SAAQclic: la démission d’Éric Caire n’est que le début


Josée Legault
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Un premier domino vient de tomber bruyamment dans la foulée du scandale entourant le fiasco du programme numérique SAAQclic de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).
Après avoir juré la main sur le cœur qu’il n’avait rien su du désastre qui se préparait ni de dépassements de coûts d’au moins 500 millions $, Éric Caire, ministre de la Cybersécurité et du Numérique, démissionne ou est démissionné. Enfin.
Il est tombé tout d’abord sous le poids des preuves contraires à ce qu’il alléguait, qui rapidement s’accumulaient dans les médias et par le travail des partis d’opposition.
Pour François Legault, miné en plus par des sondages défavorables depuis plus d’un an, la situation devenait insoutenable.
Or, malgré la démission d’Éric Caire, plus rien de bon pour le gouvernement ne pourra sortir de ce panier de crabes. Pourquoi?
Parce qu’au lieu d’agir illico pour aller au fond des choses dès la sortie la semaine dernière du rapport cinglant de la vérificatrice générale, le premier ministre et ses trois ministres responsables du dossier s’en sont tous lavé les mains.
Ils ont même juré en chœur être les victimes innocentes d’une vaste supercherie à l’interne de la SAAQ et de ses contractuels du privé.
En démissionnant, Éric Caire a persisté à refuser toute responsabilité. «Je n’ai rien à me reprocher, a-t-il dit égal à lui-même, hormis de ne pas avoir été assez méfiant». On en perd son latin.
Suite des choses il y aura
De fait, la démission d’Éric Caire, aussi nécessaire soit-elle, ne suffira pas à éteindre le feu. Car suite des choses il y aura bel et bien. Ouverte par la vérificatrice générale, la boîte de Pandore de SAAQclic n’a pas fini de révéler ses secrets troublants.
Qui plus est, si ce scandale vaut la tête d’Éric Caire, les partis d’opposition n’ont d’autre choix logique que de réclamer celles du ministre des Transports François Bonnardel et de sa successeure Geneviève Guilbault, responsables tour à tour de la SAAQ.
Jeudi, Mme Guilbault, tout comme Éric Caire, répétait pourtant encore que le «vrai scandale» est d’avoir été «flouée» elle aussi. L’art de s’engouffrer dans des sables mouvants politiques.
Or, si le principe de responsabilité ministérielle vaut enfin pour Éric Caire, même s’il joue au Ponce Pilate pour la galerie, comment feront les deux autres ministres pour s’en sauver?
Une commission d’enquête
La combinaison d’un programme numérique crucial parfaitement raté et d’une dilapidation outrancière de fonds publics ne pourra s’arrêter à l’unique porte d’Éric Caire.
Elle frappera un jour à celle de M. Bonnardel et de Mme Guilbault. Et ultimement, à celle du premier ministre. Du moins, s’il s’arrête à lancer la démission d’Éric Caire, l’ex-adéquiste chroniquement gaffeur, comme seule offrande sacrificielle aux partis d’opposition et à l’opinion publique.
Comme je l’écrivais hier, François Legault serait sage de faire toute la lumière sur ce scandale. Les pertes colossales en fonds publics et son devoir de transparence le commandent.
En vue du virage numérique plus global que prépare le gouvernement, y compris en santé, il y a également urgence de savoir ce qui s’est passé pour éviter de futurs dérapages.
Une commission d’enquête dotée d’un mandat clair et d’un échéancier assez court pour accoucher avant les élections de 2026 serait la voie à suivre.
Tous les gouvernements ont échoué à livrer des virages numériques efficaces et à coûts raisonnables. Trop dépendant de contractuels privés aux factures salées et compétences douteuses, l’État québécois doit aussi se donner une expertise forte à l’intérieur même de l’appareil public.
Bref, la démission d’Éric Caire est un pas dans la bonne direction, mais du moment où le gouvernement caquiste se retrouve avec le mot «scandale» tatoué sur le front et le devoir éthique de faire un grand ménage dans ses écuries du numérique, elle s’annonce nettement insuffisante.