Price doit avoir sa place au Temple

Jean-Charles Lajoie
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Shea Weber est officiellement entré au temple de la renommée du hockey à Toronto. L’état-major du Canadien y était en compagnie de quelques anciens coéquipiers, dont un certain Carey Price.
La présence de Price a instantanément lancé le débat sur la possible admission du gardien retiré sur blessure au prestigieux temple.
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Les initiés de la première heure le savent, pour moi Carey Price est ce qu’il y a de plus beau à jamais avoir œuvré devant un filet de la Ligue nationale.
Price était un virtuose en maitrise parfaite de l’art de garder les buts. Son physique idéal combiné à sa technique hors normes ont fait de lui le plus admiré, respecté et à la fois craint des gardiens de but de sa génération.
La position de gardien est celle qui de loin a le plus évolué sur une patinoire de hockey, qui s’est le plus métamorphosé au fil des époques.
Des petits hommes grassouillets qui demeuraient debout et tentait de survivre à visage découvert dans les années 50, en passant par les kamikazes sans véritable technique qui nous donnaient l’impression de faire de l’art abstrait en direct sous nos yeux dans les années 70, on est arrivé à une forme d’aboutissement dans les années 90 avec en tête la filière québécoise inspirée par le précurseur François Allaire et ses nombreux élèves, dont le plus illustre étant Patrick Roy.
Ce plateau d’excellence atteint, la position de gardien est devenue la plus dominante du hockey et la plus importante dans la construction d’une équipe. La LNH n’aimait pas ça et se devait de réagir. Elle a légiféré de peur que les arénas se vident de leurs partisans lassent de voir aussi peu de buts sur la surface glacée que lors d’un match de soccer.
On a rétréci les équipements, on a laissé interférer les joueurs dans le demi-cercle de protection des gardiens, on a modifié bon nombre d’autres règlements afin de retrouver la touche offensive, cruciale à la vente de billets et à la fidélisation des partisans.
Ce retour à l’attaque a eu pour effet de replacer les gardiens au milieu du peloton de priorités des équipes, sauf pour quelques rares exceptions. Carey Price incarne à merveille l’exception, de là la force de sa candidature éventuelle au temple de la renommée.
Price a élevé à un niveau encore jamais égalé la technique devant la cage. Reconnu 10 ans de suite comme le gardien le plus difficile à affronter, Price n’a jamais failli derrière une bonne équipe. Il est ainsi décoré à l’internationale avec des conquêtes de l’or au Championnat mondial junior en 2007, aux Jeux olympiques de Sotchi en 2014 et à la Coupe du monde en 2016. Il a aussi gagné la Coupe Calder en étant élu joueur par excellence des séries dans la ligue américaine avec Hamilton en 2007 alors qu’il n’avait pas encore 20 ans.
Il est devenu au fil des ans l’exception à contre-courant du désir d’offensive des autorités de la LNH. Il a été le premier gardien à fracasser la barre des 10 millions $ par saison.
Carey Price a été repêché cinquième au total en 2005 et s’est véritablement établi à Montréal au départ de la saison 2008-2009. L’histoire retiendra qu’il est devenu le gardien avec le plus grand nombre de victoires dans la riche histoire du Canadien, mais aussi celui qui a perdu son poste de numéro un au profit de Jaroslav Halak lors des formidables séries éliminatoires du printemps 2010.
Le temple de la renommée est souvent surtout une affaire de comparables qui s’établissent sur des chiffres davantage que sur une réputation. Carey Price jouit d’une aura extraordinaire aux yeux des bonzes du hockey. Il est le gardien qui m’a procuré les plus grandes et belles émotions d’observateur.
Je pense qu’éventuellement le Temple de la renommée va reconnaître l’héritage de Carey et lui faire une place parmi les plus grands.
Mais de manière totalement honnête, comment pourrait-il entrer au Temple dès sa première année d’éligibilité en 2025, au détriment de gars comme Joe Thornton, Duncan Keith, Zdeno Chara et même Ryan Getzlaf ou encore Alexander Mogilny? Je dois ajouter à cette prestigieuse liste le nom de Vincent Damphousse dont les chiffres sont comparables aisément à ceux de Jeremy Roenick qui est entré au temple cette année?
S’il n’en tient qu’à nous ici au Québec, Carey sera au temple l’an prochain et son 31 sera hissé dans le plafond du Centre Bell presque en même temps. C’est la beauté de voir la vie avec nos superbes lunettes roses.