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«Il n’y a pas une époque qui a échappé à la possibilité d'une guerre»: le romancier Robert Lalonde a imaginé une correspondance avec le grand Gustave Flaubert

Photo fournie par BORÉAL, JULIEN FAUGÈRE
Photo portrait de Marie-France Bornais

Marie-France Bornais

2025-09-10T05:00:00Z

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Robert Lalonde, un des plus écrivains les plus talentueux du Québec, a engagé une formidable correspondance avec Gustave Flaubert, un immense écrivain dont l’œuvre défie le temps. Dans un roman épistolaire, L’imagination que donnent les vraies tendresses, les deux hommes s’étonnent de leurs époques respectives et s’émerveillent devant le pouvoir de la littérature. Un roman original, intelligent, essentiel... Un bijou finement ciselé, un propos qui fait écho à nos préoccupations d’aujourd’hui et des dialogues vraiment divertissants!

Une correspondance entre un écrivain contemporain et Gustave Flaubert: un défi relevé avec brio par Robert Lalonde dans ce magnifique roman.
Une correspondance entre un écrivain contemporain et Gustave Flaubert: un défi relevé avec brio par Robert Lalonde dans ce magnifique roman. Photo fournie par BORÉAL

Dans ce roman, Robert Lalonde rend un hommage passionné à Gustave Flaubert, qu’il lit inlassablement depuis des années. Les deux écrivains, bien que séparés par la mort, sont unis dans l’obsession des mots et de l’écriture. Ils se tutoient, s’échangent des propos d’atelier, expriment leur insatisfaction par rapport à leur époque, discutent, s’étonnent. Entre eux, pas de frontière de temps ni d’espace.

Une influence marquante

«J’ai parlé quelquefois, dans mes livres, de l’influence que Flaubert – ses lettres surtout – avait eue sur moi», dit Robert Lalonde, en entrevue.

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«J’ai commencé quelque chose dans le but de m’amuser: j’aimerais créer une correspondance par-delà l’espace et le temps avec lui. Je me suis pris à ce jeu-là.»

«En même temps, j’ai voulu évoquer les différences entre les deux siècles dans lesquels on vivait, raconter le 20e siècle à Flaubert et repasser à travers mes débuts comme écrivain, quand j’ai pris connaissance, avec les choses assez extraordinaires qu’il disait sur l’écriture, du monde à qui il écrivait.»

«Je me suis emparé de ses lettres à nouveau, ses lettres que je connaissais quasiment par cœur. J’ai tissé ça en me disant: c’est invraisemblable et c’est vrai, en même temps. C’est sûr que ça ne se peut pas, mais par la magie de l’écriture, ça se peut!»

Les rapports hommes-femmes

En comparant les deux époques, Robert Lalonde a remarqué à quel point les rapports hommes-femmes étaient bien différents au temps de Flaubert. «Ils étaient extrêmement différents, surtout avec Flaubert qui a eu beaucoup de malchance en amour.»

«On sort à peine de l’époque romantique et l’amour est souvent lié à la souffrance et à un désir de possession. Il a écrit Salammbô, l’histoire d’une femme qui a été totalement déchirée par la possession amoureuse.»

Un espoir plus grand

Robert Lalonde a trouvé un lien aussi avec le contexte sociopolitique. «Il y a la ressemblance avec l’époque qu’on vit aujourd’hui, qui est menacée de destruction par toutes sortes d’affaires, de façon différente, mais quand même.»

«Je pense qu’il n’y a pas une époque qui a échappé à la possibilité d'une guerre, d'un génocide et d’une extermination en tout genre. J’ai parlé d’un espoir qui est plus grand pour nous d’arriver à une espèce d’humanité qui composerait d’égal à égal, quelles que soient la culture et la religion.»

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Il est aussi question de bêtise et d’aveuglement dans le livre. «Je pense qu’on vit les mêmes bêtises et le même accablement qu’à l’époque de Flaubert, mais avec la communication mondiale qu’on vit en ce moment, il y a plus de chance qu’on se solidarise si on est assez fin pour ça.»

Robert Lalonde a beaucoup aimé cette expérience d’écriture. «Il y a des passages assez drôles. C’est un jeu. Est-ce que l’humain, quelle que soit l'époque dans laquelle il est, n’est pas semblable?»

L’imagination que donnent les vraies tendresses

Robert Lalonde

Éditions du Boréal

180 pages

  • Robert Lalonde mène en parallèle des carrières d’acteur et d’écrivain.
  • Il s’est imposé au premier rang de la littérature québécoise contemporaine et compte beaucoup de lecteurs.
  • Il alterne les genres: romans, nouvelles, carnets.
  • On lui doit les best-sellers C’est le cœur qui meurt en dernier, On est de son enfance, La liberté des savanes.
  • En 2023, il s’est vu décerner le prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre.
  • Il donne des ateliers d’écriture.
  • Cet automne, il présentera à nouveau le spectacle de lecture de textes Ne tuons pas l’espoir du monde et le spectacle littéraire L’indomptable Virginia Woolf, mis en scène par Lorraine Pintal.
«Je te reparlerai du Grand Nord, imitant ta manière de célébrer ton Orient tant aimé. Il existe un souffle de poésie qu’on ne respire que dans la patrie qui nous manque.
Tu aimerais notre neige, notre glace, notre versant de la planète sur lequel veillent les épinettes au garde-à-vous, survolés par les aigles en chasse.»
- Robert Lalonde, L’imagination que donnent les vraies tendresses, Éditions du Boréal

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