«Si on ne s’en occupe pas, on va devenir éventuellement le 51e État... culturellement», affirme Charles Lafortune, déçu par la mise à jour économique

Frédérique De Simone
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Les producteurs de télévision sont amèrement déçus par la mise à jour économique présentée par le gouvernement de François Legault, mardi.
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Les principaux joueurs du secteur, dont le Groupe K.O, Pixcom, Déferlante, Sphère Média, Trio Orange, Groupe Fair-Play et Zone 3, ont fait paraître une lettre ouverte à ce propos au moment de la présentation, exprimant leur déception face au manque de considération du gouvernement à l’égard de la culture.
L’un de ses instigateurs, Charles Lafortune, vice-président exécutif et producteur exécutif chez Pixcom, a de son côté une fois de plus lancé un signal d’alarme quant à l’effacement et à «l’étouffement tranquille» de la culture québécoise.
«Si on ne s’en occupe pas, si le gouvernement ne reconnaît pas l’importance d’avoir un écosystème dans lequel on a une pluralité de voix — comptant aussi bien la télévision privée que des diffuseurs publics comme Télé-Québec — on va devenir éventuellement le 51e État... culturellement, on va le devenir», a-t-il appuyé en entrevue avec l’Agence QMI.

Le producteur derrière MasterChef Québec, Alertes et Indéfendable a également fait part de sa désolation de constater qu’aucune recommandation issue du rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel au Québec (GTAAQ), piloté par Monique Simard et Philippe Lamarre, ne se soit retrouvée dans la mise à jour économique d'Éric Girard.
«Le ministre Mathieu Lacombe a fait un job super dans sa consultation. Avec le comité du GTAAQ, il a mis beaucoup de solutions sur la table, comme investir dans la jeunesse, penser à rebâtir un fonds permettant de recréer du contenu, mais aussi aider les producteurs à avoir moins de contraintes. Mais dans cette mise à jour-là, il n’y a rien, malheureusement, pour la culture», a-t-il dit, pantois.
«De voir qu’on ait fait un aussi bon rapport, mais qu’on n’en parle pas et que ça ne bouge pas, ça fait juste nous prouver qu’il y a une urgence d’agir. Il y a une urgence d’agir parce qu’on va perdre notre identité», a rappelé le producteur.
Lui et ses co-signataires auraient aimé retrouver dans la mise à jour économique un financement accru pour Télé-Québec, mais aussi une mesure visant à harmoniser les crédits d’impôt afin de les rendre aussi compétitifs qu’en Ontario et ainsi inciter les productions étrangères à opter pour le Québec, de même qu’une obligation pour les manufacturiers d’électroniques d’intégrer les plateformes québécoises à l’interface de leurs appareils vendus au Québec.
«Parce que c’est du divertissement, j’ai l’impression qu’on prend l’industrie audiovisuelle pour acquise. La télévision, c’est une industrie sérieuse et importante pour l’identité d’un peuple», a soutenu Charles Lafortune en entrevue.
«Il ne faudrait pas que notre émancipation culturelle n’ait été qu’un soubresaut dans l’histoire, qui n’aura duré que 50 ou 60 ans... Il ne faut pas non plus qu’on soit nostalgique de ce qu’a été la télé», a-t-il dit, ajoutant qu’il fallait surtout continuer d’avancer, mais aussi aider l’industrie de l’audiovisuel à arriver au XXIe siècle.
Dans leur lettre ouverte, les 13 signataires, qui ont invité le gouvernement à donner suite au rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel, ont notamment fait valoir que l'industrie leur industrie contribuait pour 3,27 milliards $ au PIB québécois.