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Préparer le retour en Afghanistan?

PHOTO d'archives AFP
Photo portrait de Luc Laliberté

Luc Laliberté

2021-08-27T13:39:58Z
2021-08-27T19:46:48Z

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Oui, je sais, difficile, dans le contexte actuel, de trouver un titre plus déprimant. Pourtant, alors que Joe Biden rencontrait la presse hier, quelques éminences grises évoquaient un possible retour des troupes sur le terrain qu’on peine à évacuer efficacement.

Si vous étiez à l’écoute pendant la conférence de presse du président, nous avons vu un homme ému, visiblement ébranlé par les attentats près de l’aéroport de Kaboul, mais déterminé à assumer sa décision.

Alternant entre empathie et détermination, Biden s’est même permis de relancer les représentants des médias, prolongeant au-delà du scénario envisagé ses discussions avec les journalistes. J’assume ma part de responsabilité dans les événements des derniers jours, a-t-il dit, mais nous allons de l’avant.

Le président a ajouté de petites leçons d’histoire à son propos, mettant à profit son expérience et ses connaissances des affaires du monde. On le sent plus solide dans ce genre d’exercice, mais il n’en a pas moins ajouté à l’intention des terroristes, dans une formule reprise aussitôt par les médias de la planète: «We will hunt you down and make you pay.» On se lance dans une chasse aux responsables des attentats pour s’assurer que cette calamité ne reste pas impunie.

  • Écoutez la chronique de Luc Laliberté, spécialiste de la politique américaine, à QUB radio:

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Déjà cette promesse, quasi incontournable pour n’importe quel président américain, évoque de nouvelles opérations en territoire afghan. À ce désir de venger les pertes de vie de marines américains, on doit ajouter l’obligation morale de venir en aide aux Afghans qui ont collaboré avec l’Oncle Sam. Il y a deux jours, le New York Times évaluait leur nombre à 250 000. Dès que Joe Biden a annoncé que le retrait des troupes serait achevé le 31 août, j’émettais des réserves sur le bien-fondé de sa décision, tout comme j’ai critiqué la préparation et la gestion de ce retrait. 

Je comprends parfaitement les arguments invoqués par l’administration actuelle, tout comme je suis particulièrement sensible à la réaction des citoyens américains qui appuient cette décision. Combien de morts et de dollars devrait-on encore investir dans cette aventure? 

C’est probablement l’ancien directeur de la CIA et ancien secrétaire à la Défense Leon Panetta qui a le mieux résumé mes craintes. Interrogé à son tour par les journalistes, il a échappé une phrase lourde de sens: «Our work is not done in Afghanistan.» Nous n’avons pas terminé notre mission dans ce pays.

On peut débattre de la pertinence de son jugement, mais il est difficile de le dissocier des mises en garde des services de renseignement ou du Pentagone lorsque Biden a sollicité leur avis. Pendant que les projecteurs sont braqués avec raison sur les talibans, deux autres groupes sont revenus dans l’actualité récemment: l’État islamique (du moins le chapitre afghan du groupe terroriste) et Al-Qaïda.

Joe Biden a répété une fois de plus, hier, que le premier motif d’intervention en Afghanistan était celui de la sécurité nationale. Sans mentir, il peut affirmer que l’effort des troupes a contribué à préserver son pays de nouvelles attaques, mais quand les mouvances terroristes revendiquent déjà les attentats de l’aéroport, impossible de ne pas évoquer des scénarios sombres.

Ce n’est pas pécher par excès de pessimisme que d’évoquer une guerre civile en Afghanistan et ce ne l’est pas plus d’envisager des opérations américaines dans ce pays au-delà du 31 août. Quelle forme prendront ces opérations? Quelle en sera la durée? Vos prédictions sont aussi bonnes que les miennes.

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