Première médaille olympique individuelle: des larmes de joie pour Valérie Maltais à Milan
La patineuse québécoise a réalisé son rêve en gagnant la médaille de bronze à l’épreuve du 3000 mètres en patinage de vitesse sur longue piste


François-David Rouleau
Partager
MILAN | «Merde, je pense que je vais finir 4e ou 5e, j’avais de la misère à y croire.» C’est de cette façon que Valérie Maltais, pendant que la meilleure patineuse au monde filait à toute allure, a écoulé les trois dernières minutes de l’épreuve des 3000 mètres à l’anneau de glace, en pensant à tous les efforts et les sacrifices engloutis dans ce rêve de décrocher une première médaille olympique dans une compétition individuelle.
• À lire aussi: Jeux olympiques à Milan: Valérie Maltais remporte la première médaille canadienne en bronze
• À lire aussi: Italie 2026: un déménagement à Québec donne un nouvel élan à la carrière olympique de Valérie Maltais
Accrochée à la troisième marche du podium jusqu’au dernier virage de la Néerlandaise Joy Beune qui tirait peu à peu de la langue dans les deux derniers tours, Maltais s’agrippait aussi à son rêve, avec ce «bon chrono» de 3 min 56,93 s.
Quand le classement final est apparu au tableau, elle n’en croyait pas ses yeux et a fondu en larmes au centre de l’anneau de glace. Elle était parvenue à être «capable de faire quelque chose de bien et [à] réaliser sa performance» au bon moment, comme elle l’a dit plus tard en entrevue.
Elle disait avant les Jeux s’être entraînée pour devenir championne olympique à une épreuve individuelle, pour ses cinquièmes et derniers JO en carrière. Ses brillants résultats l’automne dernier à la discipline des 3000 mètres, sa distance de prédilection, lui laissaient entrevoir ses chances.

Victoire avec le bronze
Même si elle n’avait pas été championne olympique, Maltais ne s’en serait pas voulu. Bien au contraire. «Je me suis entraînée pour ça, parce qu’il faut viser haut. Mais ce n’est pas une défaite, c’est une grosse victoire pour moi. Car j’ai changé de sport et j’étais déterminée à apprendre et [à] continuer. Je me suis entourée de personnes qui ont cru en moi», a expliqué celle qui se décrit comme une fille très intense et émotive.
«J’ai mis tout mon cœur et toutes mes émotions là-dedans», a renchéri celle qui était encouragée par ses parents et des membres de sa famille dans les gradins.

Changement de méthodes
Maltais ne l’a pas eu facile dans le dernier cycle olympique. Maintenant âgée de 35 ans, elle a réélu domicile au Québec, mais non sans difficultés et remises en question.

Elle a changé plusieurs choses à son entraînement au fil des 12 derniers mois et s’est souvent placée dans une zone d’inconfort.
«J’ai passé beaucoup plus d’heures sur mon vélo stationnaire. On a fait des [séances] de chaleur intense dans la salle de bain. Je me suis souvent demandé si c’était la bonne chose à faire et je doutais de moi, mais j’étais entourée de bonnes personnes, vraiment intelligentes.»
«On prenait des risques, mais c’étaient des risques calculés», a-t-elle raconté. «J’ai tellement appris sur moi, ma forme physique et ce que je peux accomplir. Ce que j’en retire maintenant, c’est qu’il y avait quelque chose dans mon for intérieur qui me disait que j’étais capable. J’ai cru en moi.»
«J’ai livré la performance que je devais livrer. J’en suis extrêmement fière.»

Devant les siens
Dans les larmes qui ont coulé sur ses joues, il y avait aussi l’émotion d’avoir accompli son rêve devant les membres de sa famille. Son père, sa mère et sa tante, entre autres, étaient dans les gradins à travers la marée de chandails orange portés par les partisans néerlandais.
Sa famille aussi en a fait de ces sacrifices, depuis ses débuts sur lames dans sa tendre enfance. Ils l’ont épaulée tout au long de sa carrière et de ses cinq aventures olympiques.
«J’ai commencé cette aventure à Vancouver en 2010 quand j’avais 19 ans. Mes parents étaient dans les gradins. Mon père n’aime pas voyager. Il m’a dit qu’il serait à Milan pour finir ensemble ce que l’on [avait] commencé ensemble», a relaté la patineuse avec un trémolo dans la voix. «Mes parents ont toujours cru en moi. J’en suis très reconnaissante. Boucler la boucle ensemble, c’est unique.»
Tout juste avant de grimper sur le podium durant la cérémonie, elle s’est penchée et a placé ses deux mains sur la troisième marche.
«J’ai simplement pris le temps d’apprécier le moment», a-t-elle dit.
La quête de Maltais n’est pas encore terminée, car elle participera à l’épreuve du 1500 m, le 20 février. Puis, elle a aussi un titre olympique à défendre, au départ groupé, promesse d’autres grandes émotions.