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Québec ne correspondait pas à ce que la LPHF recherchait

Photo Martin Chevalier
Photo portrait de Patric Laprade

Patric Laprade

2026-05-25T12:16:43Z

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La Victoire de Montréal a beau avoir remporté la coupe Walter et fait vibrer le Québec entier, la ville de Québec, elle, risque surtout de se souvenir de 2026 comme de l’année où quatre marchés lui sont passés devant dans la course à l’expansion de la Ligue professionnelle de hockey féminin. 

Pourtant, les deux matchs présentés au Centre Vidéotron ont attiré de belles foules. L’enthousiasme était bien présent et plusieurs amateurs espéraient réellement voir une équipe être annoncée dans la Vieille Capitale.

Alors qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Qu’est-ce que les dirigeants de la LPHF avaient à reprocher à la candidature de Québec ?

J’ai communiqué avec le chef de l’exploitation du Groupe Sports et divertissement de Québecor, Martin Tremblay, qui m’a confirmé que la LPHF avait repris contact avec lui au cours des dernières semaines.

« On a eu un appel de la direction de la ligue, avant la fin du processus d’expansion, pour nous dire que la candidature de Québec ne serait pas retenue. La ligue a été très élogieuse envers la qualité de la candidature, des infrastructures et de l’accueil qu’on lui a donné », m’a expliqué Tremblay.

« Il y avait toutefois une volonté de la ligue d’aller vers l’Ouest dans un objectif de développement, alors que les autres marchés étaient des marchés métropolitains importants pour eux », a-t-il continué.

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Voici ce que je comprends de la situation.

À la fin, la décision semble surtout avoir été une question de géographie et de taille de marché.

Et ça, malheureusement, Québec ne peut pas y faire grand-chose.

Parce qu’il m’a été confirmé il y a quelques semaines que la candidature de Québec venait sans conditions. Québécor ne voulait pas être propriétaire de l’équipe et on ne demandait pas d’avoir les droits télévisuels l’an prochain.

Visiblement, la LPHF avait un faible très marqué pour Detroit et son image de « Hockeytown ». Il faut dire qu’il s’agit d’un immense marché sportif, avec des équipes dans la LNH, la MLB, la NFL, la NBA et bientôt la WNBA en 2029.

La ligue voulait aussi étendre sa présence vers l’Ouest. Dès le début de la saison, les noms de Denver et Edmonton circulaient comme marchés ciblés, des portes d’entrée stratégiques vers l’Ouest.

Mais lorsque les discussions avec ces villes n’ont pas abouti, la ligue a finalement décidé d’y aller à fond avec Las Vegas et San Jose.

Plusieurs facteurs ont mené à cette décision.

D’abord, la ligue voulait permettre à Vancouver et Seattle de disputer des matchs sur la route sans devoir constamment traverser le continent.

Mais surtout, la LPHF ne voulait pas donner l’image d’une ligue trop régionale, ou pire encore, d’une ligue trop canadienne.

C’est notamment ce qui explique l’ajout de trois équipes américaines contre une seule canadienne, afin de briser l’équilibre qui existait depuis la saison inaugurale.

Parce qu’au fond, si tu ajoutes Québec et Washington au lieu de Las Vegas et San Jose, tu te retrouves avec 9 équipes sur 12 dans le fuseau horaire de l’Est, ainsi que six équipes canadiennes.

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L’argent est aux États-Unis

Et pour les dirigeants, ça risquait de renforcer la perception d’une ligue trop concentrée géographiquement et trop axée sur le marché canadien, un défi quand vient le temps d’attirer de gros partenaires et diffuseurs américains.

Parce qu’au bout du compte, c’est là que se trouve l’argent.

Mark Walter est un homme d’affaires extrêmement aguerri. Il n’investit pas des centaines de millions simplement par passion : il le fait parce qu’il voit un potentiel de croissance et de rentabilité.

En 2012, il avait d’ailleurs acheté les Dodgers de Los Angeles pour 2,15 milliards $, un montant record à l’époque pour une franchise du baseball majeur. Aujourd’hui, selon Forbes, l’équipe serait évaluée à près de 7,8 milliards $.

Il a déjà injecté plusieurs centaines de millions dans la LPHF. Même si la valeur des franchises est actuellement estimée entre 50 et 100 millions $, elles n’ont pas encore atteint leur plein potentiel et Walter ne voudra certainement pas laisser d’argent sur la table.

À court terme, l’objectif est d’élargir la ligue. Mais à plus long terme, le véritable but semble d’aller chercher une importante entente nationale de télévision ou de diffusion en continu aux États-Unis.

C’est là que se trouve le véritable levier financier du sport professionnel. Et le sport professionnel féminin n’échappe plus à cette réalité.

Il y a deux ans, la WNBA annonçait justement une entente historique de 2,2 milliards $ sur 11 ans avec des partenaires comme Disney (ABC/ESPN), NBCUniversal, Amazon Prime Video, Paramount Global (CBS), Scripps (ION) et USA Network, qui, selon Front Office Sports, aurait maintenant une valeur de 3,1 milliards $.

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Une entente du genre pour la LPHF ferait exploser la valeur des franchises et permettrait à Walter de rentabiliser encore davantage son investissement.

Le prix d’un petit marché

On peut aussi se demander si Québec aurait déjà une équipe dans la LNH, et aujourd’hui dans la LPHF, si la ville comptait un million d’habitants de plus.

Je pense que oui.

Et c’est dommage, parce que Québec n’est plus du tout la ville qu’elle était il y a 20 ou 30 ans. Son taux de chômage est parmi les plus bas au pays chez les grands marchés canadiens. La ville est devenue un important pôle technologique, notamment dans les secteurs du jeu vidéo, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité. Québec n’est plus simplement cette ville de fonctionnaires que certains continuent de percevoir.

