Surtout, il ne faut pas prendre les Sabres à la légère

Jean-Charles Lajoie
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Ne vous y trompez pas : la série entre les Sabres de Buffalo et le Canadien de Montréal risque d’être fascinante. Deux jeunes meutes rivales, très peu d’amour entre elles... et un adversaire que trop de gens prennent encore à la légère.
J’ai du mal à comprendre pourquoi la menace que représentent les Sabres est si souvent minimisée. Cette équipe est grande, grosse, robuste. Elle est affamée. Et surtout, elle n’a pas de passagers clandestins à bord, contrairement au Lightning, dont certaines vedettes ont été aux abonnés absents au premier tour.
La donne a changé radicalement chez les Sabres à la suite du congédiement de Kevyn Adams et de la nomination de Jarmo Kekäläinen comme directeur général, avec les pleins pouvoirs. Au moment de ce changement, l’équipe venait de gagner cinq matchs et d’en perdre cinq autres à ses dix dernières sorties. Sa fiche était de 14-14-4 et presque tout le monde croyait que Buffalo raterait encore une fois les séries, pour un 15e printemps consécutif.
La nomination de Kekäläinen a complètement transformé l’organisation. Aux trois victoires déjà en banque au départ d’Adams, les Sabres ont ajouté sept gains consécutifs. Et sous la gouverne de leur nouveau DG, leur dossier en 56 matchs est impressionnant : 40-10-6, incluant quatre victoires et deux défaites face aux Bruins en première ronde.
Un message brutal... mais efficace
Le message de la direction a été limpide : cesser de se prendre à deux mains dans l’espoir d’être échangé. Cette stratégie ne fonctionne plus. Perdre volontairement, c’est ternir sa réputation et gaspiller les plus belles années de sa carrière. L’alternative est claire : se prendre en main et gagner ensemble.
Jusqu’ici, ça fonctionne rondement. Ce jeune groupe a renoué avec les vrais partisans de hockey à Buffalo en même temps qu’il recommençait à aligner les victoires.
Lindy Ruff avait beau leur raconter à quel point la base partisane des Sabres peut être bruyante et engagée, plusieurs joueurs portaient encore des « pull-ups » la dernière fois que l’équipe était respectable. En janvier encore, le Canadien avait parfois l’impression de jouer à domicile au KeyBank Center, tant il y avait de chandails bleu-blanc-rouge dans les gradins.
Ça ne risque pas de se produire dans la série qui débute mercredi. Buffalo a reconquis ses partisans, égarés par une décennie et demie de misère. Et il ne faut pas oublier l’excellente base de fans de ce côté-ci de la frontière, qui démontre même son respect en chantant l’hymne national canadien, même lorsque l’adversaire est un club américain.
Une série à haute tension
Je suis convaincu que cette série sera excitante. Si le Canadien l’emporte, c’est parce que le duel va s’étirer. En revanche, si ça se règle en quatre ou cinq matchs, je crains que ce soit à l’avantage des Sabres.
Le Tricolore doit absolument entraîner Buffalo dans une zone inconfortable : un match no 6 ou no 7, à bas pointage. Une guerre de nerfs et d’usure. Dans ce genre de contexte, le Canadien excelle.
Cette série écrira ses propres histoires. Parmi elles, les grandes retrouvailles entre Marc Bergevin et l’équipe dont il a dirigé les destinées pendant plus de dix saisons.
« Big Marc » a laissé son empreinte sur la Sainte-Flanelle, sur la ville de Montréal... et sur certaines de ses bonnes adresses. Phillip Danault a été l’une de ses excellentes acquisitions, suivie d’un divorce tout sauf cordial. Brendan Gallagher a été comme un fils pour lui.
Nick Suzuki a été un cadeau du ciel, même s’il n’était pas le plan A au moment de liquider le capitaine Max Pacioretty, une autre séparation peu amicale. Cole Caufield a été l’un des meilleurs premiers choix de l’ère Bergevin, tout comme Kaiden Guhle.
Bergevin a fait ses boîtes à l’automne suivant la finale de la Coupe Stanley perdue contre le Lightning en 2021. Un départ surprenant pour le principal intéressé, qui croyait mériter un nouveau pacte de plusieurs saisons. Mais Geoff Molson avait une autre vision.
Jusqu’ici, il faut donner raison au propriétaire du Canadien. Et dans ce royaume des gros égos, la série de deuxième tour qui commence demain se jouera autant sur la glace... que dans les loges des patrons hockey.