Quand Slafkovsky a fait un doigt d’honneur à son père et cinq histoires sur la jeunesse de Juraj


Anthony Martineau
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À l’hiver 2016, Juraj Slafkovsky avait 12 ans. Dans les gradins, lors d’un tournoi, Juraj senior, son papa, suit le match avec intérêt. Soudain, l’attaquant est pris en fond de territoire offensif alors que l’équipe adverse part avec la rondelle. Insatisfait de l’effort de son fils en repli défensif, le paternel lui crie amicalement de mettre autant d’efforts pour défendre que pour attaquer. «Il m’a alors regardé, en pleine partie, et m’a fait un doigt d’honneur! À 12 ans!» se rappelle Slafkovsky père en éclatant de rire.
C’est plutôt irrespectueux envers des parents qui aident leur enfant à accomplir leur rêve, mais d’un autre côté, ça illustre bien la raison pour laquelle Juraj Slafkovsky a été capable de se hisser sur un premier trio dans la meilleure ligue au monde: son caractère.
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Il y a à peine une trentaine de jours, certains réclamaient un renvoi à Laval.
Aujourd’hui, non seulement il évolue sur le premier trio du Tricolore, mais il réussit à y jouer un rôle important.
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Faut-il vraiment s’étonner de cette progression impressionnante depuis un mois? Voici cinq histoires racontées par des proches du Slovaque au TVASports.ca qui sont d’avis que non.
«Il pouvait rendre ses coéquipiers complètement fous»
La soif de victoire de Juraj Slafkovsky ne date pas d’hier.
En 2015, le jeune homme évolue chez le HC Kosice dans la catégorie U16 du Championnat slovaque. Juraj n’a alors que 13 ans et concède deux ans, voire deux ans et demi à la plupart de ses coéquipiers.

«Il a commencé à être surclassé en raison de ses habiletés. C’était trop facile, certains soirs, contre des joueurs de son âge», précise son père, Juraj senior.
Et être le «jeunot» du groupe n’intimide pas du tout Slafkovsky. Bien au contraire!
Tomas Kochan, l’entraîneur du club à ce moment, est à ce sujet sans équivoque.
«Juraj était très, très compétitif. Il avait une immense confiance en lui. Et par-dessus tout, il adorait le hockey. Tu aurais dû voir ça... Le plus jeune de l’équipe, qui, avec son insatiable appétit pour la victoire, allumait le vestiaire avant les matchs et rendait tous ses coéquipiers complètement fous. Les gars sautaient sur la glace remplis d’énergie. Et ça, c’était grâce à Juraj.»
Le mur Juraj qui pesait 10 livres à la naissance
Le 29 mai 2021. Juraj Slafkovsky, alors âgé de 16 ans, dispute un premier tournoi sur la scène internationale senior. Sa Slovaquie affronte le Danemark lors du Championnat du monde qui se tient à Riga, en Lettonie.
«Je me souviens d’une séquence où Juraj a envoyé la rondelle en fond de territoire danois», explique Andrej Podkonicky, qui était alors l’instructeur adjoint du club.
«Juraj est arrivé en premier sur la rondelle et j’ai vu un immense défenseur danois foncer vers lui. Il arrivait avec énormément de rapidité. Calmement, Juraj a levé sa tête, s’est encastré les pieds dans la glace, et a complètement envoyé valser ce gars. Le danois venait de rencontrer le “mur Juraj” [rires]. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi fort à son âge...»

Au fil des mois qui ont suivi ce tournoi, Slafkovsky n’a rien perdu de cette force physique.
Mais une fois dans la LNH, il a dû apprendre à se protéger convenablement, ce qu’il peinait à faire à sa première saison dans le circuit Bettman, où tout se produit plus rapidement.
Depuis quelques semaines, cependant, les progrès à cet égard sont évidents.
«Juraj pesait près de 10 livres, à la naissance», confie son père.
Et 19 ans plus tard, voilà que le jeune homme est franchement bien servi par ce gabarit atypique.
«Tout le monde veut être comme Juraj, ici»
Le marché de la LNH de Montréal est un véritable tourbillon.
Il a d’ailleurs été très commun, au fil des années, de voir de jeunes joueurs être intimidés à leur arrivée dans le giron du Canadien. Mais Juraj Slafkovsky n’entre pas dans cette catégorie.
Le côtoyer au quotidien permet de saisir à quel point il est à l’aise avec la réalité montréalaise. Il blague avec les journalistes, interagit avec les partisans. Il ne rate jamais une occasion de critiquer son jeu lorsqu’il le juge nécessaire.
On croirait se trouver devant un joueur de 29 ans originaire de Boucherville, tellement sa lecture du «tourbillon CH» est mature. Une grande partie de ceci s’explique par son statut de véritable célébrité en Slovaquie, explique son père.

