Sarah-Ève Rhéaume garde la tête haute

François-David Rouleau
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Un petit coup. C’est tout ce qui a manqué à Sarah-Ève Rhéaume pour résister au couperet tombé samedi matin à l’Omnium canadien féminin.
Elle avait croisé ses doigts en matinée, quand les quelque 40 golfeuses ont terminé leur deuxième ronde. La guillotine est toutefois restée à -2.
À 22 ans, la golfeuse amatrice de Québec a néanmoins pu quitter le club de golf d’Ottawa Hunt la tête haute, avec un respectable dossier de -1.
Avec cinq trous à jouer vendredi soir, elle était en voie d’obtenir son billet aux rondes du week-end. Mais un boguey au 14e fanion l’en a évincée.
Une fin plutôt cruelle pour celle qui a raté un seul vert en coups prescrits, celui du 14e, lors de cette deuxième journée de compétition dans la capitale fédérale.
Prise dans l’herbe épaisse, sa balle était aussi mal placée. La jeune golfeuse a voulu jouer de finesse et a loupé son coup. En route vers le pavillon, elle n’a pu racheter sa gaffe avec des oiselets.
Déception et évaluation
«C’est sûr que c’est décevant. J’y étais presque. Je vais retourner à la maison en réfléchissant aux coups que j’aurais pu mieux réussir lors de mes deux rondes et aux roulés qui auraient pu tomber dans la coupe, a indiqué la membre de l’équipe nationale qui a affronté un parcours d’une difficulté qu’elle rencontre rarement.
«J’ai joué 72 (+1) en ouverture, ce n’est pas mauvais pour une première ronde chez les pros, a-t-elle ensuite rappelé. Mais il faut aussi regarder les données. À mes deux rondes, j’ai juste réussi cinq oiselets. Ce n’est pas beaucoup.»
Repousser ses limites
Rhéaume évaluera ses performances avec son entraîneur Fred Colgan afin d’attaquer les éléments à améliorer dans son jeu en prévision de son prochain tournoi. Le temps filera rapidement, car elle mettra le cap vers la Caroline du Sud dans les prochains jours, où elle entamera sa cinquième année avec les Paladins.
Elle souhaite bâtir sa confiance sur ses récentes prestations, notamment à la première étape réussie du Q-School du circuit Epson, l’antichambre de la LPGA, et cette présence à l’Omnium canadien.
«Terminer tout juste à un coup du couperet à mon premier tournoi chez les pros, c’est bien. Je sais que je suis capable d’atteindre des objectifs élevés et je veux continuer à repousser mes limites.»
Thibault sur la route
Ayant terminé avec un dossier de +7, Thibault s’est dirigée vers la maison familiale de Rosemère, samedi, afin de se reposer un peu après plus d’un mois et demi sur la route.
Insatisfaite de ses approches aux verts sur l’Ottawa Hunt, elle s’attardera à cet aspect de son jeu au fil des prochaines semaines.
«J’étais tout de même précise des tertres et j’ai atteint seulement la moitié des verts en coups prescrits. Je dois aussi travailler mon jeu court.»
Après ses quelques jours de repos, Thibault rentrera à Austin, au Texas, pour y rejoindre son instructeur, Chuck Cook.
Ensuite, la nouvelle professionnelle butinera de tournoi en tournoi sur les différents circuits américains. Elle tentera de passer par les processus de qualification du lundi sur le circuit de la LPGA.
Tout comme Rhéaume et Thibault, Maude-Aimée Leblanc et Valérie Tanguay n’ont pas résisté au couperet.
Après sa huitième place à l’Omnium d’Écosse à la fin de juillet, Leblanc rate le couperet une deuxième fois de suite en autant de sorties.
Du travail de longue haleine
Délier sa puissance sur un parcours apporte son lot d’avantages... mais aussi d’inconvénients. À sa première saison sur le circuit de la LPGA, la Française Pauline Roussin-Bouchard l’apprend souvent à ses dépens. Elle tente de maîtriser son jeu afin d’éviter les ennuis et gagner en constance. Un travail de longue haleine.
Celle qui pointe au 71e rang de la course au globe CME et au 114e échelon mondial dispute une bonne première saison parmi l’élite du golf féminin.
Bourrée de talent, l’ancienne des Gamecocks de l’Université de la Caroline du Sud qui s’est notamment signalée dans la NCAA et au Championnat amateur féminin du Augusta National peut aussi bien terminer dans le top 10 qu’être solidement évincée des rondes du week-end.
