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S’affranchir de la codépendance

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo portrait de Marie-France Bornais

Marie-France Bornais

2022-04-09T04:00:00Z

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Faisant des parallèles intéressants avec la saga Alien, sur lequel elle a fait un mémoire de maîtrise, Geneviève Morin aborde la difficile question des partenaires de vie aux prises avec des problèmes d’alcoolisme et de consommation dans son récit Traité de paix pour les femmes aliens. Deuils amoureux, codépendance, cheminement douloureux qui mène à l’aliénation, alcoolisme, relations malsaines, modèles à surmonter : l’ennemi est complexe et se tapit à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de soi.

G*** est en couple avec Lui depuis sept ans. À première vue, leur relation est parfaite : ils s’aiment, ils habitent ensemble, ils voyagent. Un problème vient assombrir cette belle entente : l’alcoolisme de monsieur, qui ne cesse de rentrer saoul à la maison et de manquer de respect à sa conjointe, jusqu’à devenir violent.

Pendant ce temps, G*** fait tout ce qu’elle peut pour rédiger son mémoire de maîtrise sur la saga Alien, qui trace un parallèle entre l’aliénation de Ripley et la sienne. La relation se termine de manière abrupte et G*** ne trouve plus ses repères. 

La reconstruction, lente et laborieuse, s’entame : la narratrice réalise qu’elle a été aliénée par cette relation amoureuse. Il faut casser cette tendance à vouloir sauver l’autre et cesser de faire preuve d’un excès d’empathie.

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Geneviève Morin, dans ce récit d’autofiction, aborde des problématiques très importantes et cible des tabous importants, comme l’impact de l’alcoolisme sur les jeunes couples. 

Jusqu’à quel point le récit la touche-t-il de près ? « C’est connu que mon ex-conjoint est un alcoolique. C’est connu qu’on s’est séparés. Je pense qu’il y a des éléments qui sont de ma vie, mais à partir d’éléments que j’ai vécus, j’ai transformé plein d’affaires et j’en ai fait quelque chose d’autre », commente-t-elle, en entrevue.

Difficile cheminement

Elle explique que le livre aurait pu être un roman, mais qu’elle a préféré être honnête. « J’ai sorti avec un alcoolique pendant longtemps. J’ai passé à travers ce cheminement et j’avais envie de le transformer dans un processus artistique d’écriture et l’aboutissement d’un roman ou une autofiction. »

Geneviève Morin considère qu’elle est aujourd’hui très différente de la G*** du livre. 

« Dans sa propre démarche d’émancipation de cette relation, elle réalise qu’elle ne sait pas qui elle est. Elle s’est perdue de vue et a de la difficulté à revenir avant cette relation-là. Ça reste proche de moi dans ma démarche personnelle : essayer de retrouver qui j’étais, mais aussi devenir une meilleure personne que cette personne-là. »

Le travail de reconstruction est long. « C’est un des effets de la codépendance. Dans le livre, la compréhension de la narratrice évolue. C’est quelque chose qu’on ne reconnaît pas beaucoup en tant que société, c’est surligné par Microsoft Word quand on l’écrit. Quand c’est un mot qui n’est pas reconnaissable, c’est difficile de se retrouver là-dedans », ajoute l’autrice.

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« Un des impacts de la codépendance, c’est que tu perds tes repères, tu te vides pour une relation avec quelqu’un d’autre. Dans le fond, c’est d’être hyperempathique envers tout le monde et ne pas être capable d’avoir de l’empathie envers toi-même. » 

  • Geneviève Morin est conceptrice-rédactrice à RAD.
  • Elle fait aussi partie de l’équipe de scénaristes de la très récompensée web-série Mouvement Deluxe.
  • Elle fait aussi de l’impro.

Salon international du livre de Québec

Geneviève Morin en signature

  • le dimanche 10 avril de 11 h à 12 h

EXTRAIT

Photo courtoisie
Photo courtoisie

« C’est une drôle de manière de culpabiliser. Comme si la faute était transférée sur moi. Comme si la maladie venait de moi. Qu’il n’en tenait qu’à moi d’éteindre cette tension entre nous. Je pleure beaucoup et je ne sais pas quoi dire. J’aimerais que tu comprennes que je ne suis pas en colère, que je suis inquiète. Que j’ai la tête remplie par ma maîtrise et que mon cœur se fait du souci pour toi. Je suis aussi fatiguée de devoir me battre pour avoir une nuit de sommeil complète. Épuisée de te demander d’arrêter d’être méchant quand tu rentres tard. »

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