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Une personne trans sans emploi, malgré ses compétences

Lionel Lehouillier
Lionel Lehouillier Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo portrait de Élizabeth Ménard

Élizabeth Ménard

2024-05-17T09:00:00Z

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Depuis qu’il affiche comme trans, Lionel Lehouillier a toute la misère du monde à se trouver un emploi malgré l’envoi de centaines de CV.

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Quand on lui a présenté les résultats de notre enquête, cet homme trans non binaire a été envahi par un mélange d’émotions.

«Je suis horrifié et soulagé en même temps, s’exclame-t-il. J’espérais que l’enquête soit inconcluante, mais ça valide mon sentiment d’injustice.»

Diplômé en théâtre, Lionel Lehouillier vit de petits contrats en petits contrats. Mais, cette année, c’est particulièrement difficile. Pour survivre, il s’est résolu à aller se chercher ce qu’il qualifie d’emploi «alimentaire», une job qui demande peu de qualifications et qui lui aurait permis de subvenir à ses besoins tout en poursuivant sa passion.

Il cumule plusieurs expériences dans le service à la clientèle, notamment en restauration, en librairie et comme réceptionniste. C’est le genre de postes auxquels il a appliqué.

Pour éviter la confrontation en entrevue

Mais, malgré des centaines de CV envoyés depuis le début de l’année, il est toujours sans emploi.

«Ce sont des jobs qui ne demandent même pas de diplôme. Par le passé, je n’avais jamais eu de difficulté à me trouver des jobs alimentaires», souligne-t-il.

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Mais, depuis peu, il révèle son identité de genre sur son CV, mentionnant: «Lionel est une personne trans masculine qui privilégie l’utilisation du genre masculin ou des accords masculins.»

«J’ai encore l’air d’une madame. C’est pour ça que je dois l’écrire dans mon CV, parce que ça ne me tente pas d’avoir une confrontation avec l’employeur durant l’entrevue. Ce ne serait pas à mon avantage», explique-t-il.

Le doute constant

Lionel affirme avoir reçu tellement de refus dans la dernière année qu’il pourrait «en faire une tapisserie».

Incapable de prouver qu’il est victime de discrimination, il est bloqué dans un état de doute perpétuel.

«Ce n’est pas nécessairement le cas dans toutes les situations que j’ai vécues, mais j’ai bien de la misère à penser que ça n’a pas fait pencher la balance», confie-t-il.

Son ressenti résonne beaucoup avec Jonathan (nom fictif), une personne non binaire avec qui 24 heures s’est entretenue, dont nous protégeons l’identité par craintes de répercussions sur sa carrière.

«Pour tous les CV sur lesquels j’ai indiqué mes pronoms, je n’ai jamais été retenu, ce n’est jamais arrivé, et on parle de plus de 100 CV envoyés», affirme-t-iel.

Faire son coming-out dans son CV

Le seul employeur qui l’a rappelé, c’est l’organisme de défense des droits des personnes trans où iel travaille présentement. C’est aussi le premier employeur à le rémunérer à sa juste valeur, estime Jonathan, qui a un doctorat en sciences sociales.

«On ne sait jamais avec certitude si on a été victime de discrimination. On est dans un état de confusion et d’inquiétude. On ne sait pas si on doit mettre nos pronoms ou pas, on ne sait pas si on doit faire un coming-out avant ou après avoir été embauché... On ne sait pas», laisse-t-iel tomber.

Au Québec, 58% des personnes trans âgées de plus de 25 ans gagneraient moins de 29 000$ par année alors que 42% se disent employées à temps plein, selon un sondage effectué en 2019 auprès de 2873 personnes trans et non binaires par Trans PULSE Canada.

Le sondage révèle également que les personnes trans et non binaires québécoises ont des niveaux élevés d’éducation.

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