Dans les rangs amateurs et collégiaux, elle se démarquait par ses cartes fleuries. Elle a réussi à dompter ses démons en route vers le circuit de la LPGA.
Toutefois, elle tente de surmonter de mauvaises habitudes depuis plusieurs semaines. En manquant de précision en raison de sa puissance, l’athlète de 22 ans à l’élan fluide et gracieux travaille sur ses débuts de ronde.
Dans la simplicité
C’est bien beau frapper loin devant ses rivales, mais encore faut-il savoir amasser intelligemment les oiselets.
Avec une moyenne de 272,5 verges à ses coups de départ, Roussin-Bouchard se pointe dans le top 10 des golfeuses les plus puissantes cette saison. À l’opposé, elle vient au 147e rang quant à leur précision alors qu’elle affiche un rendement de 62,4 % de ses balles dans les allées.
Évidemment, les moineaux sont beaucoup plus difficiles à obtenir quand on joue constamment dans l’herbe longue et à l’ombre des arbres.
«J’essaie aussi d’éviter de me retrouver à deux coups au-dessus de la normale après six trous», a badiné la sympathique golfeuse après sa ronde à l’Omnium canadien féminin où elle a mal démarré, samedi.
«C’est plus facile à dire qu’à faire, a-t-elle enchaîné. Mais j’essaie d’appliquer un jeu simple en restant positive. Il faut que j’exécute mes coups, réfléchisse à mon agressivité sur le parcours et révise ma dynamique de jeu.»
Roussin-Bouchard est encore jeune. Il s’agit néanmoins d’un changement qui ne s’opère pas en claquant des doigts. Son jeu au Ottawa Hunt prouve qu’elle doit encore le polir. Parmi les meneuses jusqu’en milieu de deuxième ronde, on l’a vue grimper et dégringoler au fil de ses bons coups et de ses gaffes, parfois désastreuses. Auteure d’un trou d’un coup au huitième fanion vendredi, elle a aussi ensuite commis un triple boguey. Et samedi, un double boguey, trois bogueys et quatre oiselets ont fleuri sa carte de 72 (+1).
Les yeux sur l’Asie
Malgré tout, la Française ne perd pas le nord. On pourrait croire qu’elle espère se faufiler dans la formation européenne pour la prochaine coupe Solheim de 2023. Ce n’est pas tout à fait le cas. Elle vise plutôt un objectif bien précis : celui de participer à la série de tournois en sol asiatique.
Pourquoi ?
«Parce que je n’ai jamais mangé de sushis là-bas, a-t-elle plaisanté. Non, plus sérieusement, je ne suis jamais allée en Asie et en Australie. Je veux y aller pour le bain de culture, mais aussi parce que les tournois de la LPGA disputés sur ce continent réunissent les meilleures. Voilà.»
Elle n’est pas bien loin, car la majorité de ces tournois sont réservés aux golfeuses du top 70 du classement dans la course au globe CME.
La coupe Solheim viendra tôt ou tard si elle parvient à maîtriser son jeu.
Un commanditaire arabe
Depuis l’an dernier au sein du circuit féminin, on observe davantage de commanditaires liés à l’Arabie saoudite. Les logos de Golf Saudi et Aramco, reliés au Fonds public d’investissement d’Arabie saoudite (PIF), sont d’ailleurs bien visibles.
Roussin-Bouchard porte d’ailleurs le logo de la série Aramco sur ses chandails. Cette série sanctionnée par le circuit féminin d’Europe propose cinq événements internationaux sous les formats de jeu par équipe et individuel. Chaque tournoi dispose d’une bourse de 1 M$.
Avant de signer l’entente avec ce commanditaire, la recrue a longuement hésité. Elle n’a toutefois pas voulu s’avancer sur un terrain glissant.
«Comme ça, je ne me mets pas dans la mouise, a-t-elle répondu. Il faut toutefois admettre qu’il fait un travail incroyable avec les filles. Il ne faut pas le cacher.»
En effet, le PIF distribue allègrement les millions dans le golf professionnel et en Formule 1. Un concept nommé le blanchiment par le sport pour restaurer sa réputation.
Reste que l’Arabie saoudite continue de bafouer les droits de la personne, dont ceux des femmes du royaume