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Voici ce qui ne fait plus peur à Élise Guilbault

Sabin Desmeules

2026-03-21T10:00:00Z

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Elle est présente sur la scène culturelle québécoise depuis 40 ans. Or, ces années dans le métier ont appris deux choses à Élise Guilbault : qu’on ne peut pas toujours faire l’unanimité et qu’il faut être à l’aise dans la comédie autant que dans le drame. Ce bonheur, l’actrice le doit un peu à sa mère, dont elle a toujours été très près et qui fêtera bientôt ses 98 ans.

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Ces jours-ci, la comédienne prête de nouveau ses traits à Monique, la mère flyée du personnage-titre dans la deuxième saison du Retour d’Anna Brodeur. Ce rôle l’amenant à faire des choses peu banales à l’écran, Élise Guilbault n’a donc pas besoin de sensations fortes supplémentaires dans sa vie. « Monique, elle n’est pas ordinaire. C’est une féministe avec de gros problèmes de dépendance. C’est une femme qui a un comportement problématique dû, aussi, à une espèce de manque affectif. C’est ce qui fait qu’elle a des difficultés à échanger avec sa fille, Anna (Julie Le Breton), et qu’elle ne parle plus à ses ex. C’est trouble. En même temps, c’est aussi la volonté d’une femme qui a besoin de liberté et de vivre, malgré le fait qu’elle a 60 ans passé. Jouer ça, pour moi, c’est vraiment du bonbon ! » Élise partage toutefois peu de points communs avec celle qu’elle incarne. « Moi, je n’ai jamais cassé une assiette de ma vie. Je n’ai pas ce genre d’excès-là. Et pourtant, j’ai joué des femmes très colériques ! Il y a quelque chose de libérateur dans le fait de jouer des personnages plus grands que nature. »

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Elle a bousculé ses limites

Avec les années, cette actrice qui a beaucoup donné dans les rôles dramatiques s’est mise à jouer des personnages plus drôles. Et elle a multiplié les tribunes où elle proposait des chroniques humoristiques. On la sent maintenant plus à l’aise de faire autre chose que du drame — et de s’exprimer avec moins de retenue. Elle n’a plus peur de déranger. « Je l’assume totalement. En vieillissant, on s’enfarge peut-être un peu moins dans les fleurs du tapis. L’idée, c’est d’aller jusqu’à nos limites. Je me suis imposé toute ma vie, d’une certaine manière, beaucoup de limites : il y a des choses qui se disent, il y a des choses qui ne se disent pas     ; certaines choses se disent et d’autres pas... Puis, à un moment donné, en vieillissant, c’est comme si je m’étais rendu compte que, dans le fond, c’est moi qui m’arrêtais, explique-t-elle. Avec les années, c’est vrai que je suis moins préoccupée par le fait d’avoir dit ou fait des choses qui peuvent heurter certaines personnes. Dans la vie, il y a des affaires bien plus graves ! Il faut continuer son chemin. L’unanimité, ça n’existe pas. »

Élise Guilbault dans la peau de Monique, la maman d’Anna Brodeur.
Élise Guilbault dans la peau de Monique, la maman d’Anna Brodeur. Crave

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Ses personnages ne déteignent pas sur elle

Au fil de ses 40 ans de métier, Élise s’est rarement laissée envahir par ses personnages au dessein tragique. « Je n’ai jamais été torturée parce que je jouais une personne torturée. Si ça se trouve, j’étais indécente parce que quand le réalisateur disait « coupez », je me mettais à rire ou à niaiser. C’était probablement une affaire de survie. »

Au théâtre, c’est une autre histoire. « Je me souviens avoir joué Natures mortes, de Serge Boucher, au Théâtre de Quat’Sous. Pendant plus de deux heures, je jouais quelqu’un qui mourait du sida. Ça, quand je ne feelais pas, je me rendais compte que ça laissait une petite traînée en dehors de la scène. »

Ces quatre décennies où elle a vécu de sa passion pour le jeu, Élise ne les a pas vues passer. « Ç’a vraiment passé vite !, admet-elle. J’oublie à quel point j’ai travaillé fort dans ma vie. Moi, je n’y pense jamais, mais quand je vois mon CV ou que je participe à une émission comme Les enfants de la télé, et qu’on me ressort plein de choses que j’ai déjà faites, c’est sûr que ça me saisit ! Cependant, je ne suis pas nostalgique. Jamais je ne me dis : “Ça, c’était le bon temps ! ” » Cela dit, lorsqu’elle regarde derrière elle, elle n’en revient pas de tout ce qu’elle a accompli ! « Des fois, je suis surprise d’avoir travaillé autant. Je suis reconnaissante et surprise. Je ne pouvais pas deviner que je travaillerais aussi longtemps. »

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Très proche de sa mère

Élise Guilbault a joué beaucoup de mères à l’écran, et ces personnages ont peut-être été un peu nourris par la sienne. Sa maman, qui aura 98 ans en mai, est très importante dans sa vie. « Nous sommes très, très proches, elle et moi. On s’appelle et on se voit tous les jours... Comme elle est vieillissante, c’est nécessaire pour moi d’être très présente pour elle. Je me sens extrêmement privilégiée d’avoir ce lien avec elle !, se réjouit-elle. Elle a été importante durant mon adolescence, et aussi dans mes choix de jeune fille, qu’on a pu débattre et aussi encourager... J’ai été très encouragée dans mon désir de devenir une artiste ! Aujourd’hui, on vit la quintessence, l’apothéose de notre relation. C’est un grand réconfort d’être une adulte et d’avoir encore ma mère auprès de moi. » La maman et le papa d’Élise ont été déterminants dans son choix de carrière. « Mon père était musicien. Il était multi-instrumentaliste et il a toujours aimé la musique. Ma mère était à la maison et elle était le bras droit de mon père. On a été très encouragées, ma sœur et moi. Je leur en suis reconnaissante. »

On retrouve Élise Guilbault dans la saison 2 du Retour d’Anna Brodeur, maintenant disponible sur Crave. En avril, on renouera avec ses chroniques à l’émission Bonsoir bonsoir !, diffusée en semaine à 21 h, à Radio-Canada.

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