Tous les résultats
Publicité

Quelques mois avant son décès, Ken Dryden a offert sa dernière entrevue à deux auteurs québécois pour un livre sur Guy Lafleur

Photo TOMA ICZKOVITS
Photo portrait de Kevin Dubé

Kevin Dubé

2025-09-07T19:30:00Z

Partager

Ken Dryden s’était quelque peu effacé de la vie publique dans les dernières années, et on en comprend maintenant mieux les raisons. Cinq mois avant son décès, c’est à deux auteurs québécois qu’il a livré ce qui aura été sa dernière entrevue officielle au sujet du Canadien de Montréal, dans le cadre d’un livre sur Guy Lafleur qui paraîtra en octobre.

Après avoir co-signé l’ouvrage Guy Lafleur et nous: 50 regards sur l’athlète et l’homme en avril 2023, soit un an après le décès du Démon blond, Pierre Gince et l’ancien joueur de la LNH Steven Finn ont décidé d’adapter leur livre pour le Canada anglais, en y ajoutant les témoignages de quelques intervenants dont le nom résonne dans le reste du pays.

L’un d’eux était inévitable: le grand Ken Dryden.

Calme et zen

Après s’être avoué réticent à participer au projet, considérant avoir beaucoup écrit sur le Canadien et Guy Lafleur dans sa vie, un appel de Serge Savard l’a convaincu de collaborer à cet ouvrage qui s’intitulera Lafleur The Legend.

L’entretien s’est déroulé en visioconférence, et rien ne laissait présager que l’ancienne gloire du CH n’était qu’à quelques mois de, tout comme Lafleur trois ans avant lui, succomber à son combat contre le cancer.

Publicité

«Il était très calme, très zen, se remémore M. Gince. Lors de notre entrevue, il avait le calme du gardien appuyé sur son bâton quand l’action se passait à l’autre bout de la patinoire.»

«Mon co-auteur Steven Finn et moi avons interviewé plus de 50 personnes pour ce livre. Puisqu’il a joué dans la LNH, Steven les a presque tous tutoyés, sauf... M. [Scottie] Bowman et M. [Ken] Dryden.»

Des souvenirs mémorables

Dans le chapitre réservé à Dryden, dont Le Journal a obtenu copie, il parle en long et en large de ses souvenirs de Lafleur sur la patinoire, mais également de leur relation hors glace, quasi inexistante en raison de leurs trains de vie diamétralement opposés.

«C’est un euphémisme de dire qu’il n’avait pas le même style de vie. Malgré tout, il vouait un immense respect à Guy et à l’ensemble de ses coéquipiers», ajoute l’auteur.

Lors de l’entrevue, Dryden est notamment revenu en détail sur les événements surréels des séries de 1976, alors qu’une protection accrue a été placée autour de Lafleur et lui par la Gendarmerie royale du Canada en raison de menaces de kidnapping à leur endroit.

L’une des seules fois de l’entrevue où M. Dryden a délaissé son flegme habituel et qu’il «a ri à gorge déployée», se remémore Pierre Gince.

Ce dernier en parle comme d’une entrevue marquante en raison, évidemment, du moment où elle a été réalisée, mais surtout en raison du propos de Dryden.

«Ken Dryden avait une façon bien à lui d’étoffer ses commentaires. Par exemple, à propos de Guy Lafleur, il nous a dit: “Il était créatif et heureux sur la glace. Les Italiens ont une superbe expression pour ça, ‘inventa la partita’, ce qui veut dire ‘inventer le jeu.’”»

Publicité

On pourrait dire qu’à sa façon, Dryden aura, lui aussi, «inventé le jeu» du gardien de but.

Quelques passages du témoignage de Ken Dryden tirés du livre Lafleur The Legend

Le livre «Lafleur The Legend» sera publié en anglais seulement en octobre prochain.
Le livre «Lafleur The Legend» sera publié en anglais seulement en octobre prochain. Photo fournie par PIERRE GINCE

Sur comment ils se sont rencontrés

«Je l’ai rencontré au camp d’entraînement à l’automne 1971. Il avait été sélectionné au premier rang au total. [...] Jean Béliveau, John Ferguson et quelques autres avaient pris leur retraite, laissant la place à une nouvelle génération. Guy devait porter les chaussures de son idole de jeunesse, recevant la fameuse torche que Béliveau venait de lui passer. [...] Il savait qu’il était – et devait être – le prochain.»

«Malgré un bon début, il a fallu patienter à sa quatrième saison avant que Guy ne devienne vraiment la super vedette que tout le monde attendait. Pourquoi ce délai? Parce que le marché de Montréal est particulièrement difficile. Même comparé à Toronto, Montréal a probablement la couverture médiatique la plus intense, ce qui vient avec énormément de pression.»

«Tous les joueurs du Canadien, surtout les recrues, doivent s’adapter aux attentes parfois irréalistes des partisans. Guy comprenait qu’il portait un fardeau plus important à Montréal que Gordie Howe à Detroit, Bobby Orr à Boston et, plus tard, Mario Lemieux ou Wayne Gretzky dans leurs villes respectives.»

Publicité

Sur les menaces de kidnapping de 1976

«On nous l’avait dit, mais on ne pouvait pas en parler à personne. Guy et moi étions au courant l’un pour l’autre. Durant les séries, on s’échangeait des petits sourires complices – qu’on ne partageait pas avec le reste de l’équipe. Ce qui était le plus drôle est comment nous étions suivis par des détectives privés qui n’auraient pas pu ressembler plus à des détectives privés: des gars cachés derrière des journaux, stationnés bizarrement près de nos maisons, qui apparaissaient dans nos rétroviseurs. Ils étaient à nos trousses 24/7!»

Sur leur relation hors de la patinoire

«Nous étions d’excellents coéquipiers et nous faisions tout ce que nous pouvions pour aider les Canadiens à gagner. Mais nous n’étions pas des amis proches en dehors du vestiaire. J’ai visité sa maison une seule fois lors d’une fête d’équipe et il n’a jamais visité la mienne. Sur la route, un ailier droit n’était pas cochambreur avec un gardien, de toute façon.»

Puis sur celle sur la patinoire

«Je suis probablement le gardien avec qui il s’entraînait le plus. Chaque seconde de chaque entraînement était importante à ses yeux. [...] Son tir était puissant, mais également précis et intentionnel. Il visait souvent du côté de mon bâton – que ce soit dans le coin supérieur ou quelques pouces au-dessus de la glace. [...] Nous nous rendions meilleurs l’un et l’autre. Je voulais l’arrêter et il voulait me déjouer. Si je pouvais l’arrêter, j’étais prêt pour n’importe qui d’autre et, s’il arrivait à me battre, il était prêt à battre n’importe quel gardien dans la ligue.»

Publicité
Publicité