Tarifs: Chantiers Chibougamau ferme deux usines en Abitibi
Pas moins de 200 emplois sont abolis à Val-d’Or


Martin Jolicoeur
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L’«incertitude économique mondiale» a convaincu Chantiers Chibougamau de fermer définitivement ses deux usines de Val-d’Or, en Abitibi, entraînant du coup l’abolition immédiate de 200 emplois.
La direction de l’entreprise a confirmé la nouvelle au Journal vendredi. La production de bois d’œuvre de ces deux usines (Val-d’Or et Sullivan), anciennement propriétés d’Interfor, se destinait surtout au marché américain.
«Dans le contexte actuel, où les perspectives de l’industrie de la construction – comme du reste l’économie des États-Unis – ne sont pas à leur meilleur, nous avons dû nous résoudre à cette difficile décision», a expliqué le vice-président aux affaires corporatives de Chantiers Chibougamau, Frédéric Verreault.
Des espoirs déçus
Interfor, entreprise de Colombie-Britannique, a vendu ses trois usines québécoises à Chantiers Chibougamau pour 16 M$ l’automne dernier. Ces installations, toutes à l’arrêt au moment de leur prise de possession en janvier, étaient depuis en attente d’une relance d’activité.

Pour deux d’entre elles, cette relance n’aura finalement jamais lieu. Pour justifier sa décision, Chantiers Chibougamau évoque un ensemble de facteurs, dont des volumes de ressources réduits depuis les feux de 2023, des coûts élevés de production et le faible prix de revente du bois d’œuvre sur les marchés nord-américains.
Combinée aux tarifs américains (14,5%), qu’on menace de hausser au cours des prochains mois, la reprise de l’activité des deux usines de Val-d’Or ne faisait plus de sens économiquement pour l’entreprise privée, toujours détenue par la famille Filion.
Appel à l’action de Québec
Les deux centrales syndicales (CSN et Unifor) qui représentaient les travailleurs se sont montrées désolées de la situation.
Par voie de communiqué, le syndicat Unifor a dit recevoir cette nouvelle «avec grande préoccupation». Il s’agit d’une décision, déplore-t-il, «qui illustre une fois de plus la vulnérabilité du secteur forestier québécois».

«On ne peut plus se contenter de solutions temporaires. Il est urgent que Québec amorce un virage et revoie sa stratégie pour le développement de l’industrie forestière. On a besoin d’ambition, de leadership et d’une volonté de travailler avec les parties prenantes, dont les syndicats», a déclaré le directeur général d’Unifor, Daniel Cloutier.
Matagami sauvée
Par ailleurs, Chantiers Chibougamau a annoncé, jeudi dernier, qu’elle relançait les activités de sa scierie de Matagami à compter du 22 avril prochain.
À la différence de ses installations de Val-d’Or, celle de Matagami profite du fait qu’elle est intégrée aux bois d’ingénierie et aux besoins de coproduits de pâte de ses installations de Lebel-sur-Quévillon, dans le Nord-du-Québec. Avant sa fermeture par Interfor, cette scierie employait une centaine de travailleurs à Matagami.
Une trentaine d’ex-employés-cadres des deux usines de Val-d’Or s’est vu offrir de nouvelles fonctions au sein de Chantiers Chibougamau. En 2023, cette entreprise a reçu une aide de 7,5 M$ du gouvernement du Québec, dont 5 M$ d’Investissement Québec et 2,5 M$ du ministère des Ressources naturelles et des Forêts.