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Sami Zayn, Vince McMahon et Émile Maupas au Temple de la renommée de la lutte du Québec

Photo portrait de Patric Laprade

Patric Laprade

2021-12-21T13:58:49Z

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Trois nouvelles personnes font leur entrée au Temple de la renommée de la Lutte au Québec cette année. Il s’agit de Sami Zayn dans la catégorie des Québécois, Vince McMahon dans la catégorie des non-Québécois et Émile Maupas dans celle des pionniers.

Dans la catégorie des Québécois, Sami Zayn vient rejoindre son ami Kevin Owens, intronisé en 2017. Encore une fois, leurs carrières se suivent et ce, à plusieurs niveaux. Si en 2018 et 2019, le comité de sélection n’avait pas donné beaucoup de support à Zayn, il a commencé à remonter la pente l’an dernier. Toutefois, cette année, il a presque doublé son nombre de votes, comme quoi son rôle à la WWE et sa longévité surtout avec celle-ci sont certes venus l’aider. 

Parmi ceux qui sont passés près d’être intronisés cette année, notons, René Goulet, qui a connu une solide carrière avec l’AWA et ensuite comme champion par équipe avec la WWWF, Don Eagle, un lutteur autochtone qui a fait sensation dans les débuts de la télévision aux États-Unis vers la fin des années 40, Tiger Jackson, un lutteur nain (un terme encore accepté dans le milieu de la lutte) qui a fait sa marque dans les années 80 et 90, alors qu’il a personnifié le clown Dink à la WWF, le photographe et entraineur de lutte bien connu, Tony Lanza et finalement le Bourreau, Neil Guay, qui a entre autres fait équipe avec Hulk Hogan au début des années 80.

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Du côté des non-Québécois, le comité doit uniquement considérer ce que les personnalités ont accompli au Québec. Parmi ceux qui ont suivi McMahon, qui s’était toujours bien classé sans jamais avoir le nombre de votes suffisant, on retrouve Dominic Denucci, décédé plus tôt cette année et qui a débuté sa carrière ici, de même qu’Argentina Rocca, qui a connu de beaux moments au Québec, notamment dans les années 50 contre Édouard Carpentier.

Le comité comprend d’anciens lutteurs, des lutteurs actuels, de même que plusieurs personnalités ayant suivi l’histoire de la lutte au Québec à différentes époques.

Étant donné que les retraites arrivent très tard ou n’existent tout simplement pas pour un lutteur professionnel, les règles pour être admis stipulent que la personne doit avoir travaillé dans le monde de la lutte pendant au moins 15 ans, ou avoir atteint l’âge de 35 ans, ou être décédé et avoir travaillé durant l’un des âges d’or de la lutte au Québec, pour une promotion mondiale d’importance ou avoir eu une carrière internationale d’importance. Pour les acteurs de la scène indépendante, qui existe au Québec depuis 1990, il faut que ces derniers aient eu une carrière internationale digne de mention. Sinon, il est très difficile de comparer les époques. Qui a eu une meilleure carrière entre Richard Charland et Franky the Mobster par exemple? Pas si évident que ça. Au début de l’année 2021, j’ai créé le tout premier temple de la renommée de la lutte indépendante au Québec, justement pour contrebalancer le tout.

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Du circuit indépendant à la WWE 

En décembre 2012, Sami Zayn, Rami Sebei de son vrai nom, devenait le premier Québécois émanant du circuit indépendant depuis Pierre-Carl Ouellet en 1993 à signer une entente avec la WWE. Il devient aussi le troisième lutteur à avoir débuté sur la scène indépendante locale dans les 25 dernières années et à se mériter une place au temple de la renommée.

L’histoire de Zayn débute en 2002. Après avoir lutté sous le nom de Stevie McFly, c’est à la IWS qu’il deviendra El Generico, un lutteur masqué, cliché et générique. Malgré son talent, peu de gens à l’époque croyaient que Generico allait connaitre la carrière qu’il a connue.

Après un combat face à Pierre-Carl Ouellet et Kevin Steen (Kevin Owens) en 2003 et après une rivalité avec Steen en 2004, il a commencé à capter l’attention de nos voisins du sud. C’est d’ailleurs à la CZW que Zayn a eu sa première chance aux États-Unis, dans un match impliquant aussi Sexxxy Eddy, Exess et Kevin Steen. C’était, tout comme Steen, le début d’une belle épopée.

