Si Harvey-Pinard ne devient pas très riche, il se fait flouer par le Canadien


Jean-Nicolas Blanchet
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Rafaël Harvey-Pinard ne mérite pas d’obtenir un contrat à rabais pour jouer avec le Canadien. Au contraire, il mérite de toucher plus d’argent pour jouer à la maison. Il mérite de devenir multimillionnaire.
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Le joueur qui se compare le plus à Harvey-Pinard aura 23 M$ de plus dans son compte de banque dans trois ans. J’y reviendrai, mais ça donne une idée de la valeur de l’attaquant.
C’est formidable d’avoir à Montréal un Québécois qui s’illustre ainsi et qui déjoue les plans de l’organisation en s’imposant comme une pièce solide pour l’avenir de l’équipe.
Mais le fait d’être né au Québec aide-t-il vraiment Harvey-Pinard dans les négociations pour son prochain contrat ? Il deviendra joueur autonome avec restrictions dans quelques jours.
Et s’il s’appelait Tyson Jones
Imaginez qu’Harvey-Pinard était plutôt un Américain: Tyson Jones.
Imaginez qu’il était un choix de deuxième ronde. Et qu’après un séjour dans une université américaine, il aurait joué deux ans à Laval, où il aurait fait 76 points en 105 matchs (ces statistiques sont identiques à celle de Harvey-Pinard).
Et imaginez que Tyson Jones arrivait à Montréal à 24 ans (comme Harvey-Pinard) et qu’il inscrivait 14 buts en 34 matchs, en plus de bloquer de tirs, de générer des chances de marquer, d’exceller défensivement et d’avoir un impact à chacune de ses présences sur la patinoire.
Imaginez aussi que Tyson Jones mesurait deux pouces de plus.
Moi, je lui ferais signer un contrat au plus vite, ce Tyson Jones. Et je paierais cher pour le garder longtemps. Pas juste deux ans, pour voir après. Plus longtemps pour qu’il devienne une grosse aubaine dans quelques années.
Mais Harvey-Pinard n’est pas Tyson Jones.
Même s’il joue comme un gars de deux pouces de plus, il mesure 5 pieds 9. C’est un choix de 7e ronde, le 201e au total. Il faut avancer de 176 choix pour retrouver dans le repêchage de 2019 un joueur qui a fait plus de buts que lui dans la LNH.
Les condiments dans un sandwich
Ainsi, parce qu’il n’est pas un Tyson Jones, on entend toutes sortes d’opinions parfois réductrices sur la valeur d’Harvey-Pinard: il faut d’abord lui offrir une vraie chance pour quelques saisons, on doit lui donner 1 M$ par année (il gagne déjà 825 000$), c’est un bon petit Québécois qui travaille fort et qui motive ses coéquipiers.
Comme si Harvey-Pinard devait surtout servir à aider les vedettes et qu’il était seulement les condiments dans un sandwich.
Comme si ce n’était pas normal qu’il soit aussi bon et qu’il ne mérite pas autant d’argent qu’un gars qui a exactement le même passé, mais qui était un espoir formidable de deuxième ronde.
Comme si on n’y croyait pas encore vraiment à ce petit joueur et qu’on pensait encore qu’il allait finir par se planter.
Ça me fait beaucoup penser à Samuel Piette du CF Montréal. Il gagnait 143 000$ en 2019. C’était une belle histoire, un «p’tit Québécois» qui joue dans notre club.
Mais Piette s’est tenu debout. Ça n’avait aucun sens d’empocher cette somme alors que des joueurs au même rendement touchaient plus de 400 000$. Il ne voulait pas jouer à rabais, car c’était l’équipe de son coin. Au contraire. Comme modèle et ambassadeur de l’équipe, il méritait plus. Car pour l’équipe, il a un grand potentiel marketing important qui rapporte. Il a finalement obtenu un contrat de 430 000 $ par année.
Et c’est pareil pour Harvey-Pinard. Il risque de rapporter beaucoup plus que le fictif Tyson Jones pour vendre des gilets, et ç’a un prix.
En 2015, les Blue Jays avaient fait signer à Russell Martin un pacte de cinq ans et 82 M$. C’était beaucoup d’argent et c’est devenu un contrat boulet pour l’équipe à la fin. Mais les Jays ne le payaient pas seulement pour sa contribution sur le terrain. Ils payaient plus cher, car il allait rapporter plus cher.
C’est un Canadien et un modèle. La logique, ce n’était pas donc pas essayer de le signer à rabais pour qu’il vienne jouer à la maison, mais l’inverse.
Un comparable intéressant
Avec l’aide de Sportlogiq, expert dans l’analyse statistique de la LNH, nous avons tenté d’identifier des comparables à Harvey-Pinard, pour être en mesure d’estimer quel salaire il devrait avoir.
Le meilleur exemple est l’ailier Ilya Mikheyev, des Canucks. Jamais repêché, il est arrivé dans la LNH à 24 ans. Mikheyev a été bon sans dominer dans la KHL avant. Harvey-Pinard a également été bon sans dominer, mais dans la Ligue américaine. Mikheyev a fait 23 points, dont 8 buts en 39 matchs à sa première année à Toronto. Harvey-Pinard revendique 20 points, dont 14 buts, en 34 rencontres.
Les performances de Mikheyev lui ont permis de signer un contrat de 3,29 M$ pour deux ans avec les Leafs. Il est ensuite devenu joueur autonome sans compensation et a obtenu un contrat de quatre ans et 19 M$ avec Vancouver.
Ça illustre un peu ce qui pourrait arriver si le CH ne veut pas trop s’engager pour longtemps avec Harvey-Pinard et qu’il continue de progresser.
L’attaquant québécois ne mérite pas de signer à rabais et les négos risquent d’être intéressantes. Surtout que le nouvel agent d’Harvey-Pinard est l’ancien associé de Kent Hughes, Philippe Lecavalier. Ça place un peu tout le monde dans des drôles de chaises.
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