«Qu’il déménage ailleurs»: Québec solidaire veut couper les vivres au lieutenant-gouverneur


Patrick Bellerose
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Bureau, chauffeur, voiture mise à disposition: QS demande au gouvernement Legault de couper les vivres au lieutenant-gouverneur, représentant de la monarchie britannique au Québec, en attendant d’abolir cette fonction archaïque.
«Qu’il déménage ailleurs, ce n’est pas notre problème», lance la co-porte-parole de QS, Ruba Ghazal.
L’État québécois paie annuellement environ 758 000$ pour les frais de fonction du lieutenant-gouverneur. Le salaire, lui, est assumé par le gouvernement fédéral.
«Ce n’est pas beaucoup, mais ce n’est pas grave, c’est le principe. On n’en veut pas de cette monarchie-là, souligne Mme Ghazal. Si le gouvernement du Canada tient à cette institution, qu’ils paient pour ça.»
La députée souverainiste a questionné le ministre Simon Jolin-Barrette à ce sujet lors de l’étude des crédits, la semaine dernière, comme elle l’avait fait avec Jean-François Roberge l’an dernier.
«Je note bien votre proposition. Cependant, vous comprenez qu’il y a un minimum qui est requis, de façon à faire en sorte que le lieutenant-gouverneur puisse sanctionner les lois», a déclaré le ministre Jolin-Barrette, à la fois titulaire de la Justice et des Relations canadiennes.
Dans le régime actuel, les lois doivent être sanctionnées par ce représentant du gouverneur général du Canada, lui-même dépositaire des pouvoirs du roi britannique au pays. En son absence, un administrateur peut remplir cette fonction.
• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Poste en péril
Chose certaine, le poste de lieutenant-gouverneur tient aujourd’hui à peu de choses, au Québec. Déjà en 2015, la CAQ proposait de l’abolir.
L’automne dernier, le rapport Proulx-Rousseau sur les enjeux constitutionnels du Québec recommandait que la personne choisie pour cette fonction soit sélectionnée à partir d’une liste soumise par le gouvernement québécois.
La même demande a récemment été faite pour les juges qui relèvent d’Ottawa, mais elle a été immédiatement rejetée par le premier ministre Mark Carney.
Québec solidaire propose maintenant de ne pas remplacer l’actuelle lieutenante-gouverneure, Manon Jeannotte, au terme de son mandat en janvier 2029.
La manœuvre pourrait créer un vide constitutionnel, mais Ruba Ghazal rappelle que les députés ont réussi à abolir le serment au roi obligatoire, sans créer de crise de légitimité.
«Tout le monde disait que c’était impossible pour le serment au roi, finalement on peut très bien siéger», fait-elle remarquer.
Le roi Charles à Ottawa
En attendant, les élus québécois devront se faire à l’idée d’écouter le roi Charles III lui-même prononcer le prochain discours du trône à Ottawa, sur l’invitation de Mark Carney.
«C’est d’un ridicule incroyable», s’indigne Ruba Ghazal.
La souveraineté du Canada est menacée par le président américain, Donald Trump, fait-elle remarquer. «La façon de M. Carney d’incarner le nationalisme canadien, c’est de demander au roi d’un pays étranger de venir ici», souligne la co-porte-parole de QS.
La semaine dernière, le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, dénonçait lui aussi cette invitation faite à une «institution nettement hostile aux Québécois».
Au contraire, le PLQ ne s’émeut pas de cette visite du roi à Ottawa. «Cette décision relève de la prérogative du premier ministre du Canada», affirme son chef par intérim, Marc Tanguay.
Même réponse au bureau du ministre Jolin-Barrette: «C’est le choix de monsieur Carney», écrit-on.
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