«Depuis sa sélection, je pense qu’il fait partie des personnalités slovaques les plus suivies», mentionne son père.
Un simple coup d’œil sur le site slovaque de Pravda au lendemain du but vainqueur en tirs de barrage face aux Sabres a permis de saisir l’ampleur de sa popularité.
Un article traitant de sa performance de la veille apparaissait au deuxième rang des billets les plus consultés des 24 dernières heures, sur la plateforme.
«Tout le monde veut être comme Juraj, ici», affirme même Andrej Podkonicky, son ex-entraîneur avec l’équipe nationale.
Pour papa, les exemples illustrant l’engouement envers son garçon en territoire slovaque sont aussi nombreux qu’évocateurs.
Il ne savait pas cuisiner ni faire la lessive
En 2018, au terme de la saison disputée sous les ordres de Tomas Kochan en Championnat slovaque, Slafkovsky (qui a alors 14 ans) et sa famille se retrouvent dans un cul-de-sac.
«Juraj est arrivé à un point où il n’y avait plus rien de viable sur le plan hockey pour lui, en Slovaquie. Il voulait faire du hockey son métier et il avait besoin de meilleures conditions d’entraînement», explique son père.
Mais bien qu’il soit dominant sur la patinoire, Slafkovsky demeure un enfant.

«Il ne savait pas cuisiner. Ni faire la lessive», rigole Slafkovsky senior.
Le choix de la famille s’arrête sur l’Autriche, où l’attaquant aboutit au sein de l’Académie de hockey U18 du Red Bull Salzburg.
«Nous avons opté pour cet endroit, car c’est l’un des meilleurs univers sportifs d’Europe. Le soutien et les services destinés aux joueurs sont de premier ordre. Il n’y a probablement rien de mieux sur le continent européen.»
Après 11 matchs, encore une fois contre des joueurs beaucoup plus âgés que lui, il comptait 17 points.
«Nous nous sommes rendu compte, après quelques semaines, que malgré la qualité des installations autrichiennes, la compétition n’était pas nécessairement au niveau où nous le souhaitions. À cette époque, Salzburg affrontait majoritairement des clubs hongrois et remportait la plupart de ses matchs par plus de 15 buts!»
Toujours avec l’objectif clair de maximiser ses chances de réussir dans le hockey professionnel, Slafkovsky et sa famille prennent alors une autre décision radicale: un déménagement pour l’adolescent... en République tchèque, où il pourrait terminer la saison dans un contexte plus compétitif.
Slafkovsky a terminé avec la meilleure moyenne de points par match de son club en saison et en séries.
«Il vivait dans un dortoir et fréquentait une école tchèque, précise le paternel. Le tchèque et le slovaque sont deux langues similaires, mais il a quand même dû apprendre quelques notions tchèques».
«Honnêtement, je suis persuadé que cette expérience lui a permis de mieux gérer son arrivée seul à Montréal. Les choix que nous avons faits ont assurément été les bons.»
Le clan Slafkovsky est ensuite approché par le TPS Turku, en Finlande.
«Il ne m’a pas laissé le choix»
Après un passage des plus concluants chez les équipes U18 et U20 du TPS, Slafkovsky, qui a maintenant 17 ans, fait ses débuts au sein de l’équipe première (Liiga) en 2021-2022.
Mais malgré l’impressionnant curriculum vitae de son nouveau protégé, Jussi Ahokas, l’entraîneur-chef du club, ne lui fait pas de cadeau.
Entre le 4e et le 18e match de la saison, l’ailier ne compte que quatre duels où il joue plus de 14 minutes.

«C’est une ligue difficile pour un jeune homme de 17 ans, explique Ahokas au bout du fil. Tu joues contre les meilleurs adultes au pays. Au départ, ce n’était pas évident pour lui, honnêtement. Il était très frustré de ne pas produire. C’était une première pour Juraj...»
«Mais il n’a jamais boudé et il a continué à travailler sur ses lacunes pendant et après les entraînements. Vers la fin de la saison, il avait vraiment amélioré son jeu dans les coins de patinoire et en possession de rondelle. Il protégeait beaucoup mieux le disque et coupait au filet avec vigueur. Ses présences étaient donc beaucoup plus longues et concluantes en territoire offensif et il a commencé à produire et... à jouer davantage. Il ne m’a juste pas laissé le choix!»
Le temps de glace de Slafkovsky a finalement été supérieur à 14 minutes lors de 22 de ses 27 derniers duels en Liiga (incluant les séries). Très souvent, il a même franchi la barre des 16 minutes de temps d’utilisation.
«Il est alors devenu un élément important de notre équipe», avance Ahokas.