Ces athlètes repêchés par les médias

Emmanuelle Plante
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Après s’être consacrés, voire sacrifiés corps et âme à leur sport pendant des années, bon nombre d’athlètes font le saut du côté des médias quand sonne l’heure de la retraite. Leur expérience nous assure un regard plus humain sur le sport qui ne se résume pas qu’aux gains, aux pertes ou aux statistiques. Alors que la saison de soccer est amorcée, que les Olympiques se déroulent enfin et que le football retrouve ses partisans, je me suis entretenue avec deux ex-joueurs qui nous permettent de mieux comprendre ce qui se passe sur le terrain.
Matthieu Proulx a passé sa jeunesse sur les terrains de football. Il a évolué pendant quatre ans dans le football universitaire pour le Rouge et or, puis est devenu maraudeur pour les Alouettes de 2005 à 2010, équipe avec laquelle il a remporté deux coupes Grey. Il a été rapidement happé par les médias.

« Comme joueur francophone, j’étais souvent appelé à commenter les matchs, rappelle-t-il. Quand j’ai pris ma retraite, j’ai reçu des propositions de tous les médias. »
Destiné à une carrière en droit, l’athlète s’est retrouvé face à un choix.
« Mon grand-père était juge. J’ai toujours cru que j’allais être avocat. J’ai senti le besoin à l’époque de lui demander sa bénédiction. Je me suis dit que j’allais continuer à payer ma cotisation au Barreau pendant cinq ans pour voir où ma carrière dans les médias allait me mener. » Excellent communicateur, Matthieu est conférencier, analyste et animateur à RDS.
Patrice Bernier est pratiquement né avec des crampons aux pieds. Son père, Jean, est intronisé au Panthéon du soccer au Québec en tant que bâtisseur. Patrice a joué au soccer aux États-Unis, pour l’Université de Syracuse, avant de se joindre à l’Impact de Montréal une première fois, puis de partir pour l’Europe. En 2011, il se joint de nouveau à l’Impact alors que l’équipe entre dans la MLS.

« Dès la fin de ma carrière (en 2017), TVA Sports m’a contacté pour différents événements, explique-t-il. Et je me suis surpris à aimer ça. » Cette année, il a délaissé sa carrière d’entraîneur adjoint--- du CF Montréal (nouveau nom de l’Impact) pour se consacrer à l’analyse des matchs à TVA Sports.
L’expérience au profit de la télé
Ayant été sur le terrain, les ex-joueurs jettent un œil aguerri sur les matchs, une expérience qui ne s’acquiert que par le vécu.
« Je fais toujours attention quand j’utilise ce mot, mais je dirais qu’on apporte de la crédibilité, observe Matthieu Proulx. La crédibilité de l’expérience. Tu comprends les choses de l’intérieur : le comportement d’équipe, la place des joueurs, les stratégies. C’est de donner accès à ce qu’on ne connaît pas de l’univers sportif. »

« J’ai toujours été un joueur analytique, explique Patrice Bernier. Des fois, on juge, on a une opinion extérieure. Et pour avoir été dans ces situations-là, même si chaque joueur est différent, je peux anticiper certains jeux, certaines décisions, certaines réactions. »
Mais l’expérience ne minimise pas la préparation nécessaire pour livrer une bonne analyse. « Pendant la semaine, avant un match, je revois les statistiques, les tendances, les rapports de force, les particularités qui ne ressortent pas au premier abord, rapporte Bernier. Tu deviens un recherchiste de ton sport. »
« C’est dans la préparation que certains réussissent et d’autres échouent, remarque Proulx, actif dans les médias depuis une dizaine d’années. Pour rester et connaître du succès, il faut faire ses devoirs. Les joueurs et les équipes sont différents. Le sport évolue. Il n’est pas le même qu’il y a cinq ou dix ans. Les statistiques, les systèmes de jeux, la philosophie, l’approche avec les jeunes joueurs, la façon de les motiver est différente. »
Rendre accessible et intéresser
Pour d’ex-joueurs, une tribune médiatique régulière permet aussi de mettre les pendules à l’heure ou de faire dévier le centre d’attention des débats habituels.
« Mon sport, le football, a été lapidé autour de 2010 avec la question des commotions cérébrales, affirme Matthieu--- Proulx. Les joueurs ont malheureusement parfois été vus comme des barbares sans intelligence. On oublie qu’un joueur ne se résume pas juste à sa performance. Mon travail est aussi d’humaniser et de dédramatiser, de parler d’un joueur dans son ensemble, de rendre accessible, vrai, pas de faire la critique d’un athlète qu’on vénère selon ses performances. »
Humaniser est aussi une préoccupation pour Patrice Bernier, qui livre également une chronique à TVA Sports. Parce que la partisanerie est parfois sévère.
« Quand les partisans disent que le CF Montréal n’a pas été bon, je préfère expliquer où il y a place à l’amélioration et analyser les séquences de répétition qui sont encourageantes. Il y a beaucoup de leçons à tirer d’une défaite. »

