Six ans plus tard, Barré-Boulet a enfin son chandail du Canadien


Marc de Foy
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Il aura fallu six ans à Alex Barré-Boulet pour réaliser le rêve de sa vie. Depuis hier matin, il est officiellement membre de la formation du Canadien. Mais qu’on ne se méprenne pas. Il a apprécié ses six saisons dans l’organisation du Lightning de Tampa. Une machine à développer des jeunes joueurs de hockey, comme il l’appelle.
On se rappellera que sa mise sous contrat par Julien BriseBois avait fait tout un boucan à l’époque à Montréal. Marc Bergevin s’était fait rôtir sur le gril à la chaleur maximum.
Le Canadien avait laissé filer un joueur qui était en voie de remporter le championnat des marqueurs de la Ligue junior majeur du Québec. Comme si ce n’était pas assez, Barré-Boulet évoluait dans la cour du Tricolore, en l’occurrence sur la Rive-Nord de Montréal avec l’Armada de Blainville-Boisbriand.
En plus, la veille de son embauche, Yanni Gourde, lui aussi un joueur autonome embauché par le Lightning, avait été nommé recrue du mois dans la Ligue nationale.
Ça sentait le brûlé dans les officines du Centre Bell.
Machine à développer des espoirs
BriseBois avait encore ses antennes au Québec par le biais de son recruteur Michel Boucher, aujourd’hui à l’emploi des Golden Knights de Vegas. Marc-André Bourdon, ancien homme à tout faire des Huskies de Rouyn-Noranda, a succédé à Boucher.
Le Lightning fut la première équipe à faire de l’œil à Barré-Boulet, qui n’hésita pas à apposer sa signature au bas du contrat que lui offrait la formation de la côte ouest de la Floride.
L’intérêt entre les deux parties était mutuel. La capacité des hommes de hockey du Lightning à bien développer les joueurs de petit gabarit lui donnait confiance.
«Avant moi, Jonathan Marchessault, Yanni Gourde, Cory Conacher et Tyler Johnson avaient tous été embauchés par le Lightning à titre de joueurs autonomes, rappelle-t-il. L’organisation a développé un paquet de petits joueurs qui ont réussi dans la Ligue nationale.»
Le style de Benoît Groulx lui plaisait
Les choses ont été plus difficiles pour Barré-Boulet. Il s’est promené entre Syracuse et Tampa. Il est aussi passé par Seattle, où il n’est resté que le temps des roses avec le Kraken.
À Syracuse, il a joué cinq ans sous les ordres de Benoît Groulx, qui est reconnu pour avoir la poigne dure avec ses joueurs.
À propos, pourquoi Groulx attend encore d’avoir une chance dans la Ligue nationale?
«C’est sans doute dû au fait qu’il venait derrière Jon Cooper dans l’organigramme des entraîneurs de l’organisation et que Cooper connaît du succès à chaque année, répond Barré-Boulet.
«Benoît est très exigeant, mais il a été excellent pour moi. C’est le genre de coach que j’aime. Je n’ai pas de problème avec ça. Tu lui en donnes, il t’en donne.»
Groulx a été congédié et remplacé par Joël Bouchard à la fin de la saison 2022-2023. Cette saison, il dirige le Traktor de Tcheliabinsk de la KHL.
Quant à Barré-Boulet, il a senti le besoin de s’accorder un nouveau départ lorsque le Lightning l’a retourné à Syracuse, en février dernier.
«Ça peut aller bien pour toi dans la Ligue américaine, mais il n’y avait pas de place avec le grand club, dit l’attaquant natif de Montmagny.
«Ils (les dirigeants du Lightning) ont été super respectueux avec moi quand je leur ai annoncé que partais. Ils m’ont souhaité la meilleure des chances pour le futur. Quand le Canadien m’a approché, ça n’a pas pris deux secondes pour que je dise oui.»
Attitude différente
Mais le contrat d’un an de la Ligue nationale qu’il a obtenu ne signifiait pas à ses yeux qu’il jouerait automatiquement dans la LNH.
«Ça me procure seulement une sécurité financière, dit-il.
«Je savais que je n’avais pas une place assurée à mon arrivée au camp. Il y avait des gars devant moi et des jeunes qui arrivaient. Mais je ne me suis pas cassé la tête. À Tampa, j’abordais le camp plus avec l’idée de ne pas perdre ma place. Ici, je pensais plus à gagner ma place. Je n’avais rien à perdre.
«Si je descendais [dans les mineures], je restais dans la même maison avec ma famille. C’est plus facile de jouer quand tu es décontracté.»
Barré-Boulet ne voit pas trop loin non plus. Il sait qu’il devra lutter quotidiennement pour conserver sa place dans la formation.
Soirée émotive demain
Sa promotion avec le Canadien compense pour les années d’efforts, de hauts et de bas et d’incertitude.
«Ç’aurait pu aller de l’autre bord, mentionne-t-il en faisant référence au pire scénario.
«J’ai été patient parce que j’aime ce que je fais. Si je n’avais pas aimé le hockey, j’aurais arrêté de pousser. J’aurais probablement plié bagage pour aller jouer en Europe. Mais je voulais prouver que je suis capable de jouer dans la Ligue nationale.
«Ça va être spécial mercredi.»
Mercredi, c’est demain, journée du match inaugural de la nouvelle saison. Sa famille, partisane du Canadien depuis toujours, va monter à Montréal pour assister à ses débuts dans le chandail bleu-blanc-rouge.
La soirée s’annonce émotive.