SAAQclic a été le scandale de trop pour Éric Caire

Rémi Nadeau – analyse
Partager
Depuis longtemps, on se demandait pourquoi François Legault avait été si patient avec son ministre du Numérique, reconnu pour avoir accumulé les controverses. Le premier ministre a finalement annoncé qu’Éric Caire, embourbé dans ses contradictions et au cœur du scandale SAAQclic, «avait offert sa démission».
Lors de la course à la direction de l’ADQ, il avait commis un faux pas en ayant faussement embelli son curriculum vitae, laissant croire qu’il avait un bac en communication.
Dans la grande région de Québec, il est surtout devenu la risée pour avoir mis son siège de député en jeu si son gouvernement ne réalisait pas une première pelletée de terre pour le 3e lien Québec-Lévis dans un premier mandat.
Laissant ses convictions dans le placard, il a continué à siéger comme s’il n’avait jamais mis sa tête sur le billot.
Il en avait même ajouté une couche tout juste avant l’élection de 2022, en disant qu’il se battrait jusqu’à sa «dernière goutte de sang» pour le projet.
Pourtant, en août 2024, il avait montré sa nonchalance en étant même incapable de dire où son gouvernement prévoyait le projet, alors que François Legault avait clairement pointé en faveur d’un pont à l’est.
Bordel informatique
Mais surtout, celui qu’on appelait le shérif de la CAQ, et qui était sans merci dans sa dénonciation des coûteux projets informatiques libéraux, n’a pas été en mesure de renverser la tendance.
Même s’il était devenu le maître à bord, avec un véritable ministère de la Cybersécurité et du Numérique.
Le résultat du jumelage de son «service d’autorisation gouvernementale» avec SAAQclic a été un lancement chaotique et une explosion des coûts, de 638 millions $ à 1,1 milliard.
À l’intérieur du gouvernement, plusieurs le considéraient comme un boulet.
«S’il s’en sort, je ne comprends plus rien», a confié un député caquiste après de nouvelles révélations médiatiques qui ont fini par couler Caire.
Fidèle à son habitude, dans sa déclaration écrite jeudi, il soutient n’avoir «rien à se reprocher», si ce n’est un manque de méfiance.
De toute évidence, il a été mis au courant des dépassements de coûts.
Il a aussi signé un arrêté ministériel faisant en sorte que les organisations comme la SAAQ puissent passer sous le radar du Conseil du trésor dans la gestion de factures supplémentaires.
Jamais responsable
En 2022, frustré que Le Journal ait révélé un retard dans le déploiement du Service québécois d’identité numérique, il s’était empressé d’affirmer que 30 000 éducatrices en garderie utilisaient le nouveau service.
«On l’a fait. Ça se passe bien», avait-il dit au Soleil.
C’était faux.
Son sous-ministre avait dû le corriger publiquement le lendemain.
C’est triste, mais ça illustre combien le Éric Caire ultrapartisan n’a jamais réussi sa transition de shérif de l’opposition à membre du gouvernement et ministre imputable.