Rapport sur l’avenir du sport: «Le sport au Canada se trouve à la croisée des chemins»


Richard Boutin
Partager
Après 22 mois de travail et plus de 1000 rencontres, dont 175 avec des victimes du système sportif, la Commission sur l’avenir du sport au Canada a déposé son rapport, mardi, en souhaitant un plus grand leadership du gouvernement canadien.
L’heure n’est plus aux consultations, et des actions concrètes doivent être prises rapidement, selon le document. « Il y a une nécessité de miser sur un nouveau leadership parce que le système canadien est complexe et fragmenté. Le sport relève du ministère du Patrimoine canadien, alors que l’activité physique est du ressort du ministère de la Santé. »
« Notre examen a révélé que le système sportif canadien est défaillant, fragmenté et, dans sa forme actuelle, non viable, a-t-elle poursuivi. Dans de nombreux contextes, et pour beaucoup trop de personnes, il a causé et continue de causer un préjudice réel et durable. »
Le rapport préconise la mise sur pied d’une entité nationale unique pour chapeauter le sport dans l’ensemble du pays.
Le portefeuille pour le sport ne pèse pas lourd dans le cabinet fédéral, peu importe la couleur du gouvernement, et les nombreux changements sont un autre irritant. « Le roulement du ministre responsable du Sport et les politiques à court terme déstabilisent encore plus le système sportif canadien. Il y a eu 10 changements au cours des 15 dernières années. »
Équilibre entre le développement et le sport d’excellence
Le rapport insiste sur la nécessité que le sport d’excellence et la participation sportive logent à la même enseigne : « L’approche du gouvernement doit englober la poursuite de l’excellence sportive et la participation de masse. Ça prend un leadership unique pour les deux afin d’accroître la reddition de comptes. Une entité centralisée permettra de miser sur une approche harmonisée partout au pays. »
Chef du sport au Comité olympique canadien, Éric Myles demande depuis longtemps un meilleur financement du système sportif. Il a bien accueilli les recommandations de MmeMaisonneuve et ses collègues.
« C’est un rapport très sérieux et de très grande qualité, a-t-il mentionné. Il n’y a pas de surprises, mais les situations difficiles ont été mises en mots. Il est mentionné à plusieurs reprises dans le rapport que le manque de financement crée des problèmes et met à risque le système. Il est temps de passer à l’action. »
Quelques thèmes abordés dans le rapport sonnent comme de la musique douce aux oreilles de Myles. « L’alignement au niveau politique, la continuité et l’équilibre entre le sport d’excellence et l’activité physique me rejoignent, a-t-il expliqué. Il y a urgence. C’est un point tournant pour mettre de côté les ego entre les gouvernements et les provinces, et prioriser les jeunes et leur santé. On sent une volonté des différents intervenants de travailler ensemble. »
Le sport sécuritaire
Touchée par les commentaires des athlètes victimes d’abus, la présidente de la Commission sur l’avenir du sport au Canada, Lise Maisonneuve, souhaite que le processus de plainte soit facilité et coordonné. « Il y a un besoin urgent d’uniformiser et d’harmoniser les politiques en sport sécuritaire et les mécanismes de plainte, a-t-elle écrit dans son volumineux rapport. La prévention est aussi importante que la réponse aux plaintes. Il faut désigner des agents de protection pour tous les organismes. Ça prend une réponse coordonnée à la maltraitance dans le sport. »
Ancien champion olympique, le secrétaire d’État aux sports Adam van Koeverden a déclaré par voie de communiqué que le rapport démontre qu’une action urgente est nécessaire. « Nous acceptons les conclusions et allons maintenant examiner attentivement les recommandations et les mesures à prendre pour renforcer la sécurité dans le sport et améliorer le système sportif à tous les niveaux au Canada. »
En conclusion du point de presse, l’ancienne juge en chef de la Cour de l’Ontario a fait le commentaire suivant.
« Le sport au Canada se trouve à la croisée des chemins. Les Canadiens s’attendent à une transformation significative et concrète. On doit s’y mettre dès maintenant. S’il y a une volonté politique, il y a une possibilité d’y arriver. »