Il a connu du succès partout où il est passé, mais particulièrement à la Ring of Honor, où il a été champion par équipe avec Kevin Owens et à la PWG, où il a été champion de la compagnie et champion par équipe. Cela dit, avant même d’être signé par la WWE, il avait lutté dans 29 pays, dont la France, l’Angleterre, l’Allemagne, le Mexique et le Japon.

En 2009, il était voté le deuxième meilleur lutteur québécois de la décennie et en 2010, sa rivalité avec Steen était votée la meilleure du monde de la lutte, devançant même celles présentées à la WWE.

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Après avoir signé avec la WWE, Zayn est devenu un des lutteurs les plus populaires à NXT. Comme quoi sa carrière et celle de Kevin Owens se suivent comme peu dans l’histoire de la lutte, le soir où Zayn remportait le titre de NXT, Owens y faisait ses débuts et à la fin de l’événement, attaquait son ami pour éventuellement lui ravir le titre. Les combats de Zayn face à Cesaro, Neville et Shinsuke Nakamura sont parmi les plus mémorables de l’histoire de NXT. En 2015, il luttait contre John Cena au Centre Bell. Ce qui aurait dû être un moment de gloire est tourné au drame alors qu’il s’est blessé à l’épaule et a dû manquer sept mois d’activités.

Peu de temps après son retour, il a fait le saut sur l’alignement principal de la WWE et faisait ses débuts à WrestleMania 32 en 2016 à Dallas, dans un match à plusieurs personnes, incluant Owens. S’en ait suivi une rivalité avec son ami de longue date. À travers les années, les deux seront soient en rivalité, soient en équipe, ayant une chimie hors du commun. À WrestleMania 37 en 2021, les deux s’affrontaient dans un combat en simple, le premier match opposant deux Québécois à WrestleMania

depuis près de 30 ans. Reconnu pour son talent au micro, Zayn s’est vraiment démarqué dans la dernière année, enlignant les bonnes performances à la télévision. En plus d’être un des meilleurs lutteurs entre les câbles, il a développé un côté acteur qui fait de lui l’un des plus complets dans la compagnie. Il a aussi été champion Intercontinental à deux reprises.

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Bien qu’il ne soit âgé que de 37 ans, lorsqu’il prendra sa retraite, il n’y a pas de doutes qu’il sera considéré comme l’un des meilleurs lutteurs québécois de l’histoire. Et si la tendance se maintient, ce sera un rang avant ou un rang après Kevin Owens!

Envers et contre tous 

Le choix de Vincent Kennedy McMahon, ou Vince McMahon Jr. si vous préférez, est probablement le choix le plus polarisé de l’histoire du temple de la renommée.

Si les plus jeunes voient en lui un promoteur qui a rempli plus d’une fois les gros arénas à travers la province et qui a présenté des événements mémorables en sol québécois, les plus anciens voient en lui celui qui a tué la lutte au Québec.

Lorsque McMahon et sa WWF se sont installés pour de bon au Québec en 1986, le temps de Lutte Internationale était déjà compté. Or, après la faillite de celle-ci en 1987, aucune autre promotion locale au Québec n’a pu s’établir de la même façon, c’est-à-dire en faisant des tournées et en étant à la télévision. Cela dit, ce fut le sort de tous les marchés nord-américains d’importance. N’en reste que pour plusieurs vétérans, son produit axé sur le divertissement venait jeter un œil au beurre noir au travail que des générations de lutteurs du Québec et d’ailleurs s’étaient efforcés de réaliser.

Alors pour mieux comprendre ce choix, il faut être capable de regarder le tout froidement.

Premièrement, McMahon est le promoteur de lutte le plus important au Québec depuis 1986, soit depuis 35 ans. À ce sujet, il pulvérise tous les autres promoteurs avant lui, incluant Eddie Quinn, à la différence que McMahon n’a jamais présenté un événement par semaine ou fait des tournées l’été à chaque jour et ce, aux quatre coins de la province. Tout de même, 35 ans demeurent un palier impressionnant.

