Reinbacher était un monstre en 2023: «On va retourner à ça»


Nicolas Cloutier
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«Je vois encore David Reinbacher comme un défenseur qui peut être un no 2 dans la LNH avec Lane Hutson.»
Cette phrase n’a pas été prononcée par Fernand de Saint-Jérôme, mais bien par un recruteur de l’Ouest que j’ai croisé dans les derniers jours. Il y a des partisans qui ont démissionné beaucoup trop vite sur l’Autrichien mobile, qui donne l’impression de patiner sur du beurre.
Lancez-moi des tomates autant que vous le voulez, je le repêcherais encore avant Matvei Michkov. Et je suis capable d’appeler un chat un chat : je ne trippais pas sur Ryan Poehling quand il a été sacré joueur par excellence du Mondial junior et qu’on le voyait meilleur que Phillip Danault.
«Pour l’instant, je maintiens ma projection, m’a expliqué ledit recruteur, mais cette année-là est déterminante. S’il perd une autre année de développement, ça devient plus inquiétant.»
Vous en trouvez combien dans la LNH, des défenseurs droitiers de 6 pi 4 po ou plus avec un aussi beau coup de patin et autant d’habiletés dans les deux sens de la patinoire?
Seth Jones, Aaron Ekblad, Colton Parayko, Dougie Hamilton, Noah Dobson... mais qui d’autre?
«Ses membres sont bien proportionnés, a continué notre recruteur. Ses mains ne sont pas trop proches de son corps quand il manipule la rondelle, contrairement à d’autres gars de sa grandeur un peu plus maladroits.»
Un monstre en 2023
Reinbacher l’année de son repêchage, à Kloten, c’était un monstre. En deux temps trois mouvements, il refermait l’espace et enlevait au joueur adverse tout son oxygène.
Je peux vous confirmer de sources sûres que les équipes s’arrachaient Reinbacher avant que le CH le sélectionne au cinquième rang.
Les Coyotes au sixième rang voulaient Reinbacher; ils se sont tournés vers Simashev. Les Capitals ont jeté leur dévolu sur Ryan Leonard au huitième échelon; leur plan A, c’était Reinbacher. Les Predators avaient essayé de s’avancer au cinquième rang. C’était pour repêcher Reinbacher.
Reinbacher était tellement bon l’année de son repêchage que la priorité pour le CH en ce moment, c’est qu’il revienne à sa mouture de 2023. L’Autrichien a évidemment perdu beaucoup de temps à cause des blessures.
«On a regardé des clips avant son repêchage avec lui cette année pour lui montrer à quel point il ne concédait aucun espace, m’a raconté l’entraîneur-chef du Rocket, Pascal Vincent. Sa prise d’information était rapide. Je regardais ses décisions avec la rondelle, son jeu physique... je me disais : "Ok, je comprends pourquoi le CH l’a repêché cinquième. Le Canadien a fait tout un choix." Ça, c’est un joueur de hockey.»

Son développement «a été retardé un peu», concède le pilote du Rocket. Mais ça ne semble pas trop l’inquiéter.
«On va retourner à ça, a-t-il promis. C’est beaucoup d’adaptation pour lui : nouvelle ligue, nouveau coach, nouveau système, des façons de jouer complètement différentes de l’Europe, en plus des blessures...»
En lisant ça, on conclut que patience, c’est le mot d’ordre. Vincent n’est pas d’accord.
«C’est pas de la patience, c’est du gros bon sens!», a-t-il répliqué, bien en verve.
Maturité physique
Même si Reinbacher joue mieux ces temps-ci, Vincent n’est pas encore prêt à dire qu’il est «arrivé», comme on dit dans le jargon.
«Il y a des moments que oui, le jeu ralentit un peu pour lui, mais c’est un énoncé qui est plus vrai pour Engström, a corrigé Vincent. Pour Reino, ça va venir.»
C’est une question de maturité physique, surtout. Et de répétitions.
«Toutes des choses qu’il peut contrôler», a noté Vincent.

Offensivement, tout roule pour Reinbacher. Il trouve les ouvertures. Son tir est lourd. Il a de la glace en avantage numérique.
«J’ai fait beaucoup de recherche pendant mes blessures, m’a confié le principal intéressé. J’ai regardé différents aspects du jeu de Brock Faber, Roman Josi et Shea Theodore. On était dans le détail : comment ils placent leur bâton, comment ils choisissent leur moment pour appuyer l’attaque.
«Le plus grand constat, c’est qu’ils gardent le jeu simple et font juste circuler la rondelle.»
Mais ce n'est pas forcément sur l'aspect offensif que l'organisation insiste avec Reinbacher. C’est sur l’espace qu'il accorde au porteur et sur les situations à 1 contre 1.
On va entrer dans le très technique, mais ce qui va aider Reinbacher, c’est d’avoir resserré l’espace avant même que son homme ait reçu la rondelle. Vincent fait allusion au «pre-gap».
Quand il aura maîtrisé ceci, il sera plus près de la Ligue nationale. Mais pour l’instant, Reinbacher doit jouer. Tout court.
«C’est pas un sprint, c’est un marathon, a philosophé le jeune adulte. Quand je serai rappelé, je veux être là pour de bon et ne pas redescendre.»