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Déclin du français: Québec a fait fuir des milliers d’investisseurs francophones

Le gel d’un important programme a aussi fait perdre des millions à l’État québécois

Photo portrait de Francis Halin
2022-09-16T04:00:00Z

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Des millions de dollars d’investissements perdus, des réseaux d’affaires écartés, des repreneurs de PME partis ailleurs... Le gouvernement Legault, soucieux d’« arrêter le déclin du français », s’est privé de riches investisseurs francophones ces trois dernières années.

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«On a perdu des milliers d’investisseurs et d’entrepreneurs qui parlent français ou qui sont francophiles. On n’aura pas leur capital ni leur réseau de contacts d’affaires. Ça aurait pu faire fleurir notre économie», regrette l’avocat Marc-André Séguin, associé chez Exeo.

«En barrant les gens d’affaires qui parlent français du volet entrepreneur et investisseur, on leur a dit d’aller dans une autre province», résume Alex Côté, consultant réglementé en immigration canadienne (CRIC).

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Depuis novembre 2019, le programme d’immigrants investisseurs est suspendu par le gouvernement caquiste.

En gros, ce programme vise les immigrants avec de l’expérience en gestion avec plus de deux millions d’avoirs nets (obtenus licitement). Ceux-ci doivent aussi prêter sans intérêts 1,2 million $ au trésor québécois durant cinq ans.

Depuis 2019, 1746 demandes d’immigration ont été déposées dans ce programme, qui a été suspendu le 1er novembre 2019.

Sur celles-ci, 567 demandes ont été acceptées, ce qui représente 680,4 millions $ que l’État peut faire fructifier, car même si les immigrants investisseurs quittent massivement le Québec, l’argent reste ici cinq ans (voir autre texte ci-bas).

Cap sur le Canada anglais

Or, puisque ces riches investisseurs francophones ne peuvent plus déposer de demandes chez nous, ils ont commencé à regarder du côté du Canada.

«Les gens qui ont une capacité intermédiaire avancée en français devraient toujours être les bienvenus, et avoir un traitement extrêmement rapide», estime le consultant Alex Côté.

Joint à Hô Chi Minh-Ville, au Vietnam, l’entrepreneur Brian Bui, qui a pu venir ici via ce programme juste avant sa suspension, continue de faire des allers-retours dans son pays d’origine pour nouer des liens d’affaires.

«Je me sens bien dans mes activités au Québec», lance l’entrepreneur, à la tête d’une PME de 24 employés au Vietnam, un pays de la Francophonie.

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Programme révisé

Questionné par Le Journal, Jean Boulet, le ministre sortant responsable du dossier, a rappelé que le programme avait été suspendu parce que la connaissance du français et la rétention des candidats étaient trop basses.

«Une révision du règlement est en cours. En effet, nous comptons mettre en place un programme révisé qui donnera priorité aux immigrants investisseurs et entrepreneurs qui maîtrisent déjà la langue française avant leur arrivée au Québec», a expliqué le ministre. 

«Cela correspond à l’engagement de la CAQ de marchander avec Ottawa lors d’un prochain mandat afin de rapatrier tous les pouvoirs de sélection en immigration», a-t-il conclu.


♦ D’après Aviseo Conseil, le programme des immigrants investisseurs a généré en dix ans plus de 1,02 milliard $ de rendements au Québec, dont 477 millions $ ont servi à offrir des subventions aux petites et moyennes entreprises d’ici.

Plus de 80 % des immigrants investisseurs quittent le Québec 

Même si plus de 80 % des 8291 immigrants investisseurs ont quitté le Québec entre 2018 et 2020, des changements récents au programme vont probablement permettre de renverser la vapeur bientôt.

«À partir de maintenant, on devrait voir une augmentation du taux de rétention», analyse Alex Côté, consultant en immigration réglementée au Québec et au Canada.

Alors qu’en 2018 81,5 % des immigrants investisseurs avaient quitté le Québec et qu’en 2019 ce chiffre bondissait à 83 %, le phénomène a commencé à s’essouffler en 2020 pour s’établir à 70,5 %, en baisse de 12,5 %.

Optimiste

Au Journal, Alex Côté précise que les données de ces trois années reflètent d’anciennes demandes déposées et que les nouveaux chiffres devraient montrer que le Québec réussit mieux à les garder.

«En 2015, le ministère de l’Immigration de l’époque a changé les déclarations pour être certain que les candidats aient bel et bien l’intention de s’établir ici. Ça évitait toutes sortes de fausses représentations», détaille-t-il.

Cela dit, le programme a été suspendu en novembre 2019, ce qui prive le Québec de bons candidats francophones, alors que le français est en déclin.

«Les gens d’affaires ne vont pas aller vers les programmes d’étudiants ou de travailleurs qualifiés, ce sont des gens aisés qui ont bien réussi comme hauts cadres ou avec leur commerce dans leur pays d’origine», conclut-il.

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