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Sophie Prégent et Charles Lafortune: «Nous sommes toujours aussi proches»

On retrouve Sophie Prégent dans «Alertes», diffusée les mardis à 20 h.

Michèle Lemieux

2026-04-06T10:00:00Z

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Le pourcentage de couples qui se séparent devant les épreuves est élevé. Pour Sophie Prégent et Charles Lafortune, parents de Mathis, un enfant adulte neuroatypique, la volonté de durer s’est très tôt imposée malgré les difficultés. C’est ensemble qu’ils allaient relever les défis de la vie. 24 ans plus tard, le couple est toujours uni et déterminé à rester soudé, tout en veillant avec une bienveillance rare au bonheur de son fils.

Sophie, vous êtes toujours dans Alertes. Je présume que votre personnage vous permet de relever de beaux défis ?

Oui, car Stéphanie a un problème de dépendance aux opioïdes. Les gens semblent manifester leur amour pour mon personnage, ce qui me rend bien heureuse. Je tournerai jusqu’au début du mois de juin ce que nous verrons à la rentrée cet automne.

Votre été s’annonce donc tranquille ?

Oui, car j’essaie vraiment de prendre du temps pour m’occuper de mon fils, de moi et pour récupérer un peu. Je commence à sentir mon âge. Je trouve ça agréable de me poser. Il faut que je fasse des choix pour m’arrêter, parce que j’en ai besoin plus qu’avant, disons. Et comme on le sait, mon fils est encore à maison. Pour toutes ces raisons, si je veux bien faire ce que j’ai à faire, il faut que je prenne des petits moments pour moi. Nous avons un petit garçon à la maison, Charles et moi. Je fais encore des lunchs et je lace encore des chaussures.

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Julien Faugere / TVA Publications
Julien Faugere / TVA Publications

Charles, comment ça se passe de votre côté ?

Nous allons lancer Prescott, une série d’Anie Pascale, qui sera disponible sur illico+ et qui a été choisie à Séries Mania à Lille, en France. On y retrouve, entre autres, Catherine Chabot, Mario Saint-Amand, Jean l’Italien et Isabelle Miquelon. Nous sommes dans les préparatifs d’une troisième saison de Les critiques atypiques, tandis que la deuxième saison est actuellement sur AMI-Télé. Huit personnes autistes vont en groupes de quatre dans de grands restaurants de Montréal, afin de critiquer des chefs. L’année dernière, nous avons gagné le meilleur format à Cannes, et ce n’était pas parce que c’était lié à la diversité ou à la neurodiversité.

Avec vos projets, considérez-vous avoir contribué à démystifier l’autisme ?

Charles : Tout à fait. Lorsque nous avons lancé Autiste, bientôt majeur, on entrait dans notre intimité. Depuis, les gens ne nous parlent pas de nous ou de Mathis — ou si peu. Ils nous parlent d’un de leur proche, d’un père qui était dans le déni, ou encore du fait qu’ils ont compris que l’emballeur à l’épicerie, qui ne les regardait pas dans les yeux, était sur le spectre.

Vous avez toujours de beaux projets pour la Fondation ?

Sophie : Bien sûr. Nous avons une nouvelle direction générale en la personne d’Ariane Fortin, qui a pour objectif de se rendre là où nous voulons aller avec la fondation. Elle travaille très, très fort. Nous sommes très impliqués, Charles et moi. C’est sûr que ça demande plus de temps et d’énergie, mais nous voyons des résultats. C’est une partenaire incroyable !

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C.: Il y a sept Espaces Autiste & majeur (quatre Québecor et trois Desjardins) un peu partout à travers la province, que ce soit dans le Bas-Saint-Laurent, en Mauricie, à Québec, à Montréal ou dans Lanaudière. La Fondation Marcelle et Jean Coutu va aussi annoncer des projets sous peu

C’est quand même extraordinaire, ce que vous avez fait en cinq ans...

