Suzuki, un vrai centre numéro un

Jean-Charles Lajoie
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Quelque part à l’automne, j’avais consacré mon billet de saison à Nick Suzuki.
Tout n’était pas au beau fixe avec le jeune capitaine du Canadien et je trouvais que le traitement qui lui était réservé par plusieurs partisans de l’équipe et quelques observateurs était injuste.
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Ce soir, je consacre à nouveau mon commentaire à Suzuki : grâce à sa paire de buts en plus d’une passe hier soir, «slick» pointe au 32e rang des marqueurs de la LNH.
Ses 51 points en 53 matchs lui permettent d’espérer connaître la meilleure saison de sa carrière en termes de production offensive. Il est, subitement, au 15e rang des meilleurs marqueurs chez les joueurs de centre de la ligue.
Pour un gars que certains conspuaient en le taxant de n’être qu’un centre numéro deux dans une équipe moyenne, disons qu’à 24 ans, il fait mentir ses détracteurs en les faisant passer pour des nerveux hyper sensibles, pour demeurer poli...
Peu de soutien derrière
Ce qui est impressionnant avec «Suzy», c’est son rythme de production alors qu’il ne reçoit aucun soutien derrière lui dans la «ligne de centre».
Tout aurait pu s’écrouler lors du départ de Sean Monahan. Et pourtant, six buts, trois passes pour neuf points en quatre matchs, deux matchs de deux buts et une passe, a noirci la feuille de pointage en scorant au moins un but dans les quatre rencontres du CH depuis le départ de Monahan...
Tout ça après avoir émis ouvertement des réserves quant à la pertinence d’envoyer Monahan à Winnipeg lors du week-end des étoiles.
Suzuki s’est levé, lors de cette occasion. Avec calme mais fermeté il a dit tout haut ce que ses coéquipiers pensaient tout bas.
Puis, de retour avec son équipe, il a connu un match de deux buts et trois points dans un gain de 5-2 contre Washington et il ne dérougit pas depuis.
Pour moi, c’est la marque d’un grand leader. Ceux qui n’aiment vraiment pas «slick» et hélas il y en a encore trop, diront sans doute que c’est l’émergence de Juraj Slafkovsky qui fait rayonner Suzuki.
C’est en petite partie vrai. Slafkovsky est clairement un complément parfait pour le premier centre du Canadien. Suzuki n’a plus la responsabilité de la cueillette et de la protection de rondelle dans le territoire offensif.
«Slaf» en mène large et ça procure à Suzuki du temps et de l’espace pour fabriquer des occasions, ou encore leur mettre le point d’exclamation.
Caufield, une troisième roue?
Parce que Suzuki, à défaut d’être un pur «sniper» est très capable d’enfiler.
Avec «Slaf» qui ne cesse de faire progresser son tir et la menace que demeure Cole Caufield, ça donne à Martin St-Louis un premier trio qui, même dénudé de support digne sur les trois autres unités, trouve une façon de produire.
Que dire de l’avantage numérique dont Suzuki est le catalyseur, un échangeur Turcot fluide? Les multiples permutations en contrôle de rondelle en bas du territoire adverse rendent folles les unités adverses qui portent bien leur sobriquet d’unités de désavantage.
Vous remarquerez que Suzuki est au cœur des échanges, c’est le metteur en scène, celui qui assure. Tout cela est beau et réconfortant. Je n’aimais pas constater que l’attaque du Canadien reposait essentiellement sur Cole Caufield.
J’aime voir le charismatique «baby face» se résoudre à saluer les exploits de ses compagnons de trio. Se résoudre à regarder travailler Suzuki et Slafkovsky et se dire qu’il a intérêt à faire pareil, dans les entrainements comme dans les matchs afin de répondre aux attentes placées en lui.
Pour le moment, Caufield a les allures de troisième roue du carrosse et c’est parfait comme ça. Qui sait si, la saison prochaine, ce n’est pas lui qui sera jumelé à Kirby Dach sur le deuxième trio alors que le premier duo du CH serait Nick Suzuki et Juraj Slafkovsky.
Tout ceci pour une raison : le capitaine Nick Suzuki !
Suzuki ne sera jamais un joueur «générationnel». On ne va jamais le nommer dans le top cinq des meilleurs centres de la Ligue nationale.
Mais il a exactement le profil recherché par Kent Hughes pour bâtir un club champion. Un centre dédié, efficace et productif, sur qui le coach va pouvoir se tourner dans les moments clés en séries, un champion en devenir dans ce chandail qui lui va si bien.
J’aime beaucoup Nick Suzuki, et vous devriez l’aimer tout autant car il ne va jamais vous faire un numéro deux dans la pelle...