Propriétaire de mauvaise foi: il tente d’évincer sa locataire... et perd sa job
Il aurait été forcé de démissionner de son emploi après avoir prétexté un divorce pour expulser sa locataire


Francis Pilon
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Le président d’un organisme qui fournit un accès à des locaux abordables à des groupes communautaires a été forcé de démissionner, au lendemain d’un article révélant qu’il a voulu évincer avec mauvaise foi sa locataire en prétextant un divorce.
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«Les administrateurs et Nelson De Sousa ont convenu d’un commun accord que sa démission à titre d’administrateur de l’organisme était requise. Nelson De Sousa a remis sa démission au CA, qui l’a acceptée», a confirmé dans un courriel adressé à notre représentant l’organisme Espace LGBTQ+.
Le Journal a révélé lundi que le propriétaire Nelson De Sousa a utilisé plusieurs subterfuges, dont un prétendu divorce avec son conjoint, pour expulser sans succès sa locataire qui habite dans un de ses immeubles sur Le Plateau à Montréal.

«Le tribunal estime que ce que recherche avant tout le propriétaire, c’est l’éviction de la locataire de son logement, car de toute évidence le loyer payé par cette dernière, soit de 900$, est bien en deçà du loyer payé par les autres locataires de l’immeuble», peut-on lire dans le jugement du Tribunal administratif du logement (TAL) à ce sujet, rendu en mai dernier.
Il prétendait être «honnête»
M. De Sousa, qui était président d’Espace LGTBQ+, a complètement disparu du site web de l’organisme mercredi matin.
«Un peu révolutionnaire à ma façon, je suis un partisan de l’honnêteté», pouvait-on lire à son sujet sur le site en question.

«Dans le contexte actuel de crise du logement, à l’approche du 1er juillet et avec le nombre croissant de personnes qui peinent à trouver un endroit décent et abordable où vivre, Espace LGBTQ+ affirme sa solidarité envers les personnes vulnérables face aux évictions», explique l’organisme, pour justifier le départ de son gestionnaire.
Notons que Nelson De Sousa, qui est aussi père de famille, possède au moins six immeubles à logements situés sur Le Plateau-Mont-Royal et dans Rosemont–La Petite-Patrie, à Montréal.
«La mission d’Espace LGBTQ+ est de déprécariser les groupes communautaires de la diversité sexuelle et des genres en leur fournissant un accès à des locaux abordables, accessibles et adaptés. Notre lutte contre la gentrification et contre la discrimination s’ancre dans les valeurs d’inclusion, d’engagement, d’empowerment, d’innovation et de transparence», précise l’organisme.
Démasqué par la juge
Nelson De Sousa s’est rendu en mai dernier devant le TAL pour reprendre le logement de sa locataire Florence Lavoie-Côté. Il a d’abord prétendu un divorce avec son conjoint l’obligeant à déménager dans cet appartement sur Le Plateau avec son fils de neuf ans.
«Or, même si le locateur affirme être séparé de son conjoint, aucune preuve objective ou concrète ne vient corroborer cette allégation. Le locateur admet vivre au domicile familial avec son conjoint et leur fils et être toujours marié. Il précise qu’aucune décision n’est prise concernant la vente du domicile familial», écrit la juge Isabelle Gauthier, qui n’a pas cru un mot de son témoignage à cet effet.

Pire encore, le tribunal a rappelé que M. De Sousa a utilisé la même stratégie, cinq ans plus tôt, pour expulser d’autres locataires de l’immeuble où vit Florence Lavoie-Côté.
«Le propriétaire et son conjoint étaient séparés, selon leur témoignage, depuis le mois de mai 2017. Le propriétaire témoigne qu’il y a eu reprise de la vie commune 14 mois après la reprise de ce logement, ce qui a eu comme conséquence que le logement a été remis sur le marché locatif, moins de deux ans après en avoir été retiré, à un loyer mensuel non plus de 745$, mais de plus du double, soit 1695$», précise-t-on dans le jugement.
Grosse maison luxueuse
Mme Lavoie-Côté a aussi allégué que son proprio ne risque pas de vouloir habiter dans son petit appartement modeste.
«Il habite actuellement dans une maison de ville prestigieuse située dans le même arrondissement et ayant été l’objet de photographies publiées dans un magazine d’architecture», a-t-elle évoqué devant la juge.
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Pour tous ces motifs, Nelson De Sousa n’a pas été en mesure de convaincre le TAL en mai dernier. «Conséquemment, une telle autorisation à la reprise du logement ne peut être accordée», a conclu l’honorable Isabelle Gauthier.
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