S.: Nous avons une belle équipe. Les gens sont dévoués, engagés. Il faut souligner le travail des bénévoles. Nous pouvons compter sur un conseil d’administration, des gens qui vendent des billets pour notre Grande soirée bénéfice annuelle, notamment. Franchement, cette solidarité, c’est une belle leçon de vie en soi.

C.: On aide presque 200 autistes partout à travers le Québec présentement. Et ça va prendre de l’ampleur. L’idée de la fondation, c’est de préserver les acquis scolaires à l’âge adulte et de poursuivre l’apprentissage après 21 ans      ; les activités sportives et culturelles, et l’intégration au travail. Nous soutenons les initiatives locales.

Parlez-nous de la campagne Biscuit sourire, une campagne si importante pour la fondation.

C.: La fondation a été choisie pour la région de Montréal. La campagne de Tim Horton se tiendra entre le 27 avril et le 3 mai. Les gens peuvent déjà aller sur le site de la fondation Autiste et majeur pour précommander les biscuits. J’invite tous ceux qui ont des bureaux, des gangs, des clubs de hockey, à précommander leurs biscuits. Tim Horton ne fait pas d’argent sur les biscuits. Tout l’argent ira à la fondation. Il faut souligner notre relation avec la Fondation Saint-Hubert, qui permet l’intégration à l’emploi sur sa chaîne de montage. Ils permettent aussi aux familles avec un enfant autiste d’aller au restaurant les dimanches, de 11 à 14 h, dans un cadre sécurisant. La lumière et le son sont tamisés pour accueillir les autistes.

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Vous devez recevoir des témoignages incroyables de parents qui ont vu leur enfant s’intégrer...

C.: Oui, mais aussi des témoignages de personnes autistes. Nous le faisons pour eux. Nous voulons que les personnes autistes soient impliquées. Nous voulons que cette fondation appartienne aux neuroatypiques.

À 24 ans, comment évolue Mathis, votre fils ?

C.: Nous connaissons bien notre fils, mais il y a toujours des surprises. Récemment, il a eu une grosse peine. Il pleurait comme un bébé, mais nous ne savions pas pourquoi...

S.: Parfois, c’est le mystère : il pleure sans que nous sachions pourquoi. Même s’il a tendance à nous repousser, Charles et moi restons près de lui. Je ne veux pas qu’il reste seul avec sa peine. J’en serais incapable. Nous sommes solidaires et nous l’aidons.

C.: Aussi absurde que ça puisse paraître, c’était aussi une belle opportunité pour que Mathis me dise : « Je suis triste, j’ai de la peine ». Peut-être qu’il pourra éventuellement nommer ce qu’il vit avant d’en arriver là. Nous ne savons pas pourquoi ça lui arrive, et ça dure longtemps. Le rapport au temps n’est pas le même pour un autiste que pour une personne neurotypique. Une autiste nous disait qu’un vieux souvenir, lorsqu’elle se le remémorait, pouvait lui faire vivre des émotions aussi fortes qu’au moment où l’événement a eu lieu. Alors parfois, je me demande si c’est ce que vit Mathis. Ou si c’est quelque chose qu’il vient de voir sur son iPad. Quand il était petit, il regardait des films qui le faisaient pleurer. Il réagissait très fortement.

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Alors en tant que parents, les défis sont toujours bien présents dans votre quotidien...

S.: Oui, mais il y a un bel équilibre dans la maison. C’est du travail, c’est vrai, mais nous réussissons à nous faire une vie agréable. Nous ne nous questionnons pas à savoir s’il faudrait placer Mathis.

C.: Nous sommes chanceux. Professionnellement, nous réussissions. Nous avons de l’aide. Nous pouvons compter sur des gens qui sont dans nos vies depuis longtemps et qui sont précieux. Mélanie, qui est avec Mathis depuis qu’il a deux ans et demi, dit toujours qu’il est l’homme le plus stable de sa vie... (rires)

S.: Elle passe toujours la Saint-Valentin avec Mathis, alors pour elle, il est son valentin, année après année. (sourire)

Dans ce genre de situation, on se rend compte de la force de la communauté ?

