Raisins dans l’anus, relations sexuelles forcées, séances de masturbation dégradantes: d’autres cas d’abus dans la LHJMQ font surface


Kevin Dubé
Partager
Une course avec un raisin dans l’anus que le perdant devait ensuite manger, des relations sexuelles forcées, à tour de rôle, avec une femme, insertion d’un liquide chauffant dans l’anus, séance de masturbation dans l’autobus: une demande introductive d’instance en action collective, déposée en cour mardi, en rajoute une couche sur les actes sordides qui seraient survenus dans la LHJMQ depuis 1969.
Cette demande a été déposée par les avocats du cabinet Kugler Kandestin, en lien avec l’action collective intentée contre la LHJMQ et ses 18 équipes de la Ligue canadienne de hockey, par l’ex-hockeyeur Carl Latulippe au nom de tous les joueurs mineurs ayant subi des abus dans le circuit, de 1969 à aujourd’hui.
De manière générale, les avocats estiment que les circuits juniors visés «ont manifestement manqué à leurs obligations légales de s’occuper des enfants mineurs qui leur étaient confiés» et fait preuve d’une «négligence systémique» et «toléré une culture d’abus», ajoutant que le cas de M. Latulippe «est tragiquement loin d’être un cas isolé.»
D’autres cas troublants
D’autres cas d’abus subis par d’anciens joueurs y sont ensuite décrits. Le document de 57 pages y détaille le cas de M. Latulippe ainsi que de cinq autres membres, dont l’anonymat est préservé.
Le membre A, qui a évolué dans la LHJMQ vers le début et le milieu des années 1970, raconte que «deux ou trois joueurs seniors tenaient ses bras et ses jambes et un glaçon était placé dans son anus pendant que les joueurs vétérans applaudissaient à tout rompre. Le membre A. devait garder le glaçon dans son anus jusqu’à ce qu’il fonde.»
Le membre C, une recrue de 17 ans au milieu des années 1980, raconte que d’autres joueurs de première année et lui ont été contraints «de participer à une “course” humiliante, connue sous le nom de “grape race” (la course de raisin). Il s’agissait pour les recrues de courir ensemble dans une série de courses, flambant nus, avec un raisin dans l’anus. Pour chaque course, la personne qui perdait la course était obligée de manger son raisin et ceux de tous les autres participants.»
Ce même «membre C» ajoute qu’un membre du personnel les a amenés dans un bar et fait boire jusqu’à l’ivresse avant de les conduire dans une maison où une femme les attendait.
«Sur les ordres du membre du personnel, les recrues, l’une après l’autre, devaient avoir des relations sexuelles avec la femme. Certains joueurs ont quitté la pièce où se trouvait la femme en pleurant et en disant qu’ils ne voulaient pas le faire, manifestement traumatisés par ce qu’ils avaient été contraints de faire par le membre du personnel. Le membre C a vu du sang sur le pénis de certains joueurs. Selon sa compréhension, la femme était en période de menstruation pendant la séance», décrit-on dans la demande.
De nombreux autres incidents du genre sont décrits dans le document.
Appel rejeté
Rappelons que la LHJMQ, ses 18 formations et la LCH ont tenté d’aller en appel afin d’invalider la demande d’action collective intentée par Carl Latulippe, mais ont été déboutées il y a un peu plus d’une semaine.
Carl Latulippe réclame 650 000$ et 15M$ de dommages-intérêts punitifs et exemplaires collectifs.
Quelques autres témoignages troublants tirés de la demande
Membre A: «Il a été contraint à participer à ce que les vétérans appelaient “la chambre de la torture”. En entrant dans la chambre, le membre A. devait se dénuder et se coucher sur une table. Les vétérans ont cassé des œufs sur son corps, pour ensuite l’enduire d’un mélange d’œufs cassés, de moutarde en poudre, de farine et d’huile. Puis, il devait se lever avec le mélange collant, marcher et aller s’asseoir sur une chaise, où les abus continuaient, le tout pour une période d’environ 30 minutes. Le membre A. s’est senti complètement humilié; et les recrues ont été contraintes de participer à une séance dégradante de visionnage de vidéos pornographiques dans la maison d’une personne, qui comportaient des scènes de bestialité.»
Membre B: «Toutes les recrues de l’équipe ont été initiées ensemble. Lors d’une soirée d’initiation, l’équipe a passé une grande partie de la soirée et jusqu’au début de la nuit dans une maison. Une par une, les recrues devaient passer à travers l’initiation. Durant l’initiation, chaque recrue était complètement nue et “maitrisée” sur une table par plusieurs vétérans. Les vétérans ont rasé chaque recrue de la tête aux pieds, y compris les parties génitales. Ils ont ensuite sodomisé le membre B. de manière à lui insérer du “heat” [un produit hyper-chaud utilisé par les entraîneurs pour traiter les blessures] dans l’anus.»
Membre C: «D’autres incidents abominables et abusifs se sont déroulés dans l’autobus durant ce type de trajet. Par exemple, des recrues ont été forcées à participer à un “jeu” dans lequel une recrue devait aller s’asseoir à côté d’un certain joueur senior, sans pantalon, quelques rangées derrière l’endroit où étaient assis les entraîneurs. La recrue et le joueur senior devaient se livrer à une compétition où chacun doit se masturber de façon à éjaculer avant l’autre. Aucune des recrues n’était capable de gagner contre le joueur senior, lequel était connu pour sa rapidité. Le joueur senior éjaculait sur les jambes de la recrue.»
Membre D: «Après une pratique, lors d’un dîner d’équipe dans un restaurant achalandé, les joueurs vétérans ont forcé les recrues, à la fin du repas, à sortir dehors devant la vitrine du restaurant, alignés en ordre de choix de sélection (du dernier au premier choix) et ont été forcés à mastiquer le même bout de pain à tour de rôle, allant du dernier choix jusqu’au premier. Le membre D. était si dégoûté que, lors de son tour, après avoir introduit le morceau de pain dans sa bouche, il a régurgité son repas au complet. Le membre du personnel de l’équipe présent était témoin de ce qui s’est passé.» Membre E: «Pendant sa saison de recrue, lui et les autres recrues ont été forcés à se rendre ensemble complètement nus dans la toilette de l’autobus. Ils étaient contraints à y demeurer et ne pouvaient partir que s’ils avaient une érection.»