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Quel candidat ferait un bon voisin pour le Canada?

Une analyse de leur programme montre que la réponse à cette question est plus complexe qu’il n’y paraît

Le vice-président américain, Joe Biden, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lors d’une rencontre à Ottawa en 2016.
Le vice-président américain, Joe Biden, et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lors d’une rencontre à Ottawa en 2016. Photo d'archives, Reuters
Photo portrait de Anne Caroline Desplanques

Anne Caroline Desplanques

2020-10-31T05:00:00Z

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Sous Donald Trump, la relation canado-américaine en a pris pour son rhume et une majorité de Canadiens espèrent une victoire de Joe Biden pour recoller les pots cassés. Mais l’analyse du programme des deux candidats est loin d’assurer que le démocrate ferait un bien meilleur voisin.

• À lire aussi: Donald Trump ou Joe Biden: qui va remporter l’élection américaine?

Notre pays « bénéficierait à plusieurs égards de l’élection de M. Biden », un politicien centriste, prévisible, défenseur du consensus et de la coopération internationale, selon la Banque de développement du Canada (BDC).

Sa victoire se traduirait par « moins d’incertitude en matière d’échanges commerciaux » et « le multilatéralisme reprendrait du mieux, un facteur important pour une économie exportatrice comme la nôtre », indique la banque.

Protectionnisme

Mais la fin de l’incertitude, qui a miné l’économie américaine et ses relations avec le monde depuis 2017, pourrait bien être la seule amélioration réelle à prévoir sous une administration Biden, estime l’économiste et expert en relations internationales Scott Lincicome, de l’Institut Cato à Washington.

Son collègue de la Banque Scotia, Derek Holt, qui a analysé les deux plateformes politiques, souligne que les deux candidats font campagne sur des programmes profondément protectionnistes qui laissent présager que les conflits commerciaux pourraient perdurer, peu importe qui l’emportera mardi.

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« Il n’est pas du tout clair que Biden – bien que plus courtois – serait un meilleur ami du Canada », dit-il.

Retour à la normale

Mais dans les coulisses d’Ottawa, on espère surtout « un retour à la normale politique » que personnifie Joe Biden.

Bien que mince, une telle amélioration serait une bouffée d’air frais après quatre années erratiques.

Depuis son élection, Donald Trump a multiplié les frondes contre les exportations canadiennes, en imposant des tarifs douaniers et en déchirant l’Accord de libre-échange nord-américain.

Il s’en est même pris personnellement à la vice-première ministre, Chrystia Freeland, et au premier ministre, Justin Trudeau, « un hypocrite » à qui il réserve « une place spéciale en enfer », écrit son ex-conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, dans un livre paru au début de l’été.

Le Journal a cependant voulu aller au-delà de la rhétorique, car comme toujours, le diable est dans les détails. 

Pour le débusquer, nous nous sommes penchés sur quatre thèmes clés des plateformes démocrate et républicaine qui auront inévitablement un impact sur nos relations : le commerce, l’environnement, la Chine et la défense.

Le commerce  

Pierre-Paul Poulin / Le Journal
Pierre-Paul Poulin / Le Journal

Quel que soit le gagnant mardi, « il est à prévoir que la crise économique actuelle entraînera un courant protectionniste Buy America », prévoit la BDC.

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Comme Donald Trump, Joe Biden fait campagne sur un plan appelé Made in all of America

Il implique un investissement de 400 milliards $ sur quatre ans pour l’achat de biens et de services produits aux États-Unis uniquement.

Quant aux produits importés, le démocrate promet de s’assurer que les marchandises destinées aux États-Unis soient livrées directement dans les ports américains plutôt que de passer par les mains des débardeurs canadiens et mexicains.

Reste à voir si le duo Joe Biden-Kamala Harris maintiendra le cap une fois en poste.

« Les politiciens en campagne utilisent les promesses protectionnistes pour remporter les États clés, explique Scott Lincicome, de l’Institut Cato à Washington. Ça ne veut pas nécessairement dire qu’ils gouvernent comme ça. »

Par contre, ce qui est clair c’est que sous Joe Biden, les États-Unis cesseraient d’imposer à leurs alliés des tarifs douaniers pour des raisons de « sécurité nationale », ce qui a fortement nui au secteur de l’acier et de l’aluminium au Canada avec l’administration Trump.

Il augmenterait aussi l’impôt sur les corporations. 

