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Prôner la paix en se frappant sur la gueule

Photo AFP
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2025-02-16T20:43:09Z

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Ç’a été un gros samedi soir dans ma chaumière. Une soucoupe volante s’est écrasée dans ma cour, et un extraterrestre est débarqué devant ma porte-patio pour me demander un tournevis. On l’a invité à regarder avec nous le match Canada contre États-Unis.

On lui a expliqué un peu ce que représente le hockey pour nous et la rivalité entre ces deux pays sur la glace. On lui a aussi indiqué qu’il y avait un contexte particulier, avec un début de guerre commerciale. Il a mangé de la fondue chinoise avec nous. On l’a aidé à faire des baluchons avec la viande et le fromage.

Bref, le match commence. Il entend l’annonceur Michel Lacroix demander aux spectateurs de respecter les hymnes nationaux. Notre extraterrestre nous demande pourquoi.

Là, on doit lui expliquer que c’est parce que les joueurs sur la glace n’ont rien à voir avec les décisions politiques américaines.

L’extraterrestre a répondu que c’était évident et que personne ne devait être assez stupide pour penser le contraire. Il nous a ensuite demandé si de huer l’hymne national n’était pas plutôt une façon plutôt pacifique de s’indigner? J’ai changé de sujet et lui ai proposé de la sauce pour sa viande.

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Un extraterrestre perplexe

Et voilà, c’est l’hymne national américain et ça se met à huer. L’extraterrestre me dit: «Tu vois, l’annonceur peut bien demander ce qu’il veut. Mais les spectateurs ont aussi le droit de s’exprimer comme ça leur plaît.»

Je lui explique que c’est quand même normal que l’équipe adverse soit huée. Que même sans guerre commerciale, les États-Unis se feraient huer à Montréal.

L’extraterrestre m’a regardé de façon dubitative. «Je pense que tu me dis n’importe quoi là. Les gens n’auraient sûrement pas hué autant et sûrement pas durant l’hymne national.» J’ai encore changé de sujet en lui disant que des brocolis, c’était aussi délicieux dans le bouillon à fondue.

J’ai essayé de lui faire comprendre qu’il y avait quand même un grand respect entre les deux équipes. Que les joueurs des deux équipes ont soulevé cette semaine qu’ils n’aimaient pas que les hymnes nationaux soient hués. Qu’il ne faut pas mélanger politique et sport. Je lui dis que le niveau de hockey sera démentiel. Ça joue tellement vite.

Le match commence. Matthew Tkachuk et Brandon Hagel jettent leur bâton et leurs gants au sol et se mettent à se donner des coups de poing.

Photo MARTIN CHEVALIER
Photo MARTIN CHEVALIER

L’extraterrestre ne comprend rien. «Ils n’ont pas besoin de leur bâton pour marquer un but?»

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Je lui réponds de fermer sa gueule. Qu’il y a une bataille et que je veux la regarder.

Vous pouvez faire ça à l’épicerie?

Ensuite, c’est au tour de Brady Tkachuk contre Sam Bennett. Et J.T. Miller se met à se battre avec Colton Parayko.

Photo MARTIN CHEVALIER
Photo MARTIN CHEVALIER

L’extraterrestre me dit qu’il ne comprend rien du hockey ou de notre planète. «Vous avez le droit de vous donner des coups de poing dans la face ici? Vous n’allez pas en prison? Vous vous frappez souvent quand vous n’êtes pas d’accord comme ça? Si le pain est trop cher, pouvez-vous vous affronter dans un duel comme ça contre le boulanger?»

Je lui ai répondu que non. Que c’était différent. Que ç’a toujours été correct de se battre au hockey. «Mais c’est un mauvais exemple pour les enfants», m’a-t-il répliqué.

«Ne t’inquiète pas! Les enfants adorent ça!» lui ai-je répondu.

L’extraterrestre demeure perplexe. «Je ne comprends absolument rien. Tu m’expliquais qu’avec le contexte de guerre commerciale, les spectateurs étaient invités à respecter les joueurs et les États-Unis. Que c’est important de prôner la paix avec le sport. Là, le match commence, et les joueurs des États-Unis se mettent à donner des coups de poing à ceux du Canada.»

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J’ai répondu que le bouillon pour la viande était au vin rouge.

La visite s’en va

La première période finit. On écoute les télés sportives. L’extraterrestre me lance: «Je présume que les analystes vont dire que ce n’était pas un bon début de match sur le plan du hockey, parce que ça ne jouait pas au hockey.»

Et là, on a notamment entendu que c’était le meilleur début de match de l’histoire de tous les sports.

«Je vais aller réparer ma soucoupe. Je ne comprends absolument rien de cette planète. Mais je vais prendre une autre demi-patate avec un peu de paprika pour la route, merci!»

Plus sérieusement, je suis encore ébahi par ce début de match. C’est évident que j’ai aimé regarder ça. Comme les deux pee-wee que j’héberge du Colorado.

Comme mon neveu de 9 ans, et je cite ma sœur, «qui était tellement excité que je pensais qu’il allait convulser». C’est fou, à quel point on est épais collectivement avec les bagarres au hockey. Mais on est heureux. Ç’a l’air que c’est ce qui compte.

On va entendre ad nauseam qu’il ne faut surtout pas mélanger la politique avec tout ce qui s’est passé. Ça ne prend pas un doctorat en science politique pour voir que c’est complètement faux. La foule hostile, notamment en raison du contexte politique, a exacerbé la tension sur la glace aussi. C’est évident.

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