C.: Oui. Moi, j’ai beaucoup d’admiration pour les éducateurs spécialisés. Ils choisissent ce travail alors que moi, je ne l’ai pas choisi. Ma pause dans la vie, c’est quand je vais faire La Voix ou lorsque je sors de la maison. C’est facile quand j’ai juste à m’occuper de moi. Mais quand tu choisis de faire ça ? Ça force mon admiration. Je ne sais pas si j’aurais cette patience...

Quand il faut prendre soin constamment, sans répit, il faut aussi prendre soin de soi. Que faites-vous pour y arriver ?

S.: Nous le faisons par le biais des voyages et du temps que nous avons ensemble, Charles et moi. Nous faisons des voyages avec Mathis et des voyages sans lui, une fois par année. Notre fils a deux répits par année, donc deux fois une semaine. Nous en profitons pour en passer un à la maison avec lui et l’autre pour partir en vacances en couple.

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C.: Parfois, quand nous voyons les autres familles, c’est confrontant. Les enfants ont leur auto, leur chum ou leur blonde, ils vont au cégep...

S.: Nous, ça ne nous arrivera jamais. Nous avons un petit garçon de 6 pieds et 3 pouces à la maison. C’est une autre vie.

C.: J’essaie peut-être de rester positif, mais comme Mathis écoute encore Annie Brocoli et Bébé Einstein, j’ai l’impression que ça m’a gardé un pied dans la petite enfance, et par le fait même, on dirait que je ne me vois pas vieillir... Sophie fait son lunch depuis 24 ans tous les soirs. Moi, je lui donne sa douche le matin et je l’habille. C’est notre réalité. Il est drôle. Le matin, il met ses bobettes à l’envers et je lui dis : « Tourne... Tourne encore. » (rires)

Comment fait-on pour ne pas se perdre de vue à travers ces grandes responsabilités ?

C.: Nous sommes toujours aussi proches. Nous sommes toujours ensemble. Nous invitons des amis à la maison. Nous avons juste un enfant, ce n’est pas compliqué : il ne se sauve pas. Mais en visite, il risque d’ouvrir le congélateur à la recherche de crème glacée... (rires)

S.: Nous avons appris à intégrer Mathis, même au resto. Il est facile, et c’est notre priorité.

On sait comme les épreuves peuvent séparer les couples. Comment avez-vous réussi à rester ensemble, unis ?

C.: Nous avons eu nos périodes... Mais oui, nous sommes restés.

S.: En fait, j’ai toujours pensé que ce serait plus facile à deux que si nous étions seuls. Je sais bien que si on était séparés, j’aurais un break une semaine sur deux. Mais depuis que Mathis est petit, je me suis toujours dit que ça allait être bien plus facile à deux. Il faut essayer de faire attention à l’autre pour que ça fonctionne. Si on était profondément malheureux, on ne serait plus ensemble. Mais ça ne m’a jamais effleuré l’idée que ça puisse être plus facile chacun de notre côté.

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Un couple qui dure, c’est d’abord et avant tout la volonté d’être ensemble, car il y a 300 000 raisons de quitter le navire.

C.: Bien sûr. Et Sophie et moi, nous nous aimons malgré nos défauts.

S.: Et nous ne sommes pas rancuniers.

C.: Ça va faire 26 ans en juin que nous sommes ensemble. Nous avons toujours eu des projets communs et le désir de faire des choses ensemble. Nous avons chacun nos rôles.

S.: Et avec les années, nous devenons un peu l’autre... (sourire)

Procurez-vous le pull Sézane de Maripier Morin :

Voyez l’épisode de notre balado Prochain numéro mettant en vedette Charles Lafortune :

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