Regarder le Super Bowl avec le nez bouché


Jean-Nicolas Blanchet
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Jamais le Super Bowl ne goûtera aussi mauvais.
Les pubs patriotiques, les avions de chasse qui vont survoler le stade, les feux d’artifice aux couleurs du drapeau américain par-dessus le dôme, l’hymne national... ça va m’écœurer.
Au Super Bowl, c’est toujours spectaculaire, l’hymne national. C’est toujours une orgie démesurée de patriotisme, mais les Américains sont capables de rendre ça très impressionnant. Là, ça va me tomber sur les nerfs.
Vous allez me dire que la NFL, les Chiefs, les Eagles et votre amour pour le football n’ont aucun lien avec les élucubrations de Donald Trump. Peut-être.

Mais il n’y a rien de plus américain que le Super Bowl. Et les États-Unis ont déclaré la guerre commerciale au Canada.
Une guerre qui ne semble peut-être rien changer pour votre party du Super Bowl dimanche prochain.
Des impacts
Dans quelques semaines, le dollar canadien aura encore plongé. L’inflation risque de nous frapper encore plus fort. Tout coûtera plus cher. Votre frère, père ou meilleur ami feront peut-être partie des milliers de Québécois qui perdront leur emploi.
Peut-être que l’hymne national américain aura un goût encore plus amer rendu là.
Cette guerre commerciale aura un impact épouvantable dans le milieu du sport amateur et professionnel. Nos entreprises canadiennes qui fournissent des équipements sportifs aux Américains vont manger leurs bas. Les entreprises américaines qui nous fournissent des équipements sportifs vont manger leurs bas. On se fait tous mal au nom d’on ne sait trop quoi et pour je ne sais pas trop qui.
Et qui finira par payer tout ça? Les consommateurs, vous et moi.
On pourrait s'en ficher
Je vais l’écouter, le Super Bowl, en me bouchant le nez et avec le cœur qui lève un peu quand je pense aux conséquences pour le monde de chez nous.
On pourrait, bien sûr, s’en ficher, mettre notre chandail des Chiefs ou des anti-Chiefs et se dire qu’on a au moins le sport pour nous faire oublier le reste. Mais ce n’est pas ça, informer.

Évidemment, vous serez servi pour le volet sportif du Super Bowl. Notre expert football, l'excellent Stéphane Cadorette, est déjà à La Nouvelle-Orléans. Nous vous préparons un super cahier spécial pour ce week-end.
Mais cette guerre commerciale s’invite inévitablement au Super Bowl. Pensez à tout ce qui vient des États-Unis et qu’on met sur la table pour se déshydrater et s'hydrater pendant le match.
Je ne suis tellement pas une référence pour acheter local. J’ai toujours eu une sensibilité. Et là j’ai eu des enfants et je vais chez Walmart. Je suis attaché au Québec, mais mes enfants sont allés deux fois à Disney, à Orlando, alors qu’ils n’ont jamais vu le rocher Percé.
Ils sont allés cinq fois à Old Orchard, mais jamais dans la baie des Chaleurs. J’ai un peu honte, mais je ne ferai pas l’hypocrite.
Elvis Gratton
Mon point, c’est que je dois avouer que j’ai un peu d’Elvis Gratton dans le nez. J’aime aller à Vegas, à Orlando, à New York et à Chicago. J’aime manger dans un Olive Garden et dans un Rainforest Cafe en famille. J’aime aller voir du sport aux États-Unis.
Mais je suis tellement dégoûté par ce qui se passe que oui, je vais regarder en batinse d’où viennent les produits que j’achète. Ça va me faire plaisir de prendre une bonne Dominus Triple de la Microbrasserie Charlevoix dimanche prochain.
Vous pouvez faire ce que vous voulez. Je suis peut-être trop émotif et je ne veux pas être moralisateur. Mais je crains que l’indifférence ne puisse nous faire mal. Et le sport est trop souvent une bulle fermée où tout ce qui gravite autour n’a plus d’importance.
C’est parfois rassurant, mais souvent préoccupant.