Oubliez Cendrillon, voici Rebecca
La Canadienne a poursuivi son parcours de rêve à Montréal en battant la 31e mondiale

Jessica Lapinski
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La belle histoire de la Canadienne Rebecca Marino s’est poursuivie mercredi à Montréal quand elle a éliminé la 31e mondiale, l’Espagnole Paula Badosa, pour accéder au troisième tour de l’Omnium Banque Nationale.
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Une victoire surprenante de 1-6, 7-5 et 6-4 qui survient deux jours après que la 220e joueuse de la WTA eut vaincu l’Américaine Madison Keys, classée 26e au monde.
Mais ce parcours Cendrillon aurait bien pu ne jamais s’écrire. En 2013, victime de menaces de mort sur le web et souffrant de dépression, Marino a choisi d’accrocher sa raquette.
L’athlète de Vancouver n’avait que 22 ans et déjà de beaux résultats derrière elle. Elle avait atteint la finale à Memphis deux ans plus tôt. Elle avait pointé au 38e rang mondial, l’un des meilleurs classements obtenus par une Canadienne à l’époque.
Sauf que le cœur n’y était plus. Pendant quatre ans, Marino s’est tenue loin du tennis. Elle est allée à l’université, a pratiqué l’aviron, une passion léguée par son oncle, qui a participé aux Jeux olympiques de Tokyo en 1964.

Un nouveau chapitre
Et en 2017, l’athlète de 6 pieds, puissante cogneuse au service dévastateur, a été prête à reprendre sa raquette, inspirée par le combat de son père contre le cancer. Il en est décédé trois ans plus tard.
En voyant son père affronter la maladie, la Canadienne s’est dit que la vie était trop courte pour ne pas aller au bout de ses rêves.
« Je crois qu’à l’époque, c’était la bonne décision pour moi de me retirer, a raconté Marino après sa première victoire à Montréal. Je suis vraiment fière de mon choix, car ça m’a permis de redécouvrir mon amour pour ce sport. Je crois que ça paraît dans la façon dont je joue. »
« Le passé est le passé, a-t-elle ajouté mercredi. Ma santé mentale, ma dépression, je n’y pense pas tous les jours. Je crois que j’ai travaillé vraiment fort pour me rendre là aujourd’hui. C’est un nouveau chapitre pour moi. »
Mais son retour à la compétition n’a pas été simple. C’est ce qui explique en partie pourquoi Marino pointe encore seulement au 220e rang mondial.
Elle semblait pourtant bien partie, avec un titre sur le circuit ITF – l’antichambre de la WTA – dès son premier tournoi. Sauf qu’une blessure à un muscle abdominal l’a forcée à rater la fin de la saison 2019 et toute l’année suivante.
Une première

Si Marino a longtemps fait partie des athlètes les plus prometteuses au pays, elle signe cette semaine l’une des plus belles performances de sa carrière.
Avant lundi, elle n’avait jamais remporté de match dans le grand tableau de l’Omnium Banque Nationale ou de la Coupe Rogers.
« J’étais vraiment excitée après ma première victoire parce que je me disais “wow, j’ai battu une fille du top 30”, a-t-elle dit mercredi. Enchaîner avec une autre victoire m’a permis de démontrer que ce n’était pas l’affaire d’un seul match. Je ne suis plus une surprise, les gens savent maintenant qui je suis. »
Contre la favorite
Marino tentera d’écrire un autre chapitre de sa belle histoire jeudi, quand elle affrontera Aryna Sabalenka, qui a trimé dur face à l’Américaine Sloane Stephens (62e) pour finalement l’emporter 7-4 (4), 4-6 et 6-4.
Mais ce ne sera pas une mince tâche, puisque la Bélarussienne est la joueuse la mieux classée du tournoi.
« Oui, ce sera une grosse commande. Mais si je joue mon meilleur tennis, je pense que j’ai une chance contre toutes ces filles », a souri Marino.
Statistiques de Marino contre Badosa
Victoire de 1-6, 7-5 et 6-4
- As : 9
- Doubles fautes : 3
- Premiers services : 51,9 %
- Points gagnés sur le premier service : 64,3 %
- Points gagnés sur le deuxième service : 38,5 %
- Balles de bris sauvées : 11 en 17
- Balles de bris converties : 5 en 10
Au diable les cyberintimidateurs

Rebecca Marino dit ne plus faire de cas des cyberintimidateurs qui ont empoisonné la première partie de sa carrière.
« C’est sûr que ça m’arrive encore [de recevoir des messages]. Mais je crois que mon passé m’y a préparée, a raconté la Canadienne mercredi. Maintenant, je m’en moque et je les ignore.
Je tente de faire vraiment attention avec les réseaux sociaux. Je n’ai aucune application sur mon téléphone. Si je dois publier quelque chose, je le fais rapidement et je ferme la page. Ce n’est plus un enjeu aujourd’hui. »
Grimper les échelons
Le principal enjeu de Marino en ce moment est plutôt d’améliorer son classement. Car même si elle ne joue pas comme une 220e mondiale, il est dur pour elle de grimper au palmarès de la WTA.
La pandémie de COVID-19 a réduit le nombre de tournois auquel elle peut participer.
« Pour un long moment cette année, comme Canadienne, mon horaire dépendait de la longueur des voyages, a-t-elle expliqué. Je voyageais pendant deux mois, puis je retournais à la maison. Je faisais ma quarantaine de deux semaines, reprenait l’entraînement, et je repartais pour deux mois. »
Maintenant qu’elle est pleinement vaccinée, Marino espère profiter d’un horaire plus avantageux, elle qui n’est pas habituée aux aussi longues périodes loin de la maison.
Elle souhaite aussi tirer profit des invitations comme celle qu’elle a reçue cette semaine des organisateurs de l’Omnium Banque Nationale, car ces compétitions comptent parmi celles qui offrent le plus de points au classement.
Un meilleur classement lui permettra de disputer plus de tournois prestigieux.
Seule, mais pas vraiment
Marino réussit son beau parcours à Montréal sans ses entraîneurs principaux. Malgré leur absence, elle se dit bien entourée au Stade IGA.
Elle peut notamment compter sur les conseils de Sylvain Bruneau, qui s’occupe du programme féminin de Tennis Canada, et de l’ancienne joueuse Heidi El Tabakh, la capitaine de l’équipe canadienne à la Coupe Billie Jean King.
Son amoureux est également dans les estrades pour l’encourager.
« Je me sens bien supportée [par Sylvain Bruneau]. Quant à mes entraîneurs, ils m’envoient des messages depuis la maison. »
► En plus de ses victoires en simple, Rebecca Marino s’est imposée en double mercredi, avec sa jeune compatriote Leylah Fernandez. « J’adore jouer avec Leylah ! s’est exclamée la grande joueuse. C’est une travaillante et une bonne athlète. » Elles affronteront maintenant les favorites, la Belge Elise Mertens et... la Bélarussienne Aryna Sabalenka, que Marino va commencer à bien connaître.