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Retour du baseball majeur à Montréal: un projet qui a frappé dans le beurre

Photo MARTIN CHEVALIER

Étienne Bouchard

2024-09-21T04:00:00Z

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La chance de marquer le point décisif dans le dossier de la venue d’une équipe des Ligues majeures de baseball (MLB) à Montréal semblait pourtant impossible à bousiller, mais à l’image de ce que fut l’histoire des Expos, les gros frappeurs qui se trouvaient au bâton ont été incapables de cogner le coup sûr victorieux.

À la tête du Groupe Baseball Montréal, l’homme d’affaires Stephen Bronfman a bataillé durant de longues années afin de convaincre les principaux décideurs d’ici et les grands bonzes de la MLB du bien-fondé de ses démarches. À un certain instant, il semblait optimiste de croiser le marbre en offrant une concession à la métropole québécoise toujours en attente du retour des Expos depuis 2004. Cependant, Bronfman a finalement fendu l’air sur une balle courbe envoyée au début 2022 par le commissaire Rob Manfred, qu’il croyait favorable à son idée.

Voici les dates importantes de ce projet demeuré dans le cercle d’attente et que certains partisans risquent de regretter bien longtemps.

12 décembre 2013: la naissance d’un projet

Photo d'archives
Photo d'archives

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Fondateur du Projet Baseball Montréal en 2012, l’ancien joueur Warren Cromartie veut passer au plus concret. En conférence de presse, il prétend que le retour d’une concession du baseball majeur serait viable, pourvu qu’un stade soit construit au centre-ville. «Rappelons que Montréal représente actuellement le plus important marché de l’Amérique du Nord à ne pas avoir d’équipe des Ligues majeures», rappelle-t-on.

Présent à l’occasion, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, ajoute que les propriétaires du futur club devraient payer environ deux tiers de la facture, estimée à 1,025 G$, soit 500 M$ pour la construction d’un stade et 525 M$ pour l’acquisition d’une équipe. La balance serait assumée par les divers paliers de gouvernement d’après le plan de l’organisation.

28 et 29 mars 2014: un succès monstre

Photo Agence QMI, JOËL LEMAY
Photo Agence QMI, JOËL LEMAY

Le public québécois a droit à ses premiers matchs des Ligues majeures au Stade olympique depuis la triste soirée funéraire du 29 septembre 2004. Et la visite des Blue Jays de Toronto ressemble davantage à un gros party qu’à une veillée funèbre. Au total, plus de 96 000 spectateurs débarquent dans l’enceinte pour l’un des duels hors-concours face aux Mets de New York. Le message à l’intention de la MLB est transmis de vive voix: l’intérêt est bien vivant.

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28 mai 2015: le pèlerinage du maire

L’année suivante, environ le même nombre d’amateurs se dirigent vers le Stade olympique pour deux autres rencontres préparatoires des Jays. Croyant que cet intérêt manifeste n’est pas un mirage, le maire de l’époque, Denis Coderre, veut profiter de l’élan favorable à une cause lui tenant cher. Il se rend dans les bureaux du commissaire Rob Manfred, à New York, et l’objectif est clair: «c’est de lui démontrer mon amour pour le baseball. [...] Montréal est une ville de baseball.»

Interrogé par Le Journal après sa discussion, Coderre exprime sa profonde satisfaction. «C’est la première rencontre, elle a été fructueuse et très agréable. On a trippé baseball. Il y aura d’autres rencontres rapidement. J’ai adoré la profondeur de cet homme. Il a des valeurs qui transcendent l’industrie du sport. C’est un homme de famille», dit-il.

1er et 2 avril 2016: un coup de circuit montréalais

Photo Agence QMI, BEN PELOSSE
Photo Agence QMI, BEN PELOSSE

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Les Blue Jays atterrissent à Montréal pour un troisième printemps d’affilée et le chiffre d’assistance atteint un sommet vertigineux, grâce notamment à la présence des Red Sox de Boston: 106 102 spectateurs répondent à l’appel et la ville gagne des points supplémentaires. Tous sont impressionnés, incluant le Québécois Russell Martin et l’ancien lanceur des Expos Pedro Martinez, qui affirme au Journal être prêt à investir dans un nouveau stade.

