Stéphane Demers révèle comment son enfance à la campagne a façonné son rôle dans «Indomptables»
«Indomptables» le mercredi à 20 h, à TVA et sur TVA+
Marjolaine Simard
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Enfant de la banlieue, Stéphane Demers passait pourtant ses étés loin du bitume, sur les terres de sa famille. Là, il a appris à travailler la terre, développé un profond respect pour les chevaux et intégré la valeur du travail bien fait. Des apprentissages fondateurs qui résonnent aujourd’hui dans son interprétation de Michel Martineau, le chef de clan rigoureux de la série Indomptables. Rencontre avec un comédien profondément lié à la terre, porté par des valeurs qui lui collent encore à la peau.
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Tu incarnes un personnage de premier plan dans la série Indomptables. Maintenant que la saison est bien lancée, peux-tu me parler de ton personnage, Michel Martineau?
Je le vois d’abord et avant tout comme un chef de clan, un vrai entrepreneur agricole de longue date. C’est un gars qui s’est fait lui-même, à la force de ses bras. Il est dur pour lui-même, et tout aussi dur pour les autres. C’est rude à dire, mais il voit l’éducation des enfants comme de l’élevage. Ce qu’il veut, c’est rendre ses enfants capables de survivre dans le monde. Et pour lui, le monde est dur, alors il faut être équipé pour l’affronter.


Il est d’ailleurs très dur envers ses propres enfants...
Il les aime, mais c’est sa façon de les aimer. Michel est très exigeant, très intolérant. On va voir rapidement une dynamique conflictuelle avec son plus jeune fils, qu’il juge trop doux. Il veut l’endurcir, il souhaite qu’il lutte contre sa nature. Michel Martineau n’est pas équipé psychologiquement pour comprendre que ce n’est pas la bonne approche. Et de là vont découler plusieurs drames.

Entre Michel Martineau et Philippe Richer, incarné par Benoît Gouin, il y a une amitié de longue date. Comment décrirais-tu leur lien?
Ce sont des alliés, des amis de toujours. Des gars qui ont grandi ensemble, qui ont des racines communes, profondes. Au départ, tout semble relativement stable entre eux, mais les choses se corsent rapidement... Il va y avoir une rivalité.

Quand tu as su que tu allais incarner un cowboy, comment t’es-tu préparé?
Pour être honnête, je ne me vois pas vraiment jouer au cowboy, jouer une caricature. Quand j’ai lu le scénario, je connaissais déjà ce gars-là. J’avais juste à penser à mes oncles, à ces gens-là, avec qui j’ai travaillé sur leur terre. Michel était très clair dans ma tête, il s’est dessiné tout seul. Je n’ai pas eu à inventer grand-chose ni à bâtir une histoire de toutes pièces.

Ta famille vient de Farnham, en Estrie. Est-ce pour cela que tu connais aussi bien la ruralité?
Oui. Mes parents sont nés sur le même rang, près de la petite école, sur le bord de la Yamaska, à Farnham. Il y a encore beaucoup de gens de ma famille qui vivent sur des fermes dans ce coin-là, et aussi au Vermont. J’appartiens à ce territoire-là. Quand je lisais les textes, des idées, des odeurs, des sensations, des souvenirs revenaient naturellement. Il y a quelque chose de terrien en moi, quelqu’un de la terre qui m’habite profondément.

Y a-t-il quelqu’un de ta famille qui t’a inspiré plus particulièrement?
Je ne nommerai personne, mais il y a assurément des membres de ma famille qui vont se faire pointer du doigt par mes proches en regardant la série. (rires)
Les valeurs familiales occupent une place centrale dans Indomptables. Une valeur également présente dans ta famille...
Oui, énormément. Pour moi, ce sont des valeurs universelles. L’importance de la famille, l’amour de la terre, le respect du travail et de l’effort. Michel Martineau, s’il y a une chose qu’il déteste profondément, ce sont les paresseux. Moi, dans mon enfance, mes proches étaient des gens qui travaillaient fort. Personnellement, j’admire énormément ça. Même dans notre métier, je reconnais tout de suite ceux qui travaillent fort, et ça force mon respect.