Ceci pourrait rendre le système d’imposition unifolié relativement plus compétitif, tout en offrant une petite marge de manœuvre à un gouvernement canadien qui voudrait augmenter l’impôt sur les corporations pour éponger la dette, par exemple.

L’environnement  

Le candidat démocrate veut annuler l’oléoduc Keystone XL
Le candidat démocrate veut annuler l’oléoduc Keystone XL Photo d'archives, Getty Images

Pendant que son adversaire est un climatosceptique, Joe Biden promet de se rallier à l’Accord de Paris sur le climat dès le premier jour de son mandat.

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Dans cette optique, il garantit un investissement massif dans les énergies renouvelables, dans le but de rendre l’économie américaine carboneutre d’ici 2050.

« Les entreprises canadiennes œuvrant dans ce secteur d’avenir pourraient en bénéficier », estime la Banque de développement du Canada (BDC). 

On pense évidemment à Hydro-Québec, mais aussi aux firmes qui développent des technologies de capture du carbone, en Alberta par exemple.

Afin de forcer ses partenaires à l’imiter, le démocrate veut imposer des tarifs douaniers sur l’importation de produits polluants et aux pays qui ne respectent pas leurs engagements internationaux environnementaux.

Le Canada étant loin de sa cible de réduction d’émissions fixée à Paris, cette nouvelle taxe pourrait l’inciter à mieux faire. Mais à court terme, elle pourrait avoir des effets négatifs sur nos exportations, en particulier sur les plus polluantes, comme les hydrocarbures.

Biden souhaite d’ailleurs annuler l’oléoduc Keystone XL, qui doit transporter un cinquième du pétrole albertin vers le sud.

Cette promesse est toutefois à prendre avec un grain de sel, selon Derek Holt, de la Banque Scotia, sachant que la construction a déjà débuté. De plus, en pleine crise économique, stopper un chantier qui promet aux Américains des dizaines de milliers d’emplois serait très glissant.

La Chine  

Xi Jinping, président de la Chine
Xi Jinping, président de la Chine Photo d'archives, AFP

Cinquante ans après la rencontre de Pierre Elliott Trudeau et de Mao Zedong à Pékin, les relations sino-canadiennes n’ont cessé de se détériorer depuis l’élection du président Trump, qui a une attitude ouvertement belliqueuse envers la Chine.

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Le Canada est devenu une victime collatérale de la guerre commerciale sino-américaine, et ses quelque 300 000 ressortissants à Hong Kong ont récemment fait l’objet de menaces à peine voilées de l’ambassadeur chinois à Ottawa.

Le gouvernement de Justin Trudeau compte sur le soutien de ses alliés pour faire pression sur Pékin afin de calmer le jeu et de ramener aux pays les Canadiens emprisonnés. Une stratégie qui rejoint le plan de Joe Biden qui met « la pression multilatérale » au cœur de son arsenal chinois, note M. Lincicome.

Dans cette optique, le démocrate promet de faire contrepoids à l’influence de la Chine en unissant les démocraties. 

Dans ce but, il veut organiser un « sommet des démocraties » dont l’objectif serait de proposer des solutions pour contenir l’autoritarisme et la corruption, et de promouvoir les droits de la personne et les élections libres.

La Défense  

Photo d'archives, Dominique Lelièvre
Photo d'archives, Dominique Lelièvre

L’investissement en défense est un sujet de frictions entre le Canada et les États-Unis depuis des décennies, peu importe l’allégeance du locataire de la Maison-Blanche.

Comme Donald Trump, il est à prévoir que Joe Biden réclamerait davantage d’investissement du Canada, notamment dans le système Alerte Nord et dans l’Arctique.

Plus concret, le président sortant demande que les membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) respectent leurs engagements financiers en versant 2 % de leur produit intérieur brut en défense d’ici 2024. Le Canada plafonne à 1,3 %.

Créée pour assurer la paix dans l’Atlantique Nord à la suite de la Seconde Guerre mondiale, l’OTAN est menacée advenant une réélection de Trump puisqu’il pourrait bien en retirer les États-Unis, selon l’ex-conseiller à la sécurité nationale américaine, John Bolton.

Sans son principal bailleur de fonds et fournisseur de soldats, l’Alliance serait sérieusement compromise. 

Or, elle est la colonne vertébrale de la défense canadienne.

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