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Stéphan Lebeau, de champion de la coupe Stanley en 1993 à prof de maternelle

L’ex-attaquant du Canadien met la main à la pâte dans le système d’éducation en développant les habiletés des tout-petits

Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2024-02-17T00:30:00Z

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MAGOG | Dans les couloirs de l’école primaire Saint-Pie-X, un jeudi matin d’hiver, rien ne laisse paraître que Stéphan est un champion de la Coupe Stanley. La dernière du Canadien.

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Et ce jusqu’à ce que la cloche sonne et qu’un jeune élève s’en approche en lui demandant s’il a bien joué au hockey professionnel. 

M. Stéphan lui fait son plus beau sourire en lui répondant par l’affirmative. Le petit bonhomme tourne les talons et va retirer son manteau à son casier, fier de la réponse. L’éducateur regroupe ses petites ouailles et prend la direction du gymnase. 

M. Stéphan, c’est Stéphan Lebeau, le no 47 du Canadien de 1989 à 1994 qui a soulevé la coupe lors de la fabuleuse épopée de 1993. Un attaquant comptant 403 matchs à ses sept saisons dans la Ligue nationale en plus des six campagnes en Suisse. 

Le joueur de centre du Canadien de Montreal Stephan Lebeau (no 47). Le 2 octobre 1993. PHOTO JEAN-CLAUDE TREMBLAY / LES ARCHIVES / LE JOURNAL DE QUEBEC
Le joueur de centre du Canadien de Montreal Stephan Lebeau (no 47). Le 2 octobre 1993. PHOTO JEAN-CLAUDE TREMBLAY / LES ARCHIVES / LE JOURNAL DE QUEBEC Le Journal de Quebec

À 55 ans, Lebeau est professeur d’éducation physique le jeudi matin à cette petite école primaire de quelque 220 élèves à Magog. Il enchaîne les trois groupes de maternelle, dont un regroupant des enfants de quatre ans. Il aide ainsi un réseau craquant de partout en comblant de petits besoins de son centre de services scolaire. Car comme il l’exprime: «Dans un monde idéal, il n’y aurait pas de Stéphan Lebeau dans les écoles.» 

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Mais il est heureux de mettre la main à la pâte.

Des défis rodés au quart de tour

Le Journal l’a suivi un avant-midi dans sa façon de contribuer au système scolaire en difficulté depuis que la pandémie a frappé au printemps 2020. 

Un premier constat frappe lorsqu’on ouvre la porte du petit gymnase de 300 mètres carrés où il a monté trois circuits différents pour développer les habiletés des enfants. Le prof a utilisé la totalité de l’espace pour ses «défis». Le sol est jonché d’obstacles, de tapis, de cônes, de cerceaux, de tubes, etc. Seul vestige de son passé sur les patinoires, un petit filet de hockey est placé dans un coin de la salle pour que, dans le dernier parcours, les élèves y bottent un ballon en mousse. 

Avant même le lever du soleil, Stéphan Lebeau prépare son gymnase de quelque 300 mètres carrés dans lequel il accueillera trois groupes de maternelle le jeudi durant l'avant-midi à l'école Sainte-Pie-X de Magog. PHOTO FRANÇOIS-DAVID ROULEAU
Avant même le lever du soleil, Stéphan Lebeau prépare son gymnase de quelque 300 mètres carrés dans lequel il accueillera trois groupes de maternelle le jeudi durant l'avant-midi à l'école Sainte-Pie-X de Magog. PHOTO FRANÇOIS-DAVID ROULEAU Photo François-David Rouleau

Ce regard rapide sur le gym permet aussi de constater que l’important bagage de connaissances d’entraîneur de hockey durant 20 ans n’est pas enfoui si loin. Jaloux seraient les instructeurs du hockey mineur qui se creusent les méninges pour créer des exercices aussi créatifs et évolués pour favoriser le développement psychomoteur des jeunes. 

Axé sur le développement dans le plaisir

«J’ai du plaisir. Je viens à l’école pour ces enfants. Je ne suis pas obligé de travailler et d’être là tous les jours. Je ne cherche pas une carrière en enseignement. Ce moment, je l’apprécie beaucoup, car je peux m’investir pleinement pour eux. Je ne veux surtout pas qu’ils paient parce qu’ils n’ont pas un professeur qualifié», explique celui qui estime avoir une grande responsabilité envers eux. 