Quels souvenirs d’enfance liés à la terre t’habitent encore aujourd’hui?
Parmi mes plus beaux souvenirs, il y a mes premières expériences de travail à la ferme, à enlever des roches, à défricher une terre jamais cultivée avec mon grand-père. Le premier véhicule à moteur que j’ai conduit, c’était un tracteur. Je ne touchais même pas aux pédales et j’ai réussi à défoncer une clôture. J’avais six ou sept ans. Aujourd’hui, on ne verrait plus un enfant conduire une machine comme ça, mais à l’époque, c’était normal. Je suis né au milieu des années 1960, la notion de sécurité était très différente. Les enfants avaient plus de liberté, et on apprenait aussi en se pétant la gueule.
Ton plus beau souvenir de la campagne?
Des souvenirs avec mon frère, au Vermont. On avait une maison de campagne près de la ferme de mes oncles. Pour nous aider à redevenir des campagnards, parce qu’on était des petits gars de la banlieue, ces oncles ont mis deux chevaux, Sam et Katie, sur notre terrain. Quand on arrivait la fin de semaine, notre trip, c’était d’aller chercher les chevaux qui se trouvaient quelque part sur cet immense terrain. Il fallait presque les convaincre de venir avec nous. On pouvait passer trois heures à les chercher pour faire une heure d’équitation. C’est un souvenir précieux.
Le monde de l’équitation t’était donc familier?
Oui. J’en ai fait en camp d’équitation, de la selle anglaise, et aussi de la selle western avec Sam et Katie. Katie m’a même mordu à l’épaule un jour, parce qu’elle n’était pas contente. Ça fait plus de 40 ans, et je suis encore marqué par cette époque-là.
Tu es aussi très attaché à la nature...
Oui. Mon frère et moi avons acheté une terre à bois qui jouxte celle de ma mère. C’est un immense territoire forestier. Mon frère et moi partageons les mêmes valeurs, le même amour de la nature. Je connais ce bois-là intimement maintenant. Je le parcours, j’y travaille. Les animaux peuvent en profiter, et nous aussi. Il y a une conscience écologique derrière ça. Posséder une terre à bois, ce n’est pas seulement une question de rendement, c’est aussi la préserver pour les générations futures. Dans ma famille, la terre est précieuse avant tout.
Comment profites-tu de cet endroit?
Il se passe quelque chose de très fort quand tu entres dans le bois très tôt le matin, en silence. Tu fais partie de l’environnement. Cette idée d’être pleinement intégré à la nature, les Japonais ont des mots pour ça: shinrin yoku. Quand je n’ai pas le temps d’y aller, je m’y projette mentalement. Je me revois à un endroit précis, je me replonge dans la sensation que j’éprouve quand je suis assis là. Ça m’aide beaucoup.

Toi qui as grandi entre la banlieue et la campagne, comment le désir de jouer est-il apparu?
Plus jeune, la culture n’était pas omniprésente dans ma vie. Au secondaire, il y avait des gens qui m’intéressaient beaucoup et je me suis rapproché d’eux en faisant du théâtre. Ces personnes-là ont disparu de ma vie, mais le théâtre est resté. Je me suis découvert une affinité avec ce mode d’expression.
Dirais-tu que tu es de nature timide?
Oui, je ne suis pas quelqu’un d’extraverti naturellement. Ce métier-là m’a permis d’aller vers l’autre, d’être en lien. Je vais avoir 60 ans l’année prochaine, et à l’approche de cette nouvelle décennie, je réfléchis beaucoup aux raisons qui m’ont poussé à choisir cette voie. Je pense que c’était surtout pour ça: être en contact avec les autres.
Comment abordes-tu la soixantaine qui s’en vient?
Avec beaucoup de gratitude. Je suis heureux d’être en vie. Je suis reconnaissant d’être en bonne santé, d’avoir du travail, d’être entouré de gens qui aiment ce que je fais, et d’aimer encore mon métier passionnément. Il n’y a pas un matin où j’ai trouvé ça difficile d’aller travailler.
Tu es sorti de l’école de théâtre en 1988...
Dans deux ans, ça fera 40 ans. C’est fou! Et même si ça peut sembler cliché, j’ai encore l’impression d’être un acteur de la relève. Pour moi, tout est toujours au commencement. En parlant avec des acteurs plus âgés, je comprends que ce sentiment-là ne nous quitte jamais. Oui, il y a des acquis, mais tout reste à faire.

En terminant, que peux-tu nous dire de ton personnage dans Dumas?
Julien Marcoux va continuer à magouiller, mais il a énormément de moyens. Et on va découvrir qu’il est extrêmement rancunier... et qu’il a les moyens de sa rancune.