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Robert Giroux condamné à verser 128M$ aux millionnaires qu’il a entraînés dans la chute du Groupe Huot

Dans un jugement sans équivoque, le tribunal donne raison aux millionnaires victimes de «fraude de type Ponzi» et de «manœuvres trompeuses»

Photo Stevens LeBlanc
Photo portrait de Pierre-Paul Biron

Pierre-Paul Biron

2025-11-19T15:40:00Z
2025-11-19T15:44:04Z

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Le tribunal condamne Robert Giroux à payer une somme colossale de 128M$ pour des stratagèmes à la Ponzi, des manœuvres trompeuses et sa gestion «dans l’ombre» des fonds de nombreux investisseurs millionnaires qu’il a entraînés, «enivré» par ses propres gains, dans la débâcle du Groupe Huot.

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Après un procès en plusieurs phases qui s’est étiré sur un an, le juge Jocelyn Geoffroy a donné raison aux investisseurs floués dans une décision de près de 200 pages mardi.

Ceux qui ont été désignés comme «les millionnaires de Québec» réclamaient à Robert Giroux près de 130M$, soit le cumul de leurs pertes dans Q-12 et FIISH, les deux fonds mis sur pied par l’homme d’affaires pour des prêts au promoteur immobilier Stéphan Huot.

Ce dernier s’est retrouvé pris à la gorge, étouffé par la tempête parfaite des importants prêts jumelés à la hausse des taux d’intérêt menant à sa chute.

Dans son jugement, le juge Geoffroy octroie aux investisseurs l’entièreté de leur réclamation et même possiblement plus en raison «d’abus de procédures» du clan Giroux lors du procès (voir autre texte ci-bas).

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Robert Giroux.
Robert Giroux. Photo fournie par VOYOU – PERFORMANCE CRÉATIVE

Fraude

Le magistrat l’admet d’entrée de jeu, il croyait à première vue que les investisseurs avaient placé leur argent «aveuglément, par appât du gain», dans un placement risqué, sans en mesurer les possibles conséquences.

Or, au terme de l’analyse de la preuve, c’est une phrase prononcée par l’une des victimes du stratagème qui devient le mantra, le centre de la décision du juge Geoffroy.

«Le risque, ça ne permet pas la fraude.»

«Giroux a fait de la gestion de Q-12 et FIISH un instrument pour se générer des revenus et préserver son patrimoine en faisant de l’argent sur le dos des commanditaires», conclut le tribunal.

Gestion occulte, défauts de paiements dissimulés, manipulation d’informations financières, illusion de rendements et d’équité croissante, taux «usuraires», détournement de capitaux, double facturation et même transactions de type Ponzi, la liste des fautes attribuées à Robert Giroux est longue.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

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Convaincus à tort de continuer

Rappelons que les témoins entendus au procès avaient affirmé être «tombés en bas de leur chaise» en apprenant les déboires de Stéphan Huot, ayant plutôt été convaincus par Robert Giroux de continuer à injecter des fonds.

«Si c’était à recommencer, je n’aurais jamais mis une cenne là-dedans», affirmait l’un d’eux.

Lorsque questionné sur les possibles risques, Giroux répondait simplement que si l’empire Huot s’effondrait, le groupe reprendrait ses actifs «avec le sourire».

Stéphan Huot.
Stéphan Huot. Photo STEVENS LEBLANC

Sauf que le Groupe Huot était déjà en difficulté depuis un moment. Giroux, pour camoufler les défauts de paiement d’intérêts aux investisseurs, les remboursait avec l’injection de nouveaux capitaux d’un autre groupe de commanditaires. Le juge Geoffroy conclut ainsi à une fraude de type Ponzi.

Ce dernier balaie également du revers de la main la demande reconventionnelle de Robert Giroux, qui avait contre-attaqué avec une poursuite de 25M$. L’homme d’affaires se disait être victime d’une campagne de salissage.

«La preuve est insuffisante, voire inexistante», a tout simplement conclu le tribunal.

En appel?

Reste maintenant à voir si le clan Giroux portera le dossier en appel. Selon l’avocat des demandeurs, Me François Valin, vu les abus de procédures attribués au clan Giroux par le juge d’instance (voir autre texte ci-bas), la procédure d’appel devra exceptionnellement être autorisée par la cour.