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Maintenant, si on prend les plus grandes foules intérieures de l’histoire de la lutte québécoise, six des 10 meilleures assistances au Forum, Centre Molson ou Centre Bell ont été produites par la WWF/WWE.

La plus importante est celle du mois d’août 1986, alors qu’une finale opposant Hulk Hogan à Don Muraco attirait 21 700 fans au vieux Forum de Montréal. L’année 1987 fut particulièrement intéressante alors que trois événements ont franchi le cap des 19 000 partisans. Puis, il y a bien sûr le fameux Montreal Screw Job de 1997, sur lequel il n’est pas nécessaire de revenir, mais qui avait tout de même attiré 20 593 spectateurs. Cette foule est la quatrième plus importante dans l’histoire des sports de combats présentés au Centre Molson/Bell, derrière trois événements de l’UFC, mais devant des combats de boxe tels que Pascal contre Bute ou Ouellet contre Hilton.

Si le Forum a été la Mecque de la lutte pour des promoteurs comme Eddie Quinn, Johnny Rougeau, Paul Vachon et Gino Brito, le Centre Bell a été la forteresse de McMahon et ce, depuis le tout premier événement produit au temple de la bonne bière, en août 1996, il y a donc 25 ans.

Que ce soit le Centre Molson ou le Centre Bell, McMahon y a présenté 21 événements ayant attiré plus de 10 000 spectateurs. À savoir le match revanche entre The Rock et Hulk Hogan, le retour de Bret Hart à Montréal pour la WWE, les Stone Cold Steve Austin, Triple H, Undertaker, les débuts de Brock Lesnar ou plus récemment les Seth Rollins, John Cena et bien sûr, les Québécois Kevin Owens et Sami Zayn, la WWE fait toujours parler d’elle lorsqu’elle arrive en ville.

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McMahon, maintenant âgé de 76 ans, a donné à Montréal ses premiers enregistrements télévisuels avec Raw, SmackDown et les événements sur télé à la carte (PPV). Et depuis plus de quatre ans, il est de retour à la télé québécoise en français, après y avoir présenté une émission pendant environ 15 ans dans les années 80 et 90.

Alors envers et contre tous, il est difficile de croire que McMahon n’a pas sa place dans le temple de la renommée. Une chose est sûre, on nom restera gravé à jamais avec la riche histoire de la lutte au Québec.

L’entraineur des champions 

Émile Maupas, un lutteur d’origine française, a commencé à lutter à Montréal au début du 20e siècle. Né Émile Maupain à Évreux en France le 18 mai 1874, il avait débuté sa carrière de lutteur là-bas en 1898, avant d’arriver à Montréal quelques années plus tard, en 1903. Dans la métropole canadienne, il a affronté les vedettes de l’époque telles que George Hackenschmidt et Frank Gotch. D’ailleurs, ces combats avaient attiré une bonne foule à cause du caractère francophone de Maupas. Au Québec, si un lutteur pouvait s’adresser à la foule dans la langue de Molière, qu’il soit Québécois ou Français, il gagnait facilement des points.

Maupas a aussi fait partie du grand tournoi international que le promoteur George Kennedy avait organisé à l’automne de 1905. Dans les années 1920, après avoir lutté au Québec pendant plusieurs années, Maupas a décidé de s’installer à Val-Morin dans les Laurentides, afin d’y ouvrir un centre d’entraînement pour les sportifs, communément appelé le Camp Maupas. Certains joueurs du Canadien de Montréal y sont d’ailleurs allés pour perfectionner leur entraînement, tout comme des sportifs de d’autres disciplines. L’emphase des entrainements était mise sur la culture physique et sur l’endurance cardio-respiratoire, alors il n’était pas surprenant de voir les élèves de Maupas prendre de longues marches et même de skier en maillot de bain!

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Évidemment, puisque Maupas était un ancien lutteur, il était normal qu’il finisse par entraîner d’autres lutteurs.

C’est donc lui qui a entraîné des gars comme Frank Valois, Larry Moquin, Tony Lanza, Bob Langevin, Léo Lefebvre et Harry Madison. Toutefois, son plus célèbre étudiant fut sans l’ombre d’un doute Yvon Robert. Même si Robert n’y passa que dix mois, les deux seront liés à tout jamais.

