Soline Asselin s'est inspirée de ses propres voyages, de l'histoire des femmes de sa famille et des grandes exploratrices pour écrire son premier livre
Voyage vers une fusée


Marie-France Bornais
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Grande voyageuse et cofondatrice du Festival Filministes, Soline Asselin mêle avec brio l’essai, l’autofiction et le carnet de voyage dans son premier livre, Voyage vers une fusée. Elle entraîne ses lecteurs dans la traversée d’un paysage à la fois littéraire et géographique en compagnie d’aventurières qui ont accompli de grandes choses au cours de l’Histoire, avant de tomber dans l’oubli. On part vers les États-Unis en direction d’une base de lancement de fusée. C’est un voyage, une quête, une aventure, une réflexion féministe sur le voyage.

Souhaitant réaliser un rêve d’enfance qu’elle partageait avec son père disparu, une femme quitte Montréal en voiture et se lance sur les routes des États-Unis. Son objectif n’est pas banal: elle veut assister au décollage d’une fusée.
Chemin faisant, elle se nourrit des récits d’exploratrices extraordinaires comme Jeanne Barret, la première femme à faire le tour du monde, et l’astronaute Valentina Terechkova.
Les histoires des femmes de sa famille, dont l’arrière-grand-mère qui s’est empoisonnée à force de manger des pelures de patates, lui trottent aussi dans la tête.
La mythologie familiale
«C’est ma mythologie familiale: mon arrière-grand-mère est morte de mauvaise alimentation et des suites des grossesses. Ma grand-mère ne l’a pas connue parce qu’elle est morte quand elle avait neuf mois. C’est par les autres femmes du village que cette histoire-là s’est transmise», explique Soline Asselin, en entrevue.
Le père ne voulait pas avoir cinq enfants à charge. «Le père de ma grand-mère s’est juste poussé et a eu d’autres enfants, une autre famille», dit-elle. «Ça ne fait pas si longtemps: deux générations!»
Voyager seule
Soline Asselin, grande voyageuse, s’est questionnée sur ce que ça signifiait, de voyager seule. L’impulsion pour l’écriture de Voyage vers une fusée vient de là.
«Pourquoi aujourd’hui, c’est encore quelque chose qui apparaît comme surprenant? Les gens disent de faire attention, de ne pas prendre de risques. Je me suis dit: OK, mais pourquoi on pense ça?»
Elle a réfléchi à sa propre expérience, à ses propres voyages, puis a décidé de s’inspirer des autres femmes qui ont voyagé avant elle. Son livre, un hybride entre le récit de voyage, l’essai et l’autofiction, compte de la fiction, mais aussi beaucoup d’éléments qui partent d’elle-même.
La prise de risque
Soline Asselin s’est fait une opinion sur la prise de risques pendant les voyages en solo. «J’ai beaucoup voyagé sans données mobiles, juste avec une carte. Je dormais dans ma voiture. Il y avait une prise de risques inhérente au voyage que je faisais – et que je fais encore.»
Le risque existe bel et bien, ajoute-t-elle. «Malheureusement, on entend beaucoup les histoires qui se terminent mal. Quand on parle de voyage, on ne peut pas non plus ne pas en parler, parce que ces histoires existent et que c’est quand même un risque. Mais il faut aussi se rendre compte que, souvent, ce sont des projections dans notre tête.»
Faire la part des choses
«Dans le livre, à un moment donné, la narratrice a peur... mais c’est une peur héritée, justement, de toutes les histoires qu’on entend. Je pense qu’il faut quand même voyager, qu’il faut quand même partir, parce qu’on apprend tellement de choses en voyageant... Mais il faut faire la part des choses. C’est à la fois dangereux et merveilleux.»
Soline parle aussi des aventurières et des pionnières qui ont réalisé des exploits. «Je voulais trouver une filiation symbolique avec toutes ces femmes. J’étais fébrile en découvrant les parcours de ces femmes que je ne connaissais pas avant.»
Voyage vers une fusée
Soline Asselin
Éditions Marchand de feuilles
Environ 300 pages
- Soline Asselin est cofondatrice du Festival Filministes.
- Voyage vers une fusée est son premier livre.
«Alors que le mari de mon arrière-grand-mère errait quelque part au village, montrant son sourire édenté entre deux gorgées de gnôle, elle cuisinait des patates au beurre pour nourrir ses cinq enfants. Ma grand-mère raconte que sa mère leur offrait la chair et se contentait des pelures. À la radio, une capsule scientifique m’apprend que la solanine est une substance mortelle pour les humain-es et qu’elle se trouve en quantité élevée dans les pelures de pommes de terre. Lorsque mon arrière-grand-mère est décédée à 25 ans, d’excès de pelures ou de surplus de fatigue, son mari a aussitôt été captivé par l’idée d’une autre vie. Il est ardu, on doit en convenir, de satisfaire son désir de vagabonder avec cinq enfants à charge.»
– Soline Asselin, Voyage vers une fusée, Éditions Marchand de feuilles
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