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Prétendant au premier rang du repêchage, Matthew Schaefer s’est relevé d’une tragédie innommable

Photo portrait de Nicolas Cloutier

Nicolas Cloutier

2024-12-10T04:55:00Z
2024-12-10T23:21:56Z

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Imaginez, perdre deux mères en moins de trois mois. C’est le drame innommable dont a été victime le défenseur Matthew Schaefer, prétendant au premier choix au total du prochain repêchage de la Ligue nationale de hockey (LNH).

Joueur vedette des Otters d’Erie dans la Ligue de l’Ontario (OHL), Schaefer sera l’un des plus jeunes patineurs repêchés par une équipe de la LNH à Los Angeles cet été. Il a raté l’encan 2026 de seulement 10 jours. Mais il est tellement bon qu’il pourrait détrôner le prodige James Hagens et qu’on le considère indubitablement comme le meilleur défenseur de sa cuvée.

«Je pense qu’il est l’un de ces défenseurs “générationnels”, croit d’ailleurs un entraîneur-chef adverse de la OHL, James Richmond (Steelheads de Brampton). Je ne crois pas avoir vu un meilleur défenseur dans la Ligue de l’Ontario.»

Schaefer n’est pas un jeune de 17 ans comme les autres. Il a plus de vécu que presque n’importe quel adolescent de son âge. Il a été frappé l’an dernier par deux tragédies épouvantables, le genre d’épreuve que ne devrait jamais traverser un garçon aussi jeune. C'est le vétéran journaliste Ken Campbell qui, mai dernier, a révélé cette histoire infiniment triste au grand public dans une collaboration avec le Toronto Star.

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Décembre 2023, la mère de la famille de pension de Schaefer, Emily Matson, était frappée par un train. Le coroner a conclu qu’il s’agissait d’un suicide. 

À peine trois mois plus tard, la mère de Schaefer, Jennifer, succombait à un cancer du sein.

Tôt dans sa vie, trop tôt, Schaefer n’a eu d’autre choix que de grandir, de prendre en maturité à une vitesse exponentielle pour s’accrocher.

«Je ne vois plus la vie de la même façon depuis, laisse tomber le jeune homme au bout du fil. Depuis que ma mère est partie, je suis reconnaissant d’être ici tous les jours. Les gens se font du mauvais sang avec plein de petites choses. Moi, honnêtement, je suis juste content d’être ici, de pouvoir m’améliorer chaque jour.»

Cole Caufield a déclaré récemment qu’il sentait la présence du défunt Johnny Gaudreau quand il saute sur la patinoire. C’est aussi le cas de Schaefer, persuadé que sa mère l’accompagne en tout temps.

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«Ma mère est avec moi tous les jours. Elle va toujours être là pour me tenir compagnie avec la force qui la caractérisait. Car tu sais, elle est probablement la personne la plus forte que je connais», confie Schaefer avec des trémolos dans la voix.

«Il s’est appuyé beaucoup sur ses coéquipiers, sur ses frères et sur son père, explique l’entraîneur des défenseurs des Otters, Ken Peroff, à TVA Sports. Il a reçu tellement de soutien dans son cercle rapproché. Matthew a composé avec ce drame de la meilleure façon qu’on peut le faire.»

Bien qu’il ait le malheur d’être dans le camp adverse lors des matchs de Schaefer, le pilote des Steelheads, James Richmond, a noué des liens étroits avec le jeune garçon, qu’il invite à ses cliniques de développement au cours de l’été. La résilience de Schaefer le laisse sans mots.

«Quand sa mère est tombée malade, elle a confié la mauvaise nouvelle à une poignée de personnes dans son cercle rapproché seulement, se souvient Richmond. Et elle est partie rapidement après. C’est terrible juste d’y penser. Je suis soufflé quand je vois comment Matthew s’en est sorti avec tout ce qu’il combattait à l’intérieur de lui. Tu ajoutes à ça la pression avec laquelle il composait déjà [comme premier choix au total de la OHL], il est incroyable.»

Un envol

Même si Peroff jure que les statistiques ne rendaient pas justice à la qualité de son jeu, Schaefer n’a rien cassé à 16 ans dans la OHL.

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Cette saison, on comprend beaucoup mieux pourquoi les Otters en ont fait le premier choix au total du repêchage de la OHL en 2023. Après 17 matchs, Schaefer a déjà empilé 22 points, en plus de compiler un différentiel de +21. Lors des récentes confrontations entre les meilleurs joueurs du junior canadien et ceux des États-Unis, il a été l’espoir le plus dominant sur la glace.

Tout ça après avoir été frappé par la mononucléose au début de la saison; maladie qui l’a tenu à l’écart pendant neuf matchs.

Matthew Schaefer a inscrit un but de toute beauté lors du Défi des espoirs LCH/É.-U. il y a quelques semaines.
Matthew Schaefer a inscrit un but de toute beauté lors du Défi des espoirs LCH/É.-U. il y a quelques semaines. Getty Images via AFP

«Ouais, c’était brutal, assurément, avoue Schaefer. J’ai bien entendu perdu un peu de poids. J’ai eu des symptômes assez forts pendant cinq semaines. De la fièvre et des maux de gorge qui étaient assez pénibles. J’ai vraiment pris soin de mon corps à mon retour, et ç’a fait une différence.»

Et comment. Équipe Canada a daigné l’inviter à son camp de sélection pour le Championnat mondial junior, le préférant notamment à Carter Yakemchuk, un défenseur de 19 ans repêché au septième rang l’an dernier par les Sénateurs d’Ottawa.

Au-delà des chiffres et des différentes distinctions, une qualité distingue Schaefer de ses pairs. Il est le maître incontesté de la transition de la défense vers l’attaque.

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«C’est la chose qu’il fait mieux que n’importe qui sur cette planète, vante Peroff. C’est le meilleur défenseur offensif à partir de sa propre zone. Certains défenseurs génèrent beaucoup d’attaque le long de la ligne bleue adverse, comme Zayne Parekh. Ou un gars old school comme Shea Weber, qui avait un tir fantastique.

«Schaefer, lui, génère de l’attaque à partir de sa zone en battant les joueurs de vitesse et en créant des avantages numériques pour son équipe en contre-attaque.

«Je ne sais pas si j’ai vu un meilleur joueur dans cette facette du jeu.»

Richmond, pilote des Steelheads, avoue que son niveau d'adrénaline grimpe quand Schaefer possède la rondelle. 

«Tu commences à trembler un peu, image-t-il. Un peu comme quand Raymond Bourque s’emparait du disque et tu te disais: “Bon, qu’est-ce qui va se passer?” Aujourd’hui, Cale Makar prend la rondelle, et tu te poses la même question. C’est pareil avec Quinn Hughes et Matthew Schaefer.»

Le meilleur depuis Doughty?

Ce que l'on nous décrit, c'est l’ultime défenseur moderne. Et nous n’avons même pas couvert son jeu défensif. Certains internautes sur des forums comme HFBoards s’amusent à écrire que Schaefer est le meilleur défenseur à avoir transité par la Ligue de l’Ontario depuis Drew Doughty.

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«Ça tombe bien, j’ai joué contre Doughty à l’époque dans la OHL, raconte Peroff. Je suis très familier avec son jeu et je note plusieurs similitudes entre les deux. L’autre nom qui revient, c’est Alex Pietrangelo, car il est très complet.

«Puisque Schaefer est si efficace offensivement, les gens oublient à quel point il est solide dans sa zone. Déjà, à 16 ans, en séries l’an passé, il a montré qu’il était digne de l’élite dans cette facette du jeu.»

Une séquence s’est répandue comme une traînée de poudre sur la Toile: Schaefer qui, même après avoir perdu un gant, bloque un lancer.

«Il ressemblait à l’un de ces héros de la guerre, illustre Peroff. On est habitués de voir ça, de notre côté.»

Photo AFP
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Pas trop vite, la LNH

Ken Peroff prêche peut-être pour sa paroisse, mais il affirme clairement son opinion: ce serait une erreur selon lui d’envoyer Schaefer dans la LNH à temps plein la saison prochaine.

«S’il est choisi par l’une des pires équipes de la LNH, et c’est probablement ce qui va arriver, serait-il apte à jouer comme cinquième ou sixième défenseur au sein d’une de ces équipes? Probablement. Mais est-ce que ce serait idéal? Non.

«Regarde Owen Power. [Les Sabres de Buffalo] ont pris leur temps avec lui. Cale Makar a eu besoin d’un peu de temps aussi pour se développer. Idem pour Quinn Hughes. Je ne comprends pas pourquoi on placerait Schaefer dans cette situation. Surtout quand tu considères son âge et sa capacité de gagner en maturité physique.

«Il n’aurait pas l’air d’un intrus et il pourrait aider ton équipe, mais je ne sais pas si ça servirait bien ses intérêts.»

Au moment d’écrire ces lignes, le CH est en bonne position pour repêcher encore dans le top 5, et Schaefer serait forcément un joueur considéré par l’état-major, même s’il est un défenseur. Les perspectives de voir David Reinbacher devenir un défenseur étoile sont moins claires qu’elles ne l’étaient. La vérité, c'est que peu importe sa position; ailier, joueur de centre ou gardien de but, Schaefer est trop bon pour que ce soit un enjeu quelconque. 

Il y a de rares cas où on sent notre neutralité journalistique fléchir un brin. Avec tout ce que Schaefer a vécu, on a envie de lui souhaiter le premier rang. Et, pourquoi pas, une carrière longue et prospère qui rendrait maman fière. 

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