Quand les bottines suivent les babines: chapeau à Martin St-Louis!

Jean-Charles Lajoie
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En février 2022, la reconstruction du Canadien a commencé au point d'imaginer en faire une série documentaire.
Jeff Gorton, nouveau vice-président des opérations hockey, mène la charge et nomme Kent Hughes au poste de directeur général. Ce qui devait arriver arriva: même s'il n'était qu'à la première année d'un contrat de trois ans comme entraîneur-chef, Dominic Ducharme a été relevé de ses fonctions.
Rien de plus normal dans le hockey, et rien à voir avec la compétence de Ducharme. La nouvelle direction avait un plan, approuvé par le propriétaire Geoff Molson. Même s'il avait aligné les victoires, ce qui n'était pas le cas, Dom n'aurait pas pu sauver son poste.
À la surprise générale, Martin St-Louis arrive. Une nomination que personne n'avait vue venir.
Après un bref passage comme coach de spécialité en soutien à son mentor John Tortorella à Columbus, Martin dirigeait son fils dans les rangs pee-wee au Connecticut. Montréal étant ce qu'elle est, l'effet de stupéfaction et le premier réflexe de challenger cette nomination passés, la lune de miel a rapidement commencé.
St-Louis a permis de traverser deux saisons et trois quarts de miséricorde dans les bas-fonds du classement, grâce à des déclarations savoureuses teintées d'analogie et d'images aussi fortes qu'amusantes. Martin parle aux médias comme on parle vous et moi au café du coin. Sa transparence l'honore et nous rejoint.
Sur la glace, on voit les bienfaits de son travail. Il a transformé certains de ses joueurs, notamment Cole Caufield, qu'il a convaincu de devenir un membre indélogeable sur un premier trio d'une bonne équipe de la Ligue nationale grâce à son travail des deux côtés de la rondelle.
Évidemment, le coach fait des erreurs. Qui n'en fait pas? Mais sa remarquable capacité à les reconnaître en fait un entraîneur très spécial. Le sport professionnel ne nous a pas habitués à autant d'authenticité de la part d'un meneur d'hommes, encore moins lorsqu'il est question de ses propres erreurs.
En fin de semaine, St-Louis a atteint un nouveau sommet de modestie en affirmant tout bonnement pouvoir et devoir faire mieux en matière de gestion de son banc lors des matchs. Il répondait à une question sur l'utilisation de Zachary Bolduc.
Vrai que le match contre le Mammoth a été moins serré que les précédents, vrai aussi qu'à domicile un coach peut mieux contrôler les présences de ses joueurs. Reste qu'avec moins de sept minutes à écouler en troisième samedi soir, le Canadien menait seulement 3 à 2. Cela n'a pas empêché Martin de distribuer de manière beaucoup plus équitable le temps de glace à ses ouailles. Au final, outre Veleno sous les 12 minutes et Hutson au-dessus des 23 minutes, tout le monde a joué entre 13 et 22 minutes, notamment Bolduc qui a été sur la glace pendant plus de 15 minutes pour la première fois en 7 matchs. Les bottines de Martin ont suivi ses babines.
S'il a confessé pouvoir et devoir être meilleur aux journalistes, j'imagine aisément ce qu'il a pu dire à ses joueurs sur le même sujet et derrière des portes closes. La mise hors de combat du Mammoth samedi soir s'est faite en équipe alors que les 20 gars en uniforme se sont sentis concernés et ont eu un rôle à jouer dans la récolte de précieux deux points de classement.
Chapeau à Martin St-Louis, limpide comme de l'eau de roche et loin du cœur de pierre. Le Québec a vraiment besoin de cette fraîcheur actuellement.