Un entêtement qui conduit St-Louis vers l'échec

Jean-Charles Lajoie
Partager
Le Canadien a gagné hier soir à Columbus, grand bien lui fasse, mais on ne peut le croire relancé pour autant. Le Tricolore a battu un adversaire prenable, qu’il a su prendre.
Mais victoire ou défaite, ça m’importe peu dans les circonstances. J’ai envie qu’on parle de Martin St-Louis.
J’ai le goût de jaser du coach, parce que je n’aime pas ce que je vois. Il semble perdre à vue d’œil le plaisir de diriger. Cet homme qui venait à l’aréna en courant avec le sourire aux lèvres est désormais abattu et à court de solutions.
Martin n’a plus envie de dédramatiser la situation pénible de son club devant les médias après les matchs. Il peine à trouver du positif, lui qui en trouvait après une volée de 8-2 en octobre.
Pire, on l’entend réfléchir devant des médias qui pourtant sont très, très loin de Larry Brooks, la petite peste du New York Post. On ménage Martin, parce que la culture à Montréal est désormais de traiter avec grand respect le coach du Canadien.
Mais qu’importe, Martin trébuche, au fond, sur lui-même. On sent qu’il pense trop avant de parler. Il a perdu la fraction de seconde. La lune de miel est bel et bien terminée. La saveur du mois est passée de mode encore plus qu’un vulgaire café latté à la citrouille en octobre.
C’est une grande vérité : quand ça va bien pour une équipe, tous les acteurs du club sont des vrais. C’est toutefois quand ça va mal que l’on reconnaît les vrais de vrais... et que l’on distingue le vrai du faux.
Et dans la débâcle actuelle, Martin, un vrai de vrai, flirte avec le spectre du faux. Pourquoi? Parce qu’il est un homme seul et désormais traqué par une portion majoritaire de partisans et d’observateurs.
Aussi parce qu’il ne peut se tourner vers personne, dans l’organisation, pour se calmer, pour trouver réconfort et bon conseil.
Derrière le banc, avec lui, se trouvent deux gars à leurs premiers pas dans cette fonction dans la LNH. Son directeur général demeure une recrue et l’adjoint fantôme de passerelle, un certain Roger Grillo, n’a rien de la rime avec brio.
En route vers l'échec
Ce qui m’amène à mon point principal: St-Louis est en échec de son mandat jusqu’à maintenant. Son refus de mieux s’entourer et de déléguer davantage lui cause des ennuis.
Mais il ne peut être tenu pour seul responsable de ce constat pathétique. Ses supérieurs immédiats sont aussi en échec et leurs bons coups demeurent souvent, pour l’heure, des paris qui trouveront leur mesure dans le temps.
De quoi endormir paisiblement le propriétaire, gavé de l’espoir que toute cette douleur va irrémédiablement provoquer un grand bonheur, une coupe Stanley retrouvée.
Je ne veux pas faire de peine à personne, ni être prophète de malheur, mais j’ai acquis la conviction que cette coupe Stanley ne va pas être soulevée par Martin St-Louis à Montréal. Pas plus par Kent Hughes ou Jeff Gorton.
Je pense que la route sur laquelle Geoff Molson a accepté que le Canadien s’engage n’a pas fini de nous déstabiliser, de nous désillusionner.
À Buffalo, on n’y croit même plus. À Ottawa non plus. Ici, dans la capitale mondiale du hockey, on continue pour le moment d’y croire, en trouvant au passage un coupable évident.
Je m’inscris en faux.
Martin St-Louis a sa part de responsabilité, mais si Hughes et Gorton sont incapables de lui faire entendre raison, de mettre leurs culottes de dirigeants, alors ils sont aussi coupables.
Eux, mais surtout l’actionnaire de contrôle. Geoff Molson, qui endosse tout ce laxisme latent et pénible, ce supplice de la goutte d’eau qui verse dans le vase de la reconstruction éternelle.