Ainsi, Maupas deviendra le premier entraîneur de lutte d’importance dans l’histoire du Québec. Il est malheureusement décédé le 21 septembre 1948, à l’âge de 74 ans, d’une explosion à la dynamite, servant à protéger ses installations des inondations annuelles, qui a mal tourné.

Qu’est-ce qui nous attend pour 2022? 

Je m’explique toujours mal pourquoi Stan Stasiak ne fait toujours pas partie du temple. Il a beau être méconnu dans sa propre province, le Saguenéen fait partie de la courte liste de Québécois ayant été champion de la WWE (WWF à ce moment-là), a attiré de bonnes foules comme heel autant dans le nord-est que dans l’Oregon et même la WWE l’a intronisé dans son temple. René Goulet en est un autre qui flirt avec son intronisation depuis des années et qui mérite amplement d’être choisi. Il sera aussi intéressant de suivre Don Eagle, la première vedette en provenance de Kahnawake, qui a eu une forte augmentation cette année.

Du côté des non-Québécois, Randy Savage, Argentina Rocca, Pat O’Connor et l’Undertaker se retrouvent dans le top 25 des lutteurs ayant attiré le plus au Québec et demeurent les plus hauts non-Québécois sur cette liste qui ne font pas encore partie du temple. Le retour de Denucci dans les choix possibles lui a presque valu une sélection. Il sera donc intéressant de voir si ce n’était que l’effet nostalgie causée par son décès.

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Voici, en terminant, la liste des personnes intronisées :

Québécois: 

  • Dino Bravo - 2005 
  • Eddy Creatchman - 2005 
  • Rick Martel - 2005 
  • Mad Dog Vachon - 2005 
  • Gino Brito - 2005 
  • Jos Leduc - 2005 
  • Yvon Robert - 2005 
  • Little Beaver - 2005 
  • Pat Patterson - 2005 
  • Johnny Rougeau - 2005 
  • Ronnie Garvin - 2005 
  • Paul Leduc - 2005 
  • Jacques Rougeau - 2005 
  • Jacques Rougeau Jr. - 2005 
  • Raymond Rougeau - 2005 
  • Tarzan Tyler - 2005 
  • Bob Langevin - 2007 
  • Hans Schmidt - 2007 
  • Michel Dubois - 2008 
  • Paul Vachon - 2008 
  • Frenchy Martin - 2008 
  • Pierre Lefebvre - 2008 
  • Sky Low Low - 2009 
  • Vivian Vachon - 2010 
  • Pat Girard - 2010 
  • Michel Normandin - 2011 
  • Frank Valois - 2011 
  • Larry Moquin - 2012 
  • Pierre-Carl Ouellet - 2013 
  • Jack Britton - 2014 
  • Adrien Desbois - 2015 
  • Frères Baillargeon - 2015 
  • Richard Charland - 2016 
  • Gilles Poisson - 2016 
  • Kevin Owens - 2017 
  • Omer Marchessault – 2018 
  • Eddy Auger – 2019 
  • LuFisto – 2020 
  • Sami Zayn - 2021  

Non-Québécois : 

  • Abdullah the Butcher - 2006 
  • Édouard Carpentier - 2006 
  • Andre the Giant - 2006 
  • Killer Kowalski - 2007 
  • Don Leo Jonathan - 2007 
  • Buddy Rogers - 2008 
  • Lou Thesz - 2008 
  • Hulk Hogan - 2010 
  • Eddie Quinn - 2010 
  • Ivan Koloff - 2011 
  • The Sheik - 2012 
  • King Tonga - 2013 
  • Sailor White - 2014 
  • Road Warriors - 2015 
  • Billy Robinson - 2015 
  • Bobby Managoff - 2016 
  • Bret Hart - 2017 
  • Jimmy Garvin – 2018 
  • Poudrés d’Hollywood – 2019 
  • Yukon Eric – 2020 
  • Vince McMahon Jr. - 2021  

Pionniers : 

  • George Kennedy - 2014 
  • Eugène Tremblay – 2017 
  • Henri Deglane – 2020 
  • Émile Maupas – 2021  

Crédits photos: WWE et Patrimoine Val-Morin

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