Première moitié de saison du Canadien: révélations, résurrections et déceptions


Jonathan Bernier
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Les récents succès du Canadien lui ont permis d’atteindre la mi-saison transporté par un vent d’optimisme. Le bilan de Kent Hughes aurait été beaucoup plus corsé si Martin St-Louis et ses joueurs n’étaient pas parvenus à redresser la barque au cours des trois dernières semaines.
D’ailleurs, il ne faudrait pas que la séquence actuelle de la formation montréalaise vienne fausser les données et l’appréciation de cette première moitié de saison. Quarante matchs qui, à l’instar du développement d’un jeune joueur, ne se sont pas déroulés de façon linéaire.
Oui, le Canadien a remporté huit de ses 10 derniers matchs (avant celui disputé à Washington). Oui, au cours de cette séquence, il a battu les quatre dernières équipes championnes de la coupe Stanley. Oui, des joueurs ont répondu aux attentes. Certains les ont même excédés. Les partisans ont porté aux nues deux nouveaux joueurs.
Toutefois, la première moitié de saison du Canadien, ce fut également des chaînes qui débarquent, des raclées de 7 à 2, 8 à 2 et 9 à 2, une séquence de six matchs sans victoire, un gardien substitut qui ne fait pas le travail, une brigade défensive mêlée comme un jeu de cartes, des remises en question.
C’est en gardant tout ça en tête que le Journal a procédé à son propre bilan de la première moitié de la saison du Canadien.
Les révélations

Lane Hutson
Les attentes étaient grandes à son égard et il n’a pas déçu. Depuis le premier match de la saison, il est l’attraction principale de cette équipe. Sa vision du jeu, son maniement de la rondelle et ses habiles passes lui ont valu d’être promu sur la première unité d’attaque massive. Il s’est rapidement placé dans les discussions pour l’obtention du trophée Calder. Il lui reste à maîtriser un peu mieux la gestion du risque, mais à seulement 20 ans, il est en avance sur bien du monde.

Emil Heineman
Les partisans du Rocket ont eu un avant-goût de ce qu’il sait faire, mais personne n’aurait pu prédire qu’il marquerait 10 buts aussi vite. Surtout pas avec un temps d’utilisation avoisinant les 11 minutes. Son tir est vif et décoché sans avertissement, son coup de patin est lourd en fond de territoire. Il est venu solidifier l’aspect défensif du quatrième trio tout en le rendant dangereux en attaque.

Alexandre Carrier
Qui aurait pu croire que son arrivée aurait un impact aussi senti à la ligne bleue du Canadien? D’abord auprès de Kaiden Guhle dont le jeu a atteint un autre niveau depuis qu’il a un vétéran à ses côtés et qu’il joue exclusivement sur le flanc gauche. Puis, auprès du groupe défensif au sein duquel il a apporté une grande stabilité. Il se veut également un outil supplémentaire pour l’unité de désavantage numérique du Canadien.

Jakub Dobes
Il n’a disputé que trois rencontres, mais force est d’admettre qu’il a réussi sa rentrée. On parle d’un total de 71 arrêts contre les Panthers, l’Avalanche et les Capitals, d’une séance de tirs de barrage au cours de laquelle il a été parfait et de deux collisions qui ne l’ont pas ébranlé mentalement. Le genre de tenue qui met des coéquipiers en confiance et qui leur évite de jouer sur les talons. À suivre.
Les valeurs sûres

Nick Suzuki
Soir après soir, il est le soldat le plus fidèle à Martin St-Louis. Il n’a pas raté une seule rencontre depuis son arrivée dans la LNH, en 2019. Il roule à un rythme d’un point par match. Il a connu des séquences de huit et sept matchs avec au moins un point. À forces égales, il a été le joueur le plus fiable dans le camp montréalais. Sur l’attaque massive, ses habiletés de passeur font qu’il est souvent la transition entre Hutson et celui qui fera bouger les cordages.

