«STAT»: Comment Evelyne de la Chenelière a trouvé sa place dans une équipe déjà soudée
«STAT» mardi 20 h, Radio-Canada
Marjolaine Simard
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L’automne dernier, Evelyne de la Chenelière a marqué son retour à la télévision en se joignant à la distribution de STAT. Figure incontournable du théâtre québécois, autrice à la plume sensible, elle est arrivée à l’Hôpital Saint-Vincent avec un personnage qui n’a laissé personne indifférent. Claudia Maltais a ébranlé l’équipe médicale dès ses premières apparitions, bouleversant les dynamiques en place. Aujourd’hui, Evelyne de la Chenelière se confie avec générosité sur ce rôle qui marque déjà son parcours.
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Evelyne, il y avait un moment que l’on ne t’avait pas vue dans une série à la télévision...
Mon rôle dans Cerebrum a été mon dernier rôle télé important avant STAT. C’était un personnage très fort, une femme adultère et amoureuse. Elle est morte assez rapidement dans la série, mais malgré tout, elle m’a marquée.

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Par la suite, j’ai fait beaucoup de théâtre. La télévision a été moins présente pendant un moment, puis STAT est arrivée. Quand je regarde ce personnage aujourd’hui, je me rends compte à quel point j’étais déjà attirée par des femmes complexes, traversées par des contradictions, des élans amoureux forts et des zones plus sombres.
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Tu sembles avoir un attachement particulier pour Claudia, la nouvelle neurologue de Saint-Vincent...
Je l’aime énormément. Son aura de mystère la rend antipathique aux yeux de certains, mais elle cache une grande fragilité, une belle humanité qu’on découvre peu à peu. Elle peut paraître froide, déconnectée, mais c’est une façade. Elle est profondément investie auprès de ses patients. Elle cherche le bon diagnostic, refuse de s’arrêter aux évidences, va au fond des choses. En revanche, socialement, elle est très maladroite. Elle n’a pas ce filtre de l’inhibition qui fait qu’on ajuste nos paroles pour que ça passe mieux. Elle dit les choses telles qu’elles sont, et ça peut créer des frictions.

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On sent déjà une certaine hostilité autour d’elle, surtout avec son collègue Gabriel Lemaire, incarné par Jean-Nicolas Verreault...
En effet, elle le dérange, parce qu’elle le remet en question devant les autres. J’aime cultiver ce mystère-là, savoir que, tranquillement, le personnage se dévoile. C’est comme dans la vie, quand on rencontre quelqu’un, on ne sait pas tout de suite qui il est. Certains savent se faire aimer rapidement, d’autres non. On va voir qu’elle aura l’occasion d’exercer sa compassion, de s’ouvrir un peu plus cette saison.
Tu disais en entrevue que Claudia ne te ressemble pas du tout. En quoi êtes-vous différentes?
Par exemple, je souris beaucoup. C’est naturel chez moi. Pour Claudia, j’ai fait la proposition inverse. Elle ne sourit presque jamais. Elle est tellement dans sa tête qu’elle n’y pense même pas. Si quelque chose passe, ça se fait par le regard, par l’œil. C’est un vrai défi pour quelqu’un de souriant comme moi d’habiter un personnage comme ça. Je vais contre ma nature. En même temps, j’ai eu beaucoup de liberté. L’autrice, Marie-Andrée Labbé, laisse un espace immense aux acteurs pour construire leur personnage. Son écriture est très axée sur les événements, et elle nous fait confiance pour le reste.

