Rien n'excuse le repêchage de Logan Mailloux

Josée Legault
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Rien ne justifie le repêchage de Logan Mailloux par le Canadien de Montréal et son directeur général, Marc Bergevin. Rien. Surtout pas le supposé « talent prometteur » du jeune joueur de 18 ans.
Pourtant condamné l’an dernier en Suède pour avoir fait « partager » une photo sexuellement explicite d’une jeune femme sans son consentement, Mailloux s’en trouve en quelque sorte récompensé par le CH.
Cette décision est tout simplement choquante. En 2021, dans la foulée du mouvement #metoo et des nombreuses dénonciations des violences sexuelles dans TOUS les milieux, rien ne l’excuse. Rien.
Ce qu’on y voit surtout est le réflexe affairiste des hauts dirigeants de la Sainte Flanelle de faire passer les « intérêts » du CH avant sa propre responsabilité sociale quant aux violences sexuelles contre les femmes.
En cela, le repêchage de Mailloux envoie le pire des messages. Aux filles et aux femmes, il dit qu’elles ne sont que des objets désincarnés tout juste bons à « amuser » les boys entre eux.
Deux poids, deux mesures
Aux garçons et aux hommes, il dit que même un geste aussi odieux peut s’oublier, à la vitesse de l’éclair, de quelques excuses et d’une thérapie à peine entamée. Que l’important est d’avancer dans leur carrière.
À la société, il dit que l’important est d’« accompagner » Mailloux dans son « cheminement » vers « plus de maturité » pendant qu’à l’opposé, sa victime en subira toute sa vie les effets toxiques. Deux poids, deux mesures, vous dites ?
Qu’il le veuille ou non, le choix du CH réduit aussi les violences sexuelles, lorsqu’elles sont commises par de jeunes hommes, à des « erreurs de jeunesse ».
À une « niaiserie ». Une « connerie ». Un « manque de maturité ». Un geste « stupide ». Bref, comme disent les Anglais, « boys will be boys ».
Tout ce vocabulaire cliché, multiplié à l’infini sur les médias sociaux depuis le repêchage de Mailloux, banalise, encore et toujours, les violences contre les femmes.
Banalisation
Dans un tel contexte, à quoi peut bien servir la volonté de mieux éduquer les garçons à des relations amoureuses respectueuses et égalitaires ? Dimanche, mon collègue Claude Villeneuve résumait crûment le problème :
« On est en droit de se demander quelle compréhension Marc Bergevin a de la discussion collective que nous avons depuis quelques années sur la notion de consentement sexuel. Plus largement, l’intimidation virtuelle et dans la vie réelle de jeunes gens dont on a violé l’intimité est un fléau qui bousille la vie de milliers d’ados, et les directions d’école comme les forces policières se creusent la tête pour savoir comment l’éradiquer. »
Et la réhabilitation ? À 18 ans, Logan Mailloux avait tout le temps devant lui pour s’y adonner véritablement. Le récompenser illico d’une carrière prestigieuse avec le CH ne risque-t-il pas de faire tout le contraire ?
Et sa victime ? Pas de « récompense » pour elle. Toute sa vie, ces images non consenties d’elle la hanteront. Si un jour, elle a des enfants, elle devra aussi leur expliquer ce que leur mère a subi aux mains d’une « vedette » sportive.
Or, qui expliquera un jour aux enfants de Mailloux pourquoi, après avoir posé un geste aussi dégradant, leur père fut néanmoins béni instantanément d’une belle carrière dans le business du hockey soi-disant professionnel ?