Les conservateurs sont indécis quant au nombre de voies des deux ponts qu’ils proposent pour relier Québec et Lévis, en passant par l’île d’Orléans. Faute d’études, les coûts du projet demeurent également indéterminés.
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C’est à la grève Gilmour, à Lévis, que les conservateurs ont présenté leur mouture du projet de troisième lien lundi. Celle-ci comprendrait une autoroute qui passerait «dans le champ» pour relier deux ponts, de part et d’autre de l’île. Un gouvernement du PCQ conserverait le pont existant au nord, et en construiraient un second du côté sud.
Éric Duhaime s’est également engagé à respecter l’échéancier pour la construction du nouveau pont au nord de l’île, dont la réalisation est prévue en 2027. Quant au deuxième, il serait érigé d’ici 2030.
Mais le chef conservateur n’a pas pu préciser le nombre de voies qu’il y aurait sur ces ponts, non plus que les coûts du projet, se contentant de rappeler l’estimation de 3 G$ à 5 G$ avancée il y a quelques jours.
«Il va falloir que les experts se penchent là-dessus (...). Tout ça est tributaire de la négociation avec le fédéral», a-t-il expliqué.
Projet «délaissé» par la CAQ
Au cours des dernières années, le projet de troisième lien aurait été «délaissé» par le gouvernement Legault, estime Éric Duhaime, qui considère «que la nécessité de ce projet est prouvée depuis plusieurs décennies», a-t-il déclaré.
Le chef du PCQ a d’ailleurs fait jouer l’extrait audio du ministre Éric Caire, qui avait promis qu’il démissionnerait si le projet de troisième lien n’était pas partiellement réalisé après le premier mandat de la CAQ.
«Aujourd’hui, je lui demande de faire la chose honorable et de démissionner», a clamé Éric Duhaime.
Paysage
Sans les nommer, François Legault avait décoché une flèche le jour précédent à l’endroit des conservateurs, les accusant de vouloir «détruire le paysage». «Je ne pense pas que les gens de Québec [...] vont être d’accord», a prédit le premier ministre.
Or, la CAQ a déjà proposé un projet similaire par le passé, s’est défendu Éric Duhaime, en ajoutant qu’il compte détruire les pylônes électriques sur l’île, et avancé qu’un pont «c’est plus beau que des pylônes».
De fait, François Legault avait mis cette idée de l’avant en novembre 2018, peu après son arrivée au pouvoir. Hydro-Québec avait alors signifié que l’enfouissement de lignes de 735 000 volts, comme celles qui traversent l’île d’Orléans, représentait un défi de taille, la chose n’ayant jamais été réalisée par la société d’État.
Transport en commun
La construction d’un deuxième pont au sud de l’île d’Orléans pour relier Québec et Lévis n’est pas une bonne idée, car cette option est «très peu susceptible» de favoriser l’utilisation du transport en commun, selon un expert.
«Les gens, s’ils empruntent le nouveau pont, le feront presque assurément en voiture, d’autant plus que peu d’activités économiques sont localisées à l’Est actuellement. C’est donc dire que cette version est un accélérateur franc pour l’étalement urbain», note Jean Dubé, directeur de l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional, à l’Université Laval.
Terres agricoles
La perspective d’un pont reliant la Rive-Sud à l’île d’Orléans n’a rien non plus pour enchanter les producteurs agricoles à Beaumont, Saint-Michel ou Saint-Vallier. «Que vont-ils faire pour protéger les terres à culture sur la Rive-Sud ? Là, ils vont sortir directement dans les terres, c’est inquiétant», a exprimé James Allen, le président de la fédération régionale de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Chaudière-Appalaches.