Inondations: les rues et les parcs éponges, la nouvelle «lubie de la gauche»?


Andrea Lubeck
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Des inondations comme celles provoquées par le passage de la tempête Debby risquent d’arriver de plus en plus souvent au Québec. C’est simple: nos systèmes d’égouts n’ont pas été conçus pour recevoir autant de pluie en si peu de temps. Pour limiter les dégâts, Montréal veut construire des rues éponges. Est-ce une bonne idée? On en jase avec une experte.
Quand de grosses quantités de pluie tombent sur Montréal, des immeubles et des infrastructures routières sont inévitablement inondés. C’est normal: nos villes ont été développées pour être imperméables. L’asphalte qui recouvre les routes, le béton des trottoirs – en gros, tout ce qu’on appelle des «infrastructures grises» – sont des matériaux qui repoussent l’eau, plutôt que de l’absorber.
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«Tout le modèle de développement actuel est fondé sur l’imperméabilisation des surfaces. L’urbanisation ne s’arrête pas, on développe toujours plus de territoire, ce qui provoque une réduction des surfaces perméables végétalisées», explique Danielle Dagenais, professeure titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal.

Les infrastructures vertes
Mais avec les changements climatiques, les pluies diluviennes deviendront de plus en plus fréquentes. C’est pourquoi des villes, dont Montréal, commencent à se tourner vers les infrastructures vertes, dont font partie les rues, les parcs et les trottoirs éponges.
«Comme une éponge, l’eau peut s’infiltrer tranquillement dans le sol. Il s’agit de mimer ce qu’on retrouve dans un milieu naturel, dans une forêt ou une prairie, où on a des creux dans lesquels l’eau s’accumule et s’infiltre. Ça permet de tempérer l’intensité des débits qui se retrouvent à arriver dans le système de drainage», résume la professeure Dagenais.
Montréal compte déjà sept parcs éponges, dont la place Fleurs-de-Macadam, dans Le Plateau–Mont-Royal. La Ville prévoit en aménager une trentaine de plus au cours des deux prochaines années.
Plusieurs intersections ont également été transformées en trottoirs éponges. On parle ici d’intersections munies de saillies drainantes, soit des espaces aménagés avec des plantes, du paillis, des pierres et des puisards de trop plein pour recueillir l’excédent d’eau.
Après les parcs et les trottoirs, Montréal inaugurera en 2025 sa première rue éponge: la rue Larivière, dans le Centre-Sud. Dans les prochaines années, la Ville espère arriver à drainer l’équivalent de trois piscines olympiques d’eau avec ce type de rues.
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Québec ambitionne, elle aussi, de devenir une ville éponge en aménageant des infrastructures semblables.
À quoi ressemble une rue éponge?
Sur la rue Larivière, la Ville construira plusieurs bassins de rétention de surface qui pourront contenir 900 m3 d’eau, en plus d’un nouveau réseau de drainage pour diriger l’eau s’écoulant des rues avoisinantes.
La rue sera réaménagée pour réduire la circulation de transit et ajouter des espaces récréatifs pour les résidents.

Ailleurs dans le monde, la composition même du pavé est également changée pour mieux absorber l’eau. En Chine, par exemple, des scories d’acier ont été utilisées dans les couches structurelles d’une route pour en améliorer la perméabilité.
Est-ce que ça marche, les rues éponges?
N’en déplaise à l’entrepreneur François Lambert, qui a affirmé sur X que les rues éponges ne sont rien d’autre qu’une «lubie de la gauche», les infrastructures vertes, ça fonctionne.
Depuis l’implantation des premiers parcs éponges à Montréal, jamais les pluies diluviennes n’ont réussi à surpasser la capacité des cuves de rétention de ces aménagements.
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Ça ne veut toutefois pas dire que ces infrastructures vertes sont infaillibles.
«Je n’en ai pas vu déborder encore, mais on pourrait arriver à un point où il y a tellement d’eau qu’elle va aller dans le réseau», note Danielle Dagenais.
«On aurait beau en mettre dans tous les petits trous qu’on peut trouver, et même désimperméabiliser des surfaces, mais on n’aura jamais assez de place pour stocker toute l’eau qu’on doit stocker», ajoute la professeure.
Une solution parmi d’autres
Danielle Dagenais le rappelle d’ailleurs: les infrastructures éponges ne sont qu’une solution parmi de nombreuses autres pour mieux adapter nos villes aux conséquences des changements climatiques.
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«C’est un problème systémique qu’il faut aborder avec une vue globale, et non pas seulement en implantant des parcs [éponges] ou des saillies drainantes», conclut-elle.