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«J’ai à cœur leur développement et leur plaisir. Pour moi, je veux d’abord et avant tout qu’ils apprennent dans le plaisir, poursuit-il. Je cherche à les stimuler dans le jeu. Je réfléchis beaucoup à mes cours. Je modifie mes parcours. Je m’adapte à leur développement et leurs capacités.» 

«Comme prof, j’ai une performance à livrer. Comme un coach derrière un banc et un joueur sur la glace. Quand je suis devant mes classes, je dois livrer.» 

Photo François-David Rouleau
Photo François-David Rouleau
Fini le hockey

Après une carrière de 13 ans dans le hockey professionnel, Lebeau a œuvré durant 20 saisons derrière différents bancs du midget AAA à la Ligue américaine. Ayant refusé des offres intéressantes depuis deux ans, il a mis une croix définitive sur le hockey à la fin de la dernière saison 2022-2023 après huit ans à diriger les Cougars du Collège Champlain-Lennoxville, dans la Ligue collégiale du Québec.

Martin Chevalier / JdeM
Martin Chevalier / JdeM

Au beau milieu de la cinquantaine, il veut s’attarder à sa famille et ses passions: le golf, la pêche, la chasse, etc. Et à travers tout ça, il souhaite redonner au suivant en s’impliquant dans les commissions scolaires de l’Estrie. 

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En plus de sa charge de cours en éducation physique à l’école Saint-Pie-X, il fait quelques périodes de suppléance ici et là. 

«Je dépanne, parce que le système en a besoin. Je ne coache plus, j’ai du temps et je veux rester actif. C’est ma cinquième année de suppléance. Depuis mes débuts en enseignement, je vis une expérience enrichissante, dit-il en faisant une pause et en souriant avant de choisir son qualificatif. C’est intéressant. J’explore le milieu de l’éducation.» 

Pour l’amour des enfants

Ce milieu, il le connaît bien. Car sa conjointe, Chantal, est professeure de 6e année à Saint-Pie-X. Son amour envers les jeunes ne date pas de la veille. Dans la maison où il était pensionnaire à ses années chez les Cantonniers de Magog, dans la ligue midget AAA, la dame accueillait justement des enfants de l’école où il enseigne présentement durant l’heure du dîner. 

À son unique saison chez le Canadien de Sherbrooke en 1988-1989, il restait dans la maison familiale où sa mère tenait une garderie. 

M. Stéphan aime les enfants et il n’hésite pas à le témoigner à la fin de chaque cour dans son message de félicitations. 

Enseignant dans l'âme, Stéphan Lebeau sait communiquer facilement avec les jeunes enfants dans ses cours.
Enseignant dans l'âme, Stéphan Lebeau sait communiquer facilement avec les jeunes enfants dans ses cours. Photo François-David Rouleau

En juin 1993, si on lui avait dit qu’il deviendrait un jour professeur, Lebeau ne l’aurait jamais cru. 

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«C’est la preuve qu’on ne sait jamais ce que la vie peut nous réserver. Sans la COVID-19, je n’aurais peut-être jamais exploré ce milieu. Je n’aurais peut-être pas été disponible. Je le suis devenu et j’ai mis un pied dans la porte. D’un coup, tout s’est enchaîné. C’est une pure coïncidence.» 

Comment le champion de la Coupe Stanley en est-il venu à enseigner aux tout-petits?

C’est arrivé au printemps 2020 quand la planète fut plongée dans le branle-bas de combat de la COVID-19. Entraîneur de hockey, un sport complètement immobilisé par la pandémie, Stéphan Lebeau s’est porté volontaire pour faire de la suppléance dans les écoles de sa région.

De fil en aiguille, un poste d’enseignant en éducation physique s’est libéré en raison d’un congé de maladie. Lebeau a rencontré la direction de l’école Saint-Pie-X et la commission scolaire en présentant son plan et sa vision. Ni une ni deux, il s’est retrouvé devant les élèves. 

L’ancien du Canadien a si bien accompli le travail qu’une autre école avait entendu parler de lui et lui a plus tard proposé du travail. Il y est resté près de trois mois. Durant l’année scolaire 2021-2022, il est revenu à Saint-Pie-X qui avait désormais une nouvelle direction. 

«J’avais entendu parler de son efficacité et de son professionnalisme. Quand je l’ai rencontré, il est arrivé avec son cartable, sa préparation et ses documents tous bien classés selon les étapes et les compétences, raconte la directrice générale, Julie Dubois. Il était vraiment sur la coche.»

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La directrice de l'école primaire Saint-Pie-X de Magog, Julie Dubois.
La directrice de l'école primaire Saint-Pie-X de Magog, Julie Dubois. Photo François-David Rouleau

En effet, c’est lui qui a assemblé cet épais cartable ressemblant plutôt à une grosse brique. Placée sur une table près du tableau dans le coin du gymnase, elle regroupe les habiletés à développer, ses plans de cours, ses évaluations et tous les documents nécessaires à l’accomplissement de ses tâches. Car sans marche à suivre précise, il doit lui-même concocter le cheminement de ses jeunes élèves en suivant les grandes lignes de principes dictées par le ministère de l’Éducation. 

Expériences impressionnantes

Selon sa conjointe, Chantal Poulin, qui est professeure, l’enseignement est inné chez lui. «Il fait ses recherches, il est à l’écoute et il voit plein de choses différentes. Il est capable de tout enseigner. Il est perfectionniste et il s’amuse dans tout ça.» 

La directrice vante aussi son côté perfectionniste en plus de son organisation, son professionnalisme et son amour des enfants. «Son expérience d’entraîneur au hockey l’a amené à acquérir des compétences adéquates pour enseigner aux petits. On voit que c’est un enseignant dans l’âme.» 

«Il est particulièrement bien organisé. Il possède aussi une autorité naturelle. Avec les jeunes enfants, il développe la psychomotricité dans le plaisir et l’action. Il est proactif. Dans toutes les tâches que nous lui donnons, on sait qu’on peut compter sur lui. Nous sommes choyés de l’avoir», explique celle qui souhaite évidemment le garder dans son école. 

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Source de réflexions

Mais si le système d’éducation était efficace, faut-il l’admettre, Lebeau pourrait plutôt s’adonner à ses autres passions. L’ancien du Tricolore ne craint pas les mots pour exprimer son opinion.

«Dans une société performante, on aurait des spécialistes en psychomotricité qui viendraient travailler avec les élèves dès l’enfance pour stimuler leurs différentes habiletés. Au Québec, on n’investit pas là-dedans. On les laisse aller», tonne-t-il. 

Photos de Stéphan Lebeau, ancien joueur du Canadien de Montreal, prisent au complexe sportif Thibault GM à Sherbrooke, Québec, Canada, le jeudi 26 avril 2018. AUDRE KIEFFER / JDEM
Photos de Stéphan Lebeau, ancien joueur du Canadien de Montreal, prisent au complexe sportif Thibault GM à Sherbrooke, Québec, Canada, le jeudi 26 avril 2018. AUDRE KIEFFER / JDEM AUDRE KIEFFER / JDEM

«Dans un monde idéal, il n’y aurait pas de Stéphan Lebeau dans les écoles. Elles compteraient sur des gens ultraspécialisés et certifiés», poursuit-il. 

«Comment peut-on manquer de profs au Québec et manquer d’autant de vision?», se questionne-t-il alors que le système d’éducation craque de tous les côtés depuis trop longtemps. «Comme des dizaines de milliers de personnes dans la province, je m’interroge. Comme société, comment peut-on en arriver là?» 

Il confirme qu’il vit tout de même une «belle expérience». 

Et le poids de la Coupe de 93?

À part faire rêver les enfants et faire sourire leurs parents, la conquête de la Coupe Stanley de 1993 n’a aucune influence dans ses tâches d’enseignant. 

Coupe Stanley 1993 Défilé de la Coupe Stanley dans les rues de Montréal, le 11 juin 1993. Denis Savard, Stéphan Lebeau avec la coupe et Patrice Brisebois. Photo Jacques Bourdon / Le Journal de Montréal DOSSIER CANADIENS 1993
Coupe Stanley 1993 Défilé de la Coupe Stanley dans les rues de Montréal, le 11 juin 1993. Denis Savard, Stéphan Lebeau avec la coupe et Patrice Brisebois. Photo Jacques Bourdon / Le Journal de Montréal DOSSIER CANADIENS 1993

En fait, Lebeau joue dans la discrétion et l’humilité. De l’avis de sa conjointe avec qui il franchit les portes de l’école chaque jeudi matin, elle disparaît instantanément. «Stéphan dégage beaucoup. Les jeunes l’adorent et il capte leur attention.» 

Mais, dans certaines écoles, il n’est pas rare que M. Stéphan sorte son crayon-feutre pour signer quelques autographes. Tant aux petits qu’aux plus grands. 

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