Malgré tout, la taille de son marché continue de faire hésiter.

Même avec une croissance démographique soutenue, on parle d’une ville d’environ 600 000 habitants, et d’un peu plus de 900 000 lorsqu’on inclut l’ensemble de la région métropolitaine.

À l’inverse, Hamilton compte peut-être autour de 640 000 habitants, mais se retrouve au cœur d’un bassin de population de près de 2,5 millions de personnes à moins d’une heure de route.

Pendant ce temps, la grande région de Toronto dépasse les sept millions d’habitants, alors qu’Ottawa et Gatineau combinés représentent environ 1,5 million de personnes.

Et lorsqu’on critique le choix d’avoir trois équipes en Ontario, il faut aussi considérer un autre élément important : selon les plus récentes données, l’Ontario compte environ cinq fois plus de joueuses de hockey que le Québec.

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Si Halifax avait obtenu une équipe avant Québec, il y aurait probablement eu de quoi être fâché. Mais dans le contexte actuel, perdre la course face à Hamilton, Detroit, San Jose et Las Vegas, ce n’est pas vraiment une raison de s’emporter.

La Grande Tournée n’était pas une promesse

J’ai lu et entendu plusieurs partisans se dire frustrés en apprenant que Québec ne ferait pas partie des villes d’expansion. Plusieurs avaient l’impression d’avoir été floués après avoir répondu présents à deux reprises pour les matchs de la LPHF, surtout quand on réalise qu’aucun match n’a été présenté à Las Vegas ou San Jose.

Mais il faut quand même remettre certaines choses en perspective.

Jamais la LPHF n’a promis une équipe à Québec.

J’irais même plus loin : les matchs de la Grande Tournée — le Takeover Tour — n’avaient pas comme objectif premier de préparer l’arrivée d’une franchise.

« C’est une façon pour nos partisans à l’extérieur de nos marchés de vivre l’expérience en direct, mais aussi d’attirer de nouveaux fans dans notre univers, expliquait Amy Scheer, vice-présidente principale aux opérations affaires de la LPHF, en avril dernier.

« Ça inclut tout ce qui entoure le produit sur glace : les réseaux sociaux, le numérique, la télé, regarder des extraits sur YouTube, acheter de la marchandise. Les arrêts dans différentes villes, c’est une façon parmi d’autres de faire grandir notre base de partisans et d’amener plus de gens dans l’écosystème de la LPHF. »

Est-ce que la tournée sert aussi à évaluer certains marchés potentiels ?

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Évidemment.

Mais, comme Scheer le rappelait elle-même, ce n’est qu’un élément parmi plusieurs autres.

« Ça nous donne une certaine idée de l’intérêt dans le marché. Comment est-ce que l’équipe de la LNH et/ou l’amphithéâtre sont à gérer ? Comment la ville nous accueille-t-elle ? Il y a tellement d’autres éléments qui entrent dans notre réflexion. Mais oui, c’est définitivement une des raisons pour lesquelles on a mis sur pied la Grande Tournée », ajoutait-elle, tout en précisant que les matchs en terrain neutre allaient se poursuivre la saison prochaine.

Québec peut-elle encore espérer ?

La LPHF veut maintenant de la stabilité.

C’est notamment pour cette raison qu’elle a accéléré le processus d’expansion avec l’ajout de six nouvelles équipes en seulement deux ans. Après tout, la LNH avait fait encore plus drastique en 1967 en ajoutant six franchises d’un seul coup.

L’objectif est désormais de permettre aux organisations de bâtir à long terme et d’offrir un peu plus de stabilité aux joueuses, qui ont vécu énormément de changements depuis les débuts de la ligue.

Cela dit, il n’est pas impossible qu’une troisième vague d’expansion survienne d’ici la fin de l’actuelle convention collective, qui vient à échéance en juillet 2031.

Voir la ligue atteindre 15 ou 16 équipes, comme la WNBA et NWSL, demeure donc tout à fait plausible.

Et si ça devait arriver, est-ce que Québec pourrait revenir dans le portrait ?

Peut-être.

Toutefois, d’ici cinq ans, Québec n’aura pas gagné un million d’habitants de plus. Par contre, la LPHF cherchera peut-être alors à ajouter un autre marché canadien ou encore à renforcer sa présence dans l’Est du continent.

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Mais au-delà des questions géographiques et démographiques, la candidature de Québec possède plusieurs atouts très sérieux.

Avec seulement les Remparts de Québec comme locataires permanents, le Centre Vidéotron est suffisamment grand pour qu’une équipe de la LPHF ait son espace à elle, ses propres installations et ses propres vestiaires, un critère important pour la ligue.

Québec arrive aussi avec une offre télévisuelle potentiellement très intéressante.

La LPHF aurait avantage à diversifier ses partenaires de diffusion au Québec, un peu comme dans le marché anglophone où Sportsnet et TSN se partagent les droits et la visibilité de la ligue.

Rien contre Québec

Même si la Victoire représente actuellement l’ensemble du Québec, il m’a été confirmé que l’organisation n’est aucunement opposée à l’arrivée éventuelle d’une franchise à Québec.

Tout le monde comprend qu’une rivalité entre Montréal et Québec ferait grimper l’intérêt envers la ligue et deviendrait rapidement une véritable mine d’or sur le plan marketing.

Mais malgré tous ces arguments, la LPHF connaissait déjà cette réalité et elle a quand même choisi d’aller ailleurs.

Alors, à la question : « Qu’est-ce que les dirigeants de la LPHF avaient à reprocher à la candidature de Québec ? »

La réponse est probablement toute simple.

Rien.

Québec ne correspondait tout simplement pas à ce que la ligue recherchait à ce moment-ci.

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