Et quand les défaites font râler les partisans, est-ce que le travail de communicateur devient plus exigeant ?
« Il ne faut pas oublier que les médias sportifs et les équipes sont des partenaires commerciaux, rappelle Matthieu. Nous produisons du divertissement objectif en gardant un esprit critique. Il faut être capable de couvrir un événement de façon positive. On n’est pas là pour planter une équipe, mais on peut dire ce que les autres ont fait de bien. Il y a un effort conscient d’intéresser les gens et de leur faire voir plus que le résultat. Je veux que les Alouettes aient du succès, je veux garder une bonne relation sans jamais bluffer les spectateurs---. »
Le défi de la sphère média
Être devant la caméra doit devenir une deuxième nature quand on plonge dans l’univers médiatique.
« Il y a beaucoup de choses qui se passent dans ma tête et mon plus gros défi est de synthétiser tout ça, de focaliser sur 2-3 éléments à transmettre, sur les points que le public doit savoir, affirme Bernier. Il y a aussi tout un processus de caméras qui s’avère un challenge. Il faut savoir quand regarder où, mais je commence à avoir l’habitude. Je veux bien faire, m’améliorer, progresser et être comme analyste ce que j’étais comme joueur, être dans la fluidité et l’énergie. »
En plus de son travail d’analyste, Matthieu Proulx anime et mène des entrevues avec des athlètes à RDS. Communicateur habile, son défi relève plutôt des émotions en tant qu’ex-joueur qui reçoit des confidences. « Dissocier le cœur et la tête est parfois difficile. Surtout quand un joueur traverse une séquence de défaites. J’ai beaucoup d’empathie. Sur le terrain, tu es juste aussi bon que ta dernière performance. Chaque jeu est scruté, analysé. C’est beaucoup de pression. Rien à voir avec mon rôle dans les médias. Quoique j’ai encore des papillons avant la coupe Grey ou le Superbowl. »
L’autre carrière sportive
Au fil des ans, de nombreux sportifs ont fait le saut dans les médias. En voici une douzaine qui sont actuellement actifs.
- Dave Morissette, ex-hockeyeur devenu tête d’affiche de TVA et TVA Sports
- Étienne Boulay, ex-footballeur qui anime des émissions télé, radio (WKND) et un podcast
- Guillaume Latendresse et Maxim Lapierre, ex-hockeyeurs qui analysent les matchs du Canadien à TVA Sports en plus d’avoir mis sur pied la marque La poche bleue (site, chaîne YouTube, podcast)
- Roseline Filion, ex-plongeuse qui assure la chronique sportive à la radio (Radio-Canada) en plus de recueillir les commentaires des athlètes en piscine aux Olympiques
- Bruny Surin, ex-sprinter qui couvre actuellement les Olympiques
- Benoît Huot, ex-nageur paralympique qui couvre actuellement les Olympiques
- Hassoun Camara, ex-joueur de soccer qui est intervieweur commentateur pour Radio-Canada Sports
- Jacinthe Taillon, ex-nageuse synchronisée qui est journaliste sportive et animatrice à Radio-Canada
- Hélène Pedneault, ex-joueuse de tennis qui commente les matchs à RDS
- Pierre Vercheval et Bruno Heppell, ex-joueurs de football qui commentent les matchs à RDS