Cole Caufield
Avec déjà 22 buts au compteur, il marque à un rythme qu’on n’a pas vu à Montréal depuis une trentaine d’années. Ce qu’il y a d’encourageant, c’est qu’il est parvenu à maintenir cette cadence de production malgré les 13 matchs de Patrik Laine, à qui on a confié les clés de son bureau en supériorité numérique. Une réalité attribuable à un jeu plus efficace à forces égales.

Jake Evans
L’attaquant le plus utilisé en infériorité numérique dans la LNH. Fidèle à son habitude, il a été au cœur des succès de l’équipe dans cet aspect du jeu. Depuis le début de la campagne, il affiche un rendement offensif qu’on ne lui connaissait pas jusqu’ici. Il est en voie de fracasser facilement ses sommets personnels enregistrés en 2021-2022 (13 buts et 29 points). On aurait pu le placer avec les révélations. En tout cas, aux yeux des autres DG du circuit, c’en est sûrement une.
Les résurrections

Josh Anderson
Il éprouve encore des difficultés à trouver le fond du filet, malgré des occasions en or, mais la première moitié de saison nous a permis d’apprécier un attaquant beaucoup plus engagé que l’an dernier. Il est combatif, il applique de la pression, il provoque des revirements et il se porte à la défense de ses coéquipiers. Il n’a pas caché que le rôle qu’on lui a confié en infériorité numérique le place dans un meilleur état d’esprit.

Brendan Gallagher
C’est plus tranquille depuis six semaines, mais le vétéran de 32 ans a amorcé la saison avec sept buts dans le premier mois d’activité. Le petit guerrier n’est plus une jeunesse, mais il affiche toujours la même hargne. Et il semble avoir retrouvé une certaine forme. Dire que l’an passé, il avait l’air au bout de ses ressources à la fin de chacune de ses présences.

Patrik Laine
Ses débuts dans l’uniforme du Canadien ont été retardés de deux mois en raison d’une blessure subie pendant le calendrier préparatoire. Certains ont besoin d’une période d’adaptation après avoir passé près d’un an sans jouer. Ce ne fut pas le cas de Laine. À forces égales, le retour au jeu du Finlandais fut difficile, mais son retour, le 3 décembre, a donné un deuxième souffle à l’attaque massive du Canadien. Il a marqué huit buts à ses neuf premiers matchs. Tous en supériorité numérique.

Joel Armia
Cette fois, il n’a pas eu besoin d’un passage dans la Ligue américaine pour se mettre en marche. À l’image d’Evans, il fait tout un boulot en infériorité numérique et il contribue aux succès du quatrième trio. Il est un maître dans l’art de faire avorter des jeux avec son bâton. Il se sert également un peu plus de son gabarit.
Les déceptions

Cayden Primeau
Le Canadien a échangé Jake Allen en croyant que Primeau était prêt à prendre du galon. L’Américain n’a pas du tout répondu aux attentes. En 11 présences devant le filet, il a affiché une moyenne de buts alloués de 4,70 et un taux d’efficacité de ,836. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit des pires statistiques du circuit chez les gardiens qui ont disputé au moins trois matchs.

Kirby Dach
Exception faite du signe de vie qu’il donne depuis le retour du congé de Noël, il a connu une première moitié de saison horrible. Du 27 octobre au 7 décembre, il a connu une période de 19 matchs sans but. Devant son incapacité à gagner des mises en jeu, Martin St-Louis l’a muté à l’aile. À -23, il pointe au deuxième rang des pires différentiels de la LNH. On est loin du centre de deuxième trio que Kent Hughes voyait en lui.