Le mois suivant, Manfred déclare vouloir Montréal et Mexico comme terres d’accueil de formations d’expansion, mais qu’au préalable, quelques dossiers doivent être réglés, notamment le sort de clubs en difficulté. Il est question ici des Athletics d’Oakland et des Rays de Tampa Bay.

17 octobre 2017: Montréal avance sur les sentiers

Photo MARTIN CHEVALIER
Photo MARTIN CHEVALIER

Quelques mois après deux autres visites des Jays relativement courues malgré une diminution d’achalandage, Montréal reçoit un coup de pouce de l’influente revue Baseball America, signe que la ville est dans les plans de la MLB. On y propose ainsi une refonte des sections et du calendrier régulier. Les changements suggérés par la publication incluent la présence de Montréal et de Portland (Oregon) à titre de nouvelles équipes.

13 décembre 2018: le rêve des partisans

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Afin de mieux documenter leur plan d’action, Bronfman et les autres investisseurs liés au groupe œuvrant pour le «grand retour» diffusent les conclusions d’une étude de marché. Ce que les répondants souhaitent majoritairement, c’est idéalement un nouveau stade «d’une capacité globale de 32 000 sièges comprenant 60 suites, 5 suites pour des groupes, 100 loges ou tables en terrasse et 1400 places de club». Avec les ennuis des Rays, qui peinent à trouver une alternative à long terme au vétuste Tropicana Field, le projet montréalais entre en phase d’ébullition.

Bronfman rencontre le premier ministre du Québec, François Legault, le jour même. Ayant succédé à Coderre à l’hôtel de ville, Valérie Plante se dit heureuse. «Ce sont de bonnes nouvelles, je suis contente qu’on puisse aller de l’avant et que ça bouge assez rapidement. Les gens qui travaillent sur ce dossier, soit MM. Bronfman et [Mitch] Garber, mettent beaucoup d’énergie et ça paie.»

12 février 2019: un stade au bassin Peel?

Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD
Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD

Quelques sources rapportent que le fidèle allié de Bronfman, l’ancien président du Canadien et PDG de l’entreprise Claridge Pierre Boivin, s’est inscrit au registre des lobbyistes du Québec. Son but? Convaincre les instances politiques de céder un terrain situé au sud-ouest du bassin Peel et appartenant à une entité fédérale.

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En mars, la mairesse Plante dit encore oui au projet, pourvu que l’argent des contribuables ne soit pas touché. C’est un peu le même discours entendu à Québec, où le gouvernement maintient fermée la porte quant à un financement.

20 juin 2019: une idée sortie du champ gauche

Le commissaire Manfred confirme que les Rays ont demandé la permission à la ligue d’examiner la possibilité d’exploiter la concession en garde partagée entre Tampa et Montréal. L’idée loufoque aux yeux de certains catalyse en revanche les espoirs des partisans québécois de revoir la MLB, même si le mariage éventuel entre les deux villes ne pourrait se concrétiser qu’à long terme, l’équipe en cause détenant un bail valide jusqu’en 2027 à son domicile. Le maire de St. Petersburg, Rick Kriseman, tient d’ailleurs au respect de l’entente.

Ainsi, l’initiative fait des mécontents en Floride. Propriété de Stuart Sternberg, le club peine à attirer des spectateurs et offre même des billets à 2$ l’unité en plein cœur de la saison. Ça n’empêche pas les Rays d’accéder aux séries, mais leurs problèmes aux guichets se poursuivent. Seulement 32 000 sièges trouvent preneur pour chacun de leurs deux matchs locaux et les bancs vides suscitent l’attention. Pendant ce temps, Sternberg invite Bronfman à un match éliminatoire.