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Robert Giroux n’a pas répondu à nos appels et ses avocats du cabinet Woods ont indiqué ne pas avoir de commentaires.

Extraits de la décision du juge Jocelyn Geoffroy

«Malgré la déclaration de Huot qu’il s’en allait “dans le mur” [...] et les aveux de Giroux, qui reconnaît avoir été “obligé de faire des fling-flang” [...], ce dernier a poursuivi de manière soutenue l’octroi de financements additionnels au Groupe Huot. Ces injections [ont culminé] à plus de 91,7M$.»
«Sans la mise en place d’un système de type Ponzi et la dissimulation des défauts du Groupe Huot, les investisseurs n’auraient pas été entraînés dans un mécanisme voué à l’effondrement.»
«Giroux était aux premières loges et était le premier informé des difficultés financières de Huot. Enivré par l’ampleur des frais qu’il collectait, il a choisi de se fermer les yeux et d’ignorer les mises en garde [...]»
«Tout au long du procès, la crédibilité de Giroux a été mise à rude épreuve, au point où celui-ci ne peut absolument pas être considéré comme digne de confiance.»

Trois faits saillants du jugement

Une procédure exceptionnelle pour geler les avoirs de Giroux

Une injonction de type Mareva, habituellement réservée à geler les avoirs d’un défendeur avant jugement, a été rendue par le juge dans sa décision contre Robert Giroux, une première au Québec, selon l’avocat des millionnaires.

Me François Valin salue cette décision «exceptionnelle» du juge Jocelyn Geoffroy, qui permettra de protéger les actifs de Giroux en attente de l’exécution du jugement, par exemple si un appel devait avoir lieu.

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«C’est une première du genre au Québec sur un jugement au fond», souligne l’avocat, rappelant qu’un bilan de KPMG attribuait à Robert Giroux des avoirs totaux de 37M$.

Cette décision du tribunal place à l’abri de toute vente ou de tout don les actifs de l’homme d’affaires, allant de ses actions, de ses mises de fonds, de ses propriétés au Québec et en Floride, de son bateau et de sa voiture personnelle à sa cave à vin. 

La résidence de Robert Giroux visée par le gel de ses actifs.
La résidence de Robert Giroux visée par le gel de ses actifs. Photo DIDIER DEBUSSCHERE

Une enquête criminelle toujours en cours

Malgré sa décision, le juge Geoffroy rappelle que cette affaire est loin d’être terminée alors qu’une enquête de la Sûreté du Québec a été ouverte en lien avec la déconfiture du Groupe Huot. Des allégations criminelles de fraude portent notamment sur Robert Giroux.

«La SQ attendait un jugement au civil avant de prendre action», soutient l’un des commanditaires, qui préfère ne pas être identifié, mais qui salue la reconnaissance par le tribunal civil de la fraude de Ponzi.

«L’un de nos objectifs est que Robert Giroux aille en prison», reconnaît cette victime, qui collabore avec les autorités dans ce dossier. «C’est loin d’être terminé.»

La Sûreté du Québec avait indiqué en septembre 2024 ne pas commenter ses enquêtes en cours.

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Le clan Giroux blâmé pour des procédures abusives

En plus de la faramineuse somme de 128M$ que le tribunal enjoint à Robert Giroux de payer aux demandeurs, le jugement de mardi blâme le défendeur pour «abus de procédures».

Le juge Jocelyn Geoffroy ouvre ainsi la porte à la possibilité que les victimes de l’homme d’affaires réclament des compensations supplémentaires pour couvrir les honoraires d’avocats additionnels afin de contrer ce qui est décrit comme «des manœuvres dilatoires» et «désespérées».

Robert Giroux et l’un de ses avocats.
Robert Giroux et l’un de ses avocats. Photo Agence QMI, archives, RENÉ BAILLARGEON

Les avocats de Giroux ont notamment communiqué des pièces totalisant 44 000 pages de documents supplémentaires «sept mois après la fin de la première phase du procès».

«Le comportement du défendeur et de ses procureurs [...] ressemble au débattement du noyé», écrit le juge à propos de ces manœuvres effectuées «dans l’espoir de trouver n’importe quoi [pour] s’agripper».

«C’est un jugement qui est très cinglant à l’endroit des défendeurs», souligne Me François Valin, avocat représentant les millionnaires floués qui a eu maille à partir à quelques reprises avec ses opposants en défense au cours du procès.

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