Qu'est-ce qui change dans nos vies?


Claude Villeneuve
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Nous sommes bousculés par les nouvelles des derniers jours concernant l’importante éclosion anticipée de la COVID-19 et la réponse des autorités pour y faire face.
On est surpris par l’ampleur des mesures qui sont prises, sans précédent de notre vivant. On a tous des choix à faire, des décisions personnelles à prendre. C’est difficile d’y voir clair.
Bref, qu’est-ce qui change dans nos vies? Le Journal essaie aujourd’hui de vous aider à vous y préparer.
1. Des proches seront infectés
Les autorités ne savent pas encore à quoi s’attendre, en termes de contagion, mais on anticipe des taux d’infection allant de 30 à 70 % de la population, ce qui est beaucoup plus que «juste une grippe saisonnière». Dans tous les cas, des gens dans votre entourage seront affectés, c’est sûr.
Ce n’est pas tout le monde qui sera gravement malade. Selon les autorités chinoises, 80,9 % des gens présentent peu de symptômes et se soignent à la maison ; 4,7 % des gens dépistés là-bas ont toutefois eu besoin de soins intensifs et 3,9 % en sont morts. Ça aussi, c’est plus que la grippe.
On entend souvent des gens demander pourquoi on panique autant pour moins de 20 cas au Québec. C’est parce qu’on sait qu’il y en a plus que ça. Ils se soignent à la maison ou ne présentent pas encore de symptômes, mais on sait qu’il y en aura plus. C’est acquis, c’est en train de se passer.
2. On remettra des activités
Nécessairement, il y a des choses qu’on ne devra plus faire au cours des prochaines semaines. Cette sortie au Bora Parc, cette pièce de théâtre ou ce film au cinéma que vous aviez hâte de voir devront être remis à plus tard.
Parfois, c’est à la suite des ordonnances du gouvernement, qui restreint les rassemblements de plus de 250 personnes au Québec. Parfois, ce sera de votre propre initiative. Ce n’est pas interdit présentement d’aller vous étendre au gym sur le même banc où tout le monde sue sa vie. Ça ne veut pas dire que c’est une bonne idée. Je devais passer la soirée dans un bar de karaoké avec des amis hier soir. On s’est dit que ma blonde et moi pourrions encore aller imiter Garou et Céline en chantant Sous le vent en juin.
3. Des gens manqueront le travail
Des gens se placeront en isolement volontaire ou seront contraints de le faire par la prudence ou la maladie. Ça va mettre de la pression sur les réseaux, les services, et tout le monde devra fournir un effort de plus. C’est inévitable.
4. Il faudra s’occuper de nos enfants
Les écoles et les services de garde fermés pour deux semaines, minimalement, ce sera un casse-tête pour bien des parents. Certains ne pourront pas s’absenter du travail, à plus forte raison s’ils travaillent dans le système de santé. Il y a beaucoup de grands-parents, d’amis et même de collègues qui seront sollicités pour qu’on s’occupe ensemble de nos tout-petits. On risque de s’organiser dans certains milieux de travail, mais attention à la contagion ! Ce ne sera pas l’aspect le plus simple à gérer.
5. On va voyager au Québec
La mauvaise nouvelle pour notre industrie touristique, c’est qu’elle va encaisser des annulations de visiteurs étrangers. La bonne, c’est qu’on devra de notre côté éviter de sortir du pays pour un bout. Alors que plusieurs planifient déjà leurs vacances, nous serons plus nombreux à redécouvrir nos villes et nos régions.
Par ailleurs, si vous lisez cet article depuis l’étranger, ce serait le temps de rentrer. Pas clair que ça va être aussi facile de circuler à travers les frontières dans quelques jours d’ici.
6. Des gens vont souffrir financièrement
Il y a la Bourse qui dévisse, nos placements qui mangent une volée, mais sur le long terme, les marchés reprendront ce qu’ils ont perdu. Plusieurs signes pointaient déjà vers un ralentissement économique et la crise sanitaire actuelle l’aura hâté.
Cela dit, il y a des gens qui devront retirer leurs placements avant qu’ils ne reprennent leur valeur. Il y a aussi du monde dans l’industrie de la restauration, du spectacle et des travailleurs autonomes qui verront disparaître des revenus qui ne pourront pas être rattrapés. Il faudra être attentif à ceux qui nous entourent et qui pourraient avoir besoin d’un petit coup de main.
7. Inutile d’attendre un vaccin
Le temps qu’un vaccin soit trouvé, testé, produit à grande échelle et distribué à la population, ça va prendre plusieurs mois, au mieux. Le gros de l’éclosion sera derrière nous ou la maladie sera passée à un stade endémique, comme les oreillons. Bref, penser qu’un vaccin pourrait arriver tout d’un coup et nous éviter de passer à travers ce qui s’en vient, c’est se bercer d’illusions.
8. On recommencera à croire les autorités
Bogue de l’an 2000, épidémie du H1N1 : voilà autant de catastrophes appréhendées qui ne se sont pas manifestées avec l’ampleur attendue et qui ont nourri le climat vaguement conspirationniste qui nous pousse à penser que les puissants sont prêts à perdre de l’argent pour nous manipuler. Il suffira de suivre ce qui s’est passé en Chine, ce qui arrive en Italie et en Iran, puis ce qui s’en vient aux États-Unis pour comprendre que ce ne sont pas des farces.
9. On va compter sur la responsabilité individuelle
«Aplatir la courbe» : nous allons entendre ces mots-là constamment au cours des prochains mois, où le reste de l’actualité tournera au ralenti. L’idée, c’est qu’en appliquant les mesures proposées par les gouvernements, on n’aura pas nécessairement moins de cas, mais ils s’étaleront sur une plus longue période et la pression sur le système de santé sera moins intense. Avoir à choisir qui aura droit d’être branché sur un respirateur artificiel, c’est ce qu’on veut éviter.
10. Les choses reviendront à la normale
Les mesures annoncées cette semaine sont temporaires. En Chine, l’éclosion se résorbe et on commence à lever les quarantaines qui ont été imposées. Ça arrivera ici aussi, mais on passera par une période difficile avant.
Ce n’est pas agréable. Gardons toutefois en tête que nos ancêtres ont connu des épisodes de pénurie et de rationnement beaucoup plus longs et importants par le passé et qu’ils n’avaient pas le câble et Netflix pour s’occuper, dans ce temps-là.
À la fin, gardons le sourire et continuons à saluer nos voisins en leur envoyant la main plutôt qu’en la leur serrant. Ces événements seront derrière nous un jour.
Ça va bien aller, à condition que tout le monde y mette du sien.