9 mars 2020: des obstacles se pointent

Photo d'archives, Agence QMI
Photo d'archives, Agence QMI

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En octobre 2019, le groupe de Bronfman est en concurrence avec d’autres organismes et doit vanter les mérites de son projet devant l’Office de consultation publique de Montréal. Dans son rapport publié à la fin de l’hiver, il s’abstient de statuer sur la pertinence de la construction d’un stade au bassin Peel. Toutefois, en regard avec le portrait du quartier Pointe-Saint-Charles, le projet est jugé controversé, même ses initiateurs ont prévu la mise en place de logements sociaux à proximité. La construction «devra faire l’objet d’une consultation autonome et être analysée sur la base d’un projet plus développé», rappelle l’Office. La mairesse de Montréal déplore l’absence de concret et invite cordialement Bronfman et ses associés à lire le rapport de façon minutieuse.

1er avril 2021: ça coûte cher

Photo AFP
Photo AFP

Indice possible de ce qui va survenir plusieurs mois plus tard, Manfred appuie le projet de garde partagée, mais précise que Montréal a tout ce qu’il faut pour faire vivre une concession à temps plein. Néanmoins, on ne sent pas le même enthousiasme chez une bonne partie de la population. Au printemps 2021, un sondage Léger montre que 60% des répondants sont défavorables à l’injection de fonds publics dans la construction d’un stade.

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«Ce n’est pas aux contribuables québécois de payer un nouveau stade pour qu’un riche groupe d’investisseurs s’enrichisse avec une équipe sportive», indique Renaud Brossard, directeur de la Fédération canadienne des contribuables pour le Québec.

25 septembre 2021: du nouveau à venir?

Photo AFP
Photo AFP

Les Rays composent avec la morosité malgré une participation à la Série mondiale 2020, puisque de nombreuses embûches demeurent sur leur chemin. Le respect du bail au Tropicana Field est l’une d’entre elles, tout comme d’autres faibles foules recensées aux parties d’après-saison. Mais à Montréal, ça s’active et le cabinet Legault semble finalement ouvrir une porte à de l’aide... enfin, un peu.

«Du côté du gouvernement, nous avons encore des discussions à haut niveau sur ce que nous serions prêts à faire et qui serait rigoureux par rapport à l’argent de la communauté, l’argent des citoyens du Québec», déclare sans détour le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. Mais il a aussi tenu à rappeler que Québec ne fera pas bâtir un troisième stade, après le Stade olympique et le Centre Vidéotron.

14 décembre 2021: le début de la fin

Photo PIERRE-PAUL POULIN
Photo PIERRE-PAUL POULIN

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Une rencontre impliquant Plante et Bronfman assène un coup au moral des partisans du retour des Ligues majeures. Après la discussion, la mairesse envoie un autre avertissement à son interlocuteur: pas d’argent public de la Ville ne sera consacré au projet. «Le retour du baseball à Montréal, c’est une bonne idée, mais Montréal n’en sera pas le promoteur. On a déjà joué dans ce film-là et on a vu ce que ça donnait», martèle la patronne de l’hôtel de ville, estimant avoir encore trop de questions sans réponse.

20 janvier 2022: le dernier retrait de Montréal

Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD
Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD

«Je n’ai aucun doute que ce concept peut être intéressant dans le futur monde du sport professionnel, mais le baseball n’est pas prêt à franchir cette étape actuellement»: voici les termes du commissaire Manfred pour justifier la volte-face du baseball majeur, qui abandonne ainsi le projet de garde partagée Montréal-Tampa à la suite du verdict de son conseil exécutif.

Voilà donc une véritable claque au visage – comme Bronfman l’a explicitement souligné – non seulement pour lui et ses associés, mais également et surtout pour les amateurs de baseball québécois. Si l’homme d’affaires est toujours animé par le rêve du retour de la MLB à Montréal et de prendre en quelque sorte le flambeau de son père, Charles (ancien propriétaire des Expos), ce n’est sûrement pas le cas de milliers d’amateurs d’ici. Qui ne reverront possiblement plus de baseball majeur ou qui n’auront même pas eu l’occasion d’applaudir une équipe dans leur vie.

Et pendant ce temps, les Rays ont obtenu le feu vert de la Ville de St. Petersburg pour l’aménagement d’un stade de 1,3 G$ et de 28 000 places qui doit ouvrir ses portes en 2028. Ça s’appelle ici tourner le fer dans la plaie.

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