pour une visite. Il y allait pour la première fois sans moi.
À son arrivée, le propriétaire lui a fait comprendre qu’il était surpris qu’il fût Noir à cause de son accent québécois à l’autre bout du fil. Comme il habitait dans ce duplex, il lui a aussi demandé s’il cuisinait, car il n’aimait pas les odeurs de la «bouffe ethnique», pour reprendre ses mots. Mon frangin avait donc eu le sentiment de ne pas avoir fait bonne impression, à cause de sa couleur de peau. Après la visite, le propriétaire a mentionné avoir d’autres visites de prévues et qu’il allait lui donner des nouvelles.
J’étais tellement outrée que le lendemain, j’ai téléphoné à mon tour pour une visite. J’ai demandé à une de mes amies blanches de m’y accompagner en soutenant que nous étions des colocs. Croyez-le ou non, il m’a posé la même question sur la cuisine et la «bouffe ethnique»! Deux jours plus tard, le propriétaire a rappelé mon amie pour la féliciter et lui dire qu’elle avait été choisie pour le logement. Racisme systémique? Biais inconscient? Un hasard? Je ne saurais dire... Mais les préjugés exprimés par ce monsieur m’ont fait comprendre que c’est plus difficile pour un homme noir seul de se trouver un logement convenable. Le propriétaire voulait manifestement voir d’autres candidats au logement après avoir vu mon frère, qui était prêt à prendre l’appartement.
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Appartement 4 – 151e dans la file d’attente
À la quatrième visite, l’espoir était moins au rendez-vous. Cet appartement de 1000 pieds carrés qui convenait aux demandes de Djeff était très en demande à 1375$ par mois. En ligne, on devait s’inscrire sur la liste des visites, et on nous a envoyé un courriel précisant que nous étions à la 151e place. IMAGINEZ!
Une semaine s’est écoulée après la demande de visite, et le propriétaire était prêt à accueillir les nombreux potentiels locataires. Avec gentillesse, il a pris le temps de discuter avec mon frère et de lui faire remplir les formulaires d’enquête de crédit et même de vérification d’antécédents criminels... Je n’avais jamais vu ça.
Après trois jours, mon frangin a reçu un appel: c’était ce gentil propriétaire qui lui ferait signer un bail, pour habiter l’appartement dès le 1er octobre prochain.
Ce jour-là, guys, c’est comme s’il avait gagné à la loterie.
Montréal en pleine crise du logement
Honnêtement, cette expérience m’a fait vivre, par procuration, toute une gamme d’émotions, passant du stress au soulagement, car la crise du logement est une RÉALITÉ très inquiétante. Peu de logements + trop de demandes = augmentation des prix des loyers. Et cette augmentation de prix de loyers contribue à la pauvreté.
Je n’imagine même pas comment se débrouillent des parents monoparentaux, les personnes âgées sous le seuil de la pauvreté, des personnes immigrantes ou encore des étudiants...
Bref, le temps où Montréal était considéré comme l’une des grandes métropoles des plus abordables en Amérique du Nord est décidemment révolu.