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Comment as-tu vécu cette cadence, en arrivant dans une équipe déjà bien rodée, habituée au rythme de la quotidienne avant le passage au format hebdomadaire?
Honnêtement, j’ai eu un petit choc au début. Je ne fais pas souvent de télé, donc le rythme très rapide du tournage, je l’ai senti physiquement. On arrive, il faut être prête tout de suite, comprendre les codes, l’énergie, la mécanique. Mes collègues, eux, sont de véritables machines. Ils ont vécu la quotidienne, ils sont extrêmement accoutumés à collaborer et à suivre ce tempo. Ils savent gérer la mémoire, l’énergie, l’apprentissage du texte.
T’a-t-il fallu un moment d’ajustement?
Oui, il a fallu que je m’ajuste, car ça pouvait être déroutant au départ. Il a fallu que j’embrasse ce rythme. Mais une fois que ç'a été fait, j’ai adoré. C’est un travail d’équipe très intense, une concentration d’énergie pendant de longues heures, et en une seule journée, on fabrique quelque chose ensemble, puis le lendemain, on recommence. C’est exigeant, mais c’est aussi extrêmement stimulant. Il y a quelque chose de très beau là-dedans.
Tu es née entourée de livres, puisque ton père était éditeur. Enfant, étais-tu une grande lectrice?
Pas tant que ça, non. J’étais très physique. J’aimais jouer dehors, danser, être dans mon corps. Il fallait vraiment qu’un livre me happe pour que je reste assise. Je ne corresponds pas au cliché de la petite fille qui lisait tout le temps. Cela dit, j’ai été frappée très jeune par le pouvoir de l’écriture, suffisamment pour un jour me projeter dans l’acte d’écrire.

Tu viens de remporter le Grand Prix du livre de Montréal pour ton recueil de nouvelles Les traits difficiles. Qu’est-ce que ça te fait, cette reconnaissance?
C’est vraiment un beau prix, quelque chose qui me réjouit profondément. Entre autres parce que c’est un prix qui récompense une œuvre, tous genres confondus. Bien sûr, ça me fait plaisir personnellement, parce que c’est mon livre qui est récompensé, mais au-delà de ça, je trouve que les prix littéraires nous rappellent que la littérature a une place importante dans nos vies.
Tu as vécu trois ans à Paris pendant tes études. Qu’est-ce que cette expérience t’a apporté?
Comme pour beaucoup de gens, le fait de se dépayser jeune, de s’éloigner de ses parents, permet de se redéfinir. Même si Paris est une ville très signifiante, le simple fait de s’exiler donne accès à des audaces qu’on n’aurait peut-être pas chez soi. Ça permet de revenir un peu rechargée de quelque chose d’autre, d’avoir élargi son regard.
Justement, ton œuvre voyage énormément. On n’a qu’à penser à ta pièce Bashir Lazhar, que le réalisateur Philippe Falardeau a adaptée pour le cinéma sous le titre Monsieur Lazhar et dont la reconnaissance a traversé les frontières jusqu’aux Oscar, dans la catégorie meilleur film international. Comment expliques-tu que tes œuvres touchent autant à l’international?
Je ne sais pas vraiment. Ce que je sais, c’est que j’aime toucher à des thèmes qui dépassent les frontières culturelles. Le destin des œuvres est imprévisible. Bashir Lazhar, par exemple, c’était un solo écrit pour un ami acteur. Je ne pouvais pas imaginer que cette œuvre sortirait de nos frontières. Je suis heureuse, parce que ma pièce Lumière, Lumière, Lumière sera présentée à la Comédie-Française. C’est un destin incroyable pour une pièce de théâtre contemporain. Je suis très émue par ça.

Dans la websérie Les inséparables, toujours disponible sur téléquébec.tv, on met en lumière ta complicité créative avec ton conjoint, le comédien Daniel Brière. Comment conciliez-vous amour et création?
Pour moi, il n’y a pas beaucoup de frontières entre la vie artistique et la vie en général. C’est poreux, mais en même temps, il faut se respecter comme collègues, mettre les choses à l’agenda, se donner du temps dédié. On prépare en ce moment une création théâtrale ambitieuse qui verra le jour en 2026. Ça fait deux ans qu’on y travaille. C’est une grande joie.
En terminant, qu’est-ce que tu te souhaites pour 2026?
Je me souhaite de garder ce battement-là entre l’écriture et le jeu. C’est vraiment ça qui me fait me sentir en équilibre.