Alex Newhook
Probablement l’un des joueurs les plus sans saveur de l’équipe. Il effectue un travail honnête, mais on se demande parfois quel rôle il occupe au sein de l’équipe. Il possède un bon coup de patin, mais son manque de hargne l’amène souvent à mourir dans les coins de patinoire. Et sa vision du jeu n’est pas sa force. On soutenait qu’il apporterait de la profondeur en attaque. Ce serait juste s’il était utilisé au sein d’un troisième trio. Au moins, quatre des sept buts qu’il a marqués ont servi à donner les devants au Tricolore.
Des hauts et des bas

Juraj Slafkovsky
Son développement ne sera pas linéaire, nous a prévenus Kent Hughes. On avait remarqué. À certains moments au cours de cette moitié de saison, on a eu l’impression de revoir le Slovaque de l’hiver dernier, à pareille date: hésitant avec la rondelle, confus dans ses tâches et à l’origine de revirements. Même lui est le premier à dire que certains soirs ont été difficiles. St-Louis l’a essayé sur le premier et sur le deuxième trio, tout comme Dach, dans l’espoir de le relancer. On espère qu’il saura trouver une constance à temps pour la prochaine saison.

Mike Matheson
Joueur le plus utilisé par Martin St-Louis, il est constamment envoyé dans la mêlée contre les meilleurs trios adverses. Pour s’acquitter de cette tâche, il faut être au sommet de sa forme. Ça n’a pas toujours été le cas pour Matheson au début de la saison et ça a paru. Le travail en zone défensive a parfois été difficile. Il a retrouvé ses moyens, ce qui semble coïncider avec la diminution de ses responsabilités en supériorité numérique.

David Savard
Le dévouement et l’ardeur au travail n’ont jamais fait défaut. Toutefois, on a senti des modulations dans son efficacité à contrer l’adversaire au cours de ces 41 premiers matchs. La jeunesse et le manque d’expérience des partenaires qu’il a eus à ses côtés y ont peut-être été pour quelque chose. Pas facile d’essayer de combler les lacunes d’un coéquipier qui part parfois à l’épouvante.

Samuel Montembeault
Il a vu de l’action dans 31 des 40 matchs de l’équipe. En raison des déboires de Cayden Primeau, il a traversé deux séquences de 10 présences de suite devant le filet. C’est du gros stock. D’ailleurs, il a un gros mot à dire dans le renversement de situation que vit présentement le Canadien. Toutefois, il faut reconnaître qu’il a connu quelques soirées plus creuses. Du 22 octobre au 23 novembre, il a été retiré de la rencontre trois fois en 11 départs.

Arber Xhekaj
Sans doute parce qu’il voulait trop en faire, il a mis l’équipe dans le pétrin à quelques occasions par son indiscipline, ses bagarres au moment mal choisi et sa manie de se sortir du jeu pour distribuer une mise en échec. Ça lui a valu trois matchs sur la passerelle lors du premier mois d’activité. Le robuste défenseur a appris de ses erreurs. Il assure une présence physique et protectrice, sans tomber dans l’excès.

Kaiden Guhle
L’arrivée d’Alex Carrier lui a redonné confiance. Mais elle lui a surtout permis de retrouver le flanc gauche, son côté naturel. En matière de rendement, c’est le jour et la nuit en comparaison avec les 30 premiers matchs de la saison. À sa défense, la stabilité de Carrier lui donne beaucoup plus de latitude que la présence de Justin Barron ou de Jayden Struble à ses côtés. Il peut se montrer un peu plus incisif.
Sont-ils encore là?

Christian Dvorak
Il est le joueur de centre le plus efficace du Canadien dans les cercles de mises en jeu (55,9%), ce qui en fait l’un des hommes de confiance de Martin St-Louis en désavantage numérique. Pourtant, certains soirs, on se demande s’il était en uniforme tellement il est invisible. C’est peut-être parce que, à forces égales, il ne provoque pas grand-chose.

Jayden Struble
L’absence de David Savard au cours des trois derniers matchs lui a permis de revenir dans la formation après deux semaines dans les gradins. Parfois, ça va un peu vite pour lui. Et, malgré son bon gabarit, il ne parvient pas toujours à s’imposer physiquement.

Michael Pezzetta
Vingt-huit fois de suite, il a été laissé de côté. Jamais il ne s’est laissé abattre, même s’il a admis que ça avait été la période la plus difficile de sa carrière. C’est tout en son honneur et c’est ce qui lui permet de s’accrocher à la LNH. Ça, et le fait que le Canadien ne